Cher Monsieur Bastien Angermüller,  Vous m’avez officiellement délivré mon certificat de positivité au Covid, je ne vous remercie pas. Je n’aurais jamais cru qu’un jour, je regretterais autant de réussir un examen. Je ne remercie pas non plus le Secret Santa qui m’a refilé ce joli cadeau de Noël que je ne peux ni rendre, ni échanger, ni revendre sur Le bon Coin vu quetout le monde l’a déjà. Grâce à vous deux, cette année se terminera pour moi encore plus mal qu’elle n’avait commencé ce que, en toute honnêteté, je n’aurais pas cru possible.

Quand les premiers maux de gorge se sont manifestés, j’ai pensé que j’avais peut-être avalé un ou deux coquillages avariés le soir du réveillon. J’ai rapidement écarté cette hypothèse, je n’ai pas pour habitude de manger les crustacés avec leur coquille, encore moins quand il s’agit d’oursins. C’est entre ma septième et ma huitième sieste que les courbatures m’ont alertée. Certes, je ne m’étais pas échauffée avant le dîner néanmoins l’effort que j’avais déployé la veille pour lever ma coupe de Champagne ou découper le saumon n’était pas surhumain. Quant à cette soif persistante, j’aurais pu la prendre pour la manifestation d’une vulgaire gueule de bois, du latin vulgaris crapulam, à ceci près que je n’avais pas abusé du Saint-Emilion à table car sachez, Monsieur Angermüller, que je ne me cuite pas au Saint-Emilion, j’ai de l’éducation. 

C’est ainsi que, un peu patraque, j’ai poussé la porte de votre officine de pharmacie un lendemain de Noël. Nous n’étions pas nombreux, entre les couches et les shampoings anti-pelliculaires, à vous rendre visite et je n’ai pas eu à attendre longtemps avant de rejoindre votre collègue sous le barnum auquel une modeste guirlande donnait un air de fêtes. A l’abri des regards, je l’ai laissée visiter furtivement ma fosse nasale puis nous nous sommes quittées et j’ai rejoint mon domicile à la lueur des lampadaires. Hélas, je n’ai pas non plus attendu longtemps le résultat funeste de notre intimité. A peine quinze minutes plus tard, j’étais non seulement malade mais aussi démoralisée.  

Vous ne le savez pas, Monsieur Anger… je peux vous appeler Bastien ? Donc, vous ne le savez pas parce qu’on ne se voit pas souvent, Bastien, mais je suis artiste de mon état. Comédienne, chanteuse… non, non, ne cherchez pas vous ne m’avez pas vue à la télé, je suis plutôt du genre confidentiel, tout particulièrement cette année. Je suppose qu’entre deux séries Netflix vous écoutez les infos, je ne vous ferai donc pas un état des lieux de la Culture, disons sobrement qu’elle a subi quelques dégradations. Tout ça pour vous dire qu’en cette fin d’année, je devais jouer. Vous n’imaginez pas, Bastien, la joie enfantine et l’excitation que provoque désormais pour moi la perspective de chaque représentation. La peur aussi. Tant que je n’ai pas un pied sur la scène, que je n’entends pas le murmure de spectateurs dans la salle, j’attends à présent malgré moi l’annonce officielle, le coup de fil – ou du sort, c’est une question de point de vue – qui annulera tout.

Je devais partir ce matin pour Toulouse. Ce Nouvel An, c’était mon Noël à moi ! Si vous saviez comme j’attendais de commencer l’année en beauté, sur la scène du Bijou, Sur la Bonne Voix ! Entourée de ceux que j’aime… C’aurait été le plus beau des cadeaux, le réveillon le plus parfait. J’y étais presque ! Sans doute était-ce trop beau… trop parfait… Encore une fois, il faut tout annuler et encore une fois, avoir le cœur brisé. Pardon Bastien, si je ne suis pas aussi « positive » que vous semblez le croire. J’aimerais bien. Mais j’ai comme un goût amer dans la bouche… C’est bon signe remarquez, je n’ai pas perdu le goût… 

Avec ma plus sincère affliction,

Stéphanie

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