D’accord, il était 21h. D’accord, nous avions l’air de deux touristes dans nos cirés jaunes assortis. D’accord, le bonheur sur nos visages pouvait paraître indécent. D’accord, nous venions de passer à l’heure d’hiver entraînant chez certains des troubles du sommeil, de l’irritabilité et une baisse de la capacité de travail. Et d’accord, d’accord, nous arrivions à Paris qui n’est pas précisément connue pour la courtoisie de ses habitants. Il n’empêche, ce ne sont pas des excuses. 

Je rentrais donc de Noirmoutier avec mes camarades par le TGV INOUI 8926 en provenance de Nantes. Nous venions de passer trois jours sur une île entre la terre et la mer, entre le soleil et la pluie, entre les huîtres et les patates bref une île, entre le sel et l’eau. Un parfum d’iode et de moules marinières s’accrochait à nos cheveux emmêlés par le vent… Le chant des vagues, le cri des mouettes et la voix de Cabrel fredonnant Hors-saison continuaient de résonner harmonieusement à nos oreilles… Nous avions encore les yeux tout éblouis – et les pieds tout engourdis – de nos balades en bord de mer et de nos déambulations au cœur des marais salants… Bref, nous étions heureux, ivres de sel, d’océan et de Chardonnay Vendéen, et nous n’avions qu’une ambition (après 1h45 de voiture et 2h11 de train) : rentrer chez nous. 

Fatigués par nos trois jours de repos, avec mon camarade Hervé nous décidons de partager un taxi puisque nous habitons à quelques rues l’un de l’autre dans ce chouette quartier qu’est le vingtième arrondissement. Il faut avouer que la perspective d’un dernier voyage en métro, à arpenter couloirs et escaliers chargés de nos bagages, nous enthousiasmait assez modérément. Et à quoi bon appeler Uber ou je ne sais qui quand à peine descendu du train, des chauffeurs de taxi attendent de vous conduire si ce n’est au bout du monde du moins à l’autre bout de Paris. 

Arrivés en gare Montparnasse, nous nous mettons donc en quête de la station de taxis la plus proche et suivons docilement les flèches des panneaux ornés d’une petite voiture verte disséminés dans la gare. Les  trois panneaux semblant avoir été accrochés au hasard soit par un employé dyslexique ayant abusé d’alcool, soit par le commissaire de l’expo Léonard de Vinci du Louvre, nous nous lassons finalement de ce jeu de piste infructueux et décidons de sortir par la grande porte. Nous nous débrouillerons tous seuls, sans l’aide du responsable chargé de la signalétique de la Gare Montparnasse. 

Sur le parvis de la gare, au coin de la rue du Départ, deux chauffeurs discutent près de leurs bagnoles, peinards… Telles deux émeraudes, la lumière verte du lumineux TAXI qui surmonte leurs voitures noires brille dans la nuit, noire itou. Eh ben ! La voilà la station ! C’était pourtant pas compliqué de flécher la sortie principale ! Pleins d’assurance, Hervé et moi-même nous dirigeons vers ces nobles travailleurs de la nuit et nous adressons à celui visiblement en tête : « Bonsoir monsieur, nous allons dans le vingtième ?  » L’homme nous ignore ou presque. Il est vrai que nous l’interrompons au milieu de sa cigarette et d’une conversation visiblement passionnante avec son collègue. Nous renouvelons timidement notre requête. Il se retourne, agacé, avant de nous indiquer mollement que la station se trouve quelques mètres plus loin, « par là ». Satanés lumineux verts qui nous ont induits en erreur, nouilles que nous sommes. Nous remercions ce chaleureux chauffeur pour ses aimables renseignements et poursuivons donc notre quête. 

« Par là » il n’y a aucune station. En revanche, nous découvrons l’accès du parking de  la gare. Bingo ! Sous l’éclairage sordide, nous repérons que notre ami responsable de la signalétique a « oublié » un panneau au dessus de la rampe d’accès des voitures. Nous hésitons avant de renoncer à gravir avec nos bagages le charmant colimaçon bétonné parfumé à l’essence. Le cœur gonflé d’audace, nous rejoignons le bord du trottoir de la Rue du Départ dans nos cirés jaunes assortis, prêts à héler le premier taxi venu. Après moins d’une minute d’attente, une superbe citadine ornée du logo G7 ralentit et s’arrête à notre hauteur. Le chauffeur baisse la vitre passager avant de baragouiner avec l’aménité d’un CRS avec une rage de dents  » Z’allez où ?  » Nous lui indiquons poliment notre double destination et après une brève réflexion ce Taxi Driver de seconde zone, bien moins sexy que De Niro mais tout aussi fondu que Travis Bickle, aboie « J’ai fini mon service, ce sera 60 euros. » Euh… pardon ? Are you talkin’ to me ? Et le compteur alors ? Il est là pour la déco ? Tu veux pas qu’on te paye à l’avance non plus ? Comme nous restons sans voix, devant nos mines (ahuries sans aucun doute), Travis n’attend pas notre réponse. Il remonte sa vitre et fonce dans la nuit blouser d’autres clients plus naïfs…

Nous sommes finalement montés à bord d’un taxi de la société G7. De vert, le lumineux est devenu rouge. Joe le Taxi était charmant, il ne connaissait peut-être pas toutes les rues par cœur mais grâce à son GPS, il nous a fait traverser Paris en discutant aimablement, faisant mentir la mauvaise réputation des Parisiens. Les lumières scintillaient le long du Boulevard Montparnasse… Par la fenêtre défilaient le Boulevard Saint Marcel.. la Seine… le Génie de la Bastille… C’était beau. Joe nous a finalement ramenés à bon port pour une vingtaine d’euros et je n’ai jamais eu autant envie de donner un pourboire à quelqu’un. 

Avant de vous quitter, je n’ai pas rapporté d’huîtres ni de patates de Noirmoumoute, mais je partage quand même ces jolies vues d’automne…

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