Je déteste ce proverbe débile.
Surtout quand j’ai faim.

Pour ceux qui n’auraient pas saisi cette entrée en matière: j’ai faim. 

C’est ennuyeux parce que j’ai beau explorer les entrailles de mon frigo, ce dernier reste farouchement vide. Comme pour me narguer. Le fourbe.
Vide. Enfin, si l’on excepte le flacon de sauce soja bien sûr, la margarine, les oignons et le bocal de citrons confits. Et aussi cette chose verdâtre et racornie au fond du bac à légumes (du fenouil peut-être?). Bon, j’ai beau avoir faim, je ne peux tout de même pas ingurgiter des citrons aux oignons frits arrosés de sauce soja! Il y a des limites! D’autant que je n’ai pas de Spasfon pour parer aux aigreurs gastriques que ne manqueraient pas de suivre ce joyeux  festin. 
Donc, j’ai faim.
La situation est d’autant plus cruelle que j’ai le nez dans le montage photo de Kebab a lula depuis plusieurs heures. Il y a plus alléchant, certes. D’ailleurs, si on lui demandait son avis, mon estomac gourmand pencherait plutôt pour un plat mijoté, des pâtes al dente, ou mieux encore, pour l’un des tupperwares généreusement garni de cuisine maternelle. Humm…
Mais inutile de se torturer les tripes, il n’y a définitivement rien à boulotter dans la maison. Et toujours, sous mes yeux, ces photos d’agneau rôti et de frites graisseuses baignant dans une sauce dégoulinante, juste pour me provoquer!
Je vous accorde qu’il y a plus appétissant qu’une image de sandwich ramolli abandonné sur un plateau du Royal Istanbul et s’il n’était pas 2h du matin, croyez-bien que je rêverais d’autre chose que d’un sandwich aux patates et à l’huile… Mais inutile de faire la fière parce que oui, je l’avoue, un bon kebab, là, tout de suite, je ne dirais pas non!
‘Bon kebab’ évidemment, c’est une expression… Quoique, ça doit bien exister un bon restaurant turc? Simplement pas rue de Bagnolet et pas ouvert à 4h du matin… D’ailleurs peut-on appeler ces établissements ‘restaurant’, personnellement il ne me viendrait pas à l’idée de manger sur place. A moins bien sûr, d’envisager le suicide bactériologique.

Pendant que je vous raconte mes états d’âme, j’ai quand même fini le montage de Kebab a lula je vous signale. Je vais enfin pouvoir lever le nez de toutes ces photos de sandwichs et même, aller me coucher. Je n’ai peut-être rien mangé ce soir, mais au moins j’ai mes deux mains et pour demain, je trouverai bien une boulangerie ouverte! Je vous l’avais bien dit: ce proverbe est débile. De toute façon, je crois bien que je n’ai plus faim. Par contre, si le cœur vous en dit,  afiyet olsun! 


Kebab a Lula – Stef! par stefabou

Share Button
0 0 voter
Évaluation de l'article
1 Un commentaire ? C'est par ici !
le plus ancien
le plus récent le plus populaire
Inline Feedbacks
View all comments
joaquim hock

Le titre de ton billet est-il inspiré de cette perle de l'humour noir de Xavier Forneret?:

Il l'a tirée
De sa poche percée,
L'a mise sous ses yeux ;
Et l'a bien regardée
En disant : " Malheureux ! "

Il l'a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D'une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l'a mouillée
D'une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu'un bazar.

Il l'a frottée
Ne l'a pas réchauffée
A peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée,
Elle se retirait.

Il l'a pesée
Comme on pèse une idée,
En l'appuyant sur l'air.
Puis il l'a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l'a touchée
De sa lèvre ridée. –
D'un frénétique effroi
Elle s'est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l'a baisée,
Et après l'a croisée
Sur l'horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l'a palpée
D'une main décidée
A la faire mourir. –
– Oui, c'est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l'a pliée,
Il l'a cassée,
Il l'a placée,
Il l'a coupée ;
Il l'a lavée,
Il l'a portée,
Il l'a grillée,
Il l'a mangée.

Quand il n'était pas grand on lui avait dit : Si tu as faim, mange une de tes mains.