132. Clip coton !

Ça y est ! Depuis deux jours, j’ai mes règles – d’or –  sur Youtube ! J’avais un peu mal au ventre pendant le téléchargement, mais il parait que c’est normal. Enfin bon : je suis une Grande. Comme Madonna, Beyonce et Lady Gaga. Bon… Grande… Tout est question de perspective. Et de costumes. Et de danseurs. Et de brushing. Bref de moyens. Oh et puis zut ! Certaines ont simplement besoin de plus de temps que d’autres pour s’épanouir virtuellement. Et puis ma notoriété étant encore relativement confidentielle, je préfère ne pas trop brusquer les choses. Chacun a son propre rythme technologique, le mien c’est un clip tous les sept ans. Il faut savoir se faire désirer. Et avoir des abdos. Ce qui a pu accessoirement retarder les choses d’une année, peut-être deux.

Le jour du tournage, pour garantir mon succès sur le Net, à l’instar de Madonna, Beyonce et Lady Gaga, j’ai enfilé body et collants sexys. Je  ne suis pas une andouillette, j’ai vu et revu les millions de vues de Hung up, Singles ladies et  Bad Romance et ma tenue bien sûr (qui étrangement, n’est pas sans rappeler l’andouillette ?) s’est immédiatement imposée. En revanche, j’ai fait l’impasse sur les escarpins pailletés de 28 cm. Une fracture de la cheville ainsi que le ridicule se sont quant à eux immédiatement imposés comme des risques inutiles à courir, surtout en talons. Certes, on risquait de me reprocher de ne pas être sexy jusqu’au bout des ongles de pieds. Mais d’abord, qui fait du fitness perchée sur des escarpins ? A part Beyonce, s’entend. Personne. Dans les salles de sport que j’ai fréquentées en tout cas. Et puis la mauvaise foi, ce n’est pas fait pour les chiens. Si on allait me reprocher quoi que ce soit, je pourrais toujours déguiser le confort de mes vieilles baskets en acte féministe, en militantisme actif contre la dictature médiatique, abusive et patriarcale des Stilettos à bout ouvert.

J’étais donc bien dans mes baskets, plantée devant le miroir dans mon body rose bonbon, et plutôt satisfaite. Force m’était de constater que localement, je pouvais sans doute rivaliser avec Beyonce quant au diamètre de mon bassin pour ne pas dire la surpasser (je n’aime pas me vanter), ma chevelure quant à elle avait des airs de liégeois chocolat premier prix qui n’étaient pas sans rappeler les extravagances capillaires de Lady Gaga, enfin, comparativement à la Madonna d’aujourd’hui, je trouvais mon maquillage camouflage plutôt réussi. Hormis de fameux abdominaux brillants par leur absence, je n’avais donc rien à envier aux plus grandes des Divas et ce tournage s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Pleine d’assurance, plus rose qu’un bouquet d’hortensias, je me suis avancée on ne peut plus grâcieusement le tapis de sol – c’est idiot cette expression ! Vous les mettez où, vous, vos tapis ? Au plafond ? – de la salle de sport At the Good Place  en compagnie de Jérémy, le maître des lieux, tout en muscles et en sourire, qui avait généreusement mis ledit tapis, le sol ainsi que les murs de sa salle à notre entière disposition pour le tournage. Marie s’occupait du cadrage, Robin des lumières, Lucas faisait semblant de pianoter, moi de chanter… Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des clips, jusqu’à ce que Marie me demande… de faire des abdos. A moi ! Désolée, Marie, mais je n’ai pas apporté le matériel avec moi. Pour le plan tablettes de chocolat, c’est avec Jérémy qu’il faudrait voir ça… Moi, je serais plutôt du genre à boulotter la première boîte de Quality Streets venue, mais s’il fallait tourner un plan flan aux œufs, dans ce cas, j’étais parfaitement équipée ! Non ? Il fallait que ce soit moi ? Dire que je n’avais pas mis de talons pour sauver ma dignité et que j’allais maintenant me ridiculiser à tenter faire trois ciseaux ! Résignée, je m’installais… au sol… pour pédaler avec tout à la fois la grâce, la graisse et le souffle d’un veau marin sur la Baie de Somme. Quelle tristesse ! Toutes ces calories laborieusement accumulées, brûlées d’un seul coup ! Ah non, on pourra bien dire ce qu’on veut mais vraiment la Culture… c’est physique !

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CULTURE PHYSIQUE

131. Stef-Annie

Le paquet n’était pas très épais.  Un étui fait maison, de deux, peut-être trois centimètres…. Il était un peu plus grand qu’une enveloppe A4 et bricolé avec du carton épais. Plusieurs tours de gros Scotch marron le protégeait soigneusement. L’expéditeur s’était apparemment appliqué mais j’avais beau chercher, son nom sur l’étiquette n’allumait aucune lanterne qui puisse éclairer les couloirs obscurs du fond de ma mémoire. Pourtant pas d’erreur possible, c’était bien mon nom et mon adresse qui figuraient sur le paquet. Bien que ce colis fut on ne peut plus suspect, je renonçais toutefois à contacter les autorités. Dévorée de curiosité, j’hésitai même à déchiqueter avec les dents le ruban adhésif qui l’entourait et finis par utiliser une bête paire de ciseaux avant d’écarter les bords du carton. A l’intérieur, du papier bulle protégeait encore le contenu. Rogntudju ! Mais que renfermait donc ce paquet qui nécessitait une telle cuirasse ? Une assiette en porcelaine de Limoges ? Des jambières en dentelle de Chantilly ?  Mes maigres droits d’auteur ? Avant toute chose, je lisais la carte qui accompagnait l’envoi. « Chère Stef ! Il y a quelques années, tu nous avais fait passer une bien belle soirée à  La Coccinelle. T’en souviens-tu ? La Coccinelle n’est plus, mais j’ai pensé à toi dès que j’ai su la nouvelle. […] » Ma lanterne s’éclairât enfin ! Sylvie et Pierre… Pithiviers !  Bien sûr que je me souvenais ! Une frangipane pareille, ça ne s’oublie pas ! Mais de quelle nouvelle parlait donc Pierre ? Et que m’envoyait-il ? Un masque chirurgical ? Une galette ? Je dépliais délicatement le papier bulle et découvris alors son précieux cadeau. Le paquet contenait une affiche d’origine d’Annie Cordy datant de 1983 que j’avais effrontément convoitée lors de mon passage à La Coccinelle. Et sous le papier bulle, le paquet contenait aussi un peu de mon enfance et beaucoup de toute ma vie. 

En 1983, j’avais 10 ans. Si j’en crois Google (qui se fiche bien de savoir l’âge que j’avais alors), pendant que je finissais mon CM2, cela faisait déjà trois ans, depuis 1980, qu’Annie avait établi un lien de parenté indéfectible avec toutes les familles de France et de Belgique en devenant leur Tata Yoyo préférée. Sans doute qu’elle en avait un peu ras-le-bol, à force, d’aller faire le ménage dans tous les presbytères et de trinquer avec tous les brasseurs de Munich… 1980. Autrement dit, quarante ans. Déjà ?  Quarante ans, qu’un beau jour, j’ai dit à mon Tonton Alain (à défaut de Tata !) « Quand je serai grande, je serai Annie Cordy !  » Parce que c’était décidé ! Dans ma tête, j’aurais des tas d’oiseaux, des bongos et puis même un (ou deux !) grelots. Comme elle, je saurais tout faire : chanter, danser, jouer la comédie… Je ferais des chansons comme des histoires, ou l’inverse ! Pis j’aurais des costumes de toutes les couleurs, pis je m’en ficherais d’être ridicule du moment que je ferais rigoler les gens. Et d’ailleurs, ce serait mon super pouvoir, quand j’arriverais quelque part, tout le monde serait de bonne humeur ! « Allez tonton ! Viens on chante encore Jane la tarzane ! »

Quarante ans plus tard, sur le mur de mon salon, Annie est en concert dimanche 10 Juillet  à 15h30 du côté de Luçay-le-Mâle (l’affiche précise près de Valençay, dans l’Indre). Le spectacle sera précédé du Sensationnel Ballet de French-Cancan et suivi d’un dîner champêtre, composé de Spécialités Berrichonnes le tout pour 38 Francs sans le repas et 45 Francs le repas inclus (notons que ça ne fait pas cher l’Andouillette et le Crottin de Chavignol, sans doute arrosés de Quincy !). Dans sa robe Charleston à paillettes, Annie lève une gambette et m’invite à la rejoindre. Son sourire immense et sa joie de vivre débordent du cadre et illuminent mon salon tout entier. Dehors les températures refroidissent et c’est comme si cette affiche réchauffait mon salon !  Mais oui Annie ! Bien sûr que je veux chanter avec toi !  Mais depuis sept mois, les concerts s’annulent. A Paris, à Toulouse, à Avignon, à Charly-sur-Marne, à Nemours, à Saintes… Et à Luçay-le-Male, je pense qu’ils vont t’attendre un moment… Dommage pour le Crottin et l’Andouillette… J’ai beau fredonner Ça ira mieux demain, ça sonne pas aussi bien que quand c’est toi qui chante… Pourtant, je suis pas du genre à voir la vie en morose tu sais et le dernier disque, Culture Physique,  je l’ai fait tout rose justement, t’as vu ? Même que pour le ridicule, j’ai pas eu peur ! Tu crois que j’aurais dû mettre des paillettes ? Des noix de coco ? Un hélicon ?  Je pense pas que ça aurait changé grand-chose à l’humeur ambiante tu sais… N’empêche, ça fait du bien de t’avoir à la maison tu sais. J’ai l’impression d’avoir une coloc’ ! Dis-donc, vu que t’es Belge, ça te dit qu’on se fasse des frites ? Oh, je sens qu’on va bien s’entendre toi et moi… Au fait, il parait que t’as dit : « Après ma mort, je reviendrai et je serai la plus grande pianiste du monde ». Annie… ça te dirait pas de m’accompagner ? 

 

 

130. Rentrée au bercail

D’habitude, j’aime bien ça, moi, la rentrée. Retrouver mon petit chez-moi, demander des nouvelles du quartier à la concierge. Ou l’inverse. J’aime bien ça, reprendre mes petites habitudes, d’habitude. Faire mon jogging du matin… écrire mon blog… aller chercher ma baguette bien cuite à la boulangerie… Parfois, le bronzage éclatant en bandoulière, je pouffe même sournoisement, entre les croissants et les pains aux chocolatine, devant le teint meringue immaculée de la vendeuse… 
Tous les ans, histoire de remplir le frigo resté désespérément vide pendant que je m’empiffrais à l’autre bout de la France de brochettes, de gambas, de glaces ou de gaspacho, je retourne mollement au supermarché. Sous les néons du Monoprix, je me sens à l’étroit et je regrette le brouhaha et les couleurs des marchés ensoleillés de la Drôme. Un léger parfum d’huile de Monoï et de  bougies anti-moustiques persiste entre les allées et me ramène un instant dans le Sud jusqu’à ce que l’odeur caractéristique des cartables et des cahiers neufs me submerge et me fasse dare-dare retomber en enfance. Du Sud, je me retrouve direct sur les bancs de l’école de la rue de Passy et si je ne fais pas attention, au lieu de mon café et de ma lessive, je me retrouve avec un lot de cahiers A5 grands carreaux et un kit équerre/rapporteur et je suis même à deux doigts de rédiger un exposé sur Napoléon Bonaparte ! 
La rentrée d’habitude, c’est encore le plaisir, enfantin lui aussi, de retrouver les copains. Les Cartes Panini cèdent la place à celles des restos et autour des tables, on est excités tout pareil de se retrouver pour se raconter nos vacances et on rigole aussi fort que dans la cour de la rue de Passy même si on frime un peu moins qu’à la récré. Personne ne va plus voir les vaches chez son Pépé (forcément ! Des Pépés, on en a moins), faire de super chasses au trésor à la colo de Prénovel-les-Piards, ni embrasser le  prof (?) de tennis sur la bouche… Enfin ça, peut-être bien que si… Non. Maintenant, on est un peu comme Astérix, pour les vacances, on va chez les Corses,  les Savoyards ou les Bretons vu qu’on n’a plus trop le droit de passer les frontières, on ne bouffe pas de sangliers rôtis arrosés de cervoise mais on n’en est pas loin vu la gueule du barbecue (et d’ailleurs, on revient souvent avec un ou deux sangliers sur les hanches !), on se promet tous les jours d’aller marcher le lendemain mais plutôt que d’aller faire le GR 30 au Puy de la Vache, on  fait plutôt la sieste. Cet été, en plus, on a joué à Masque ou pas masque, ça ressemble un peu au Jumanji, les règles changent tout le temps, mais c’est moins marrant…
Enfin, dans l’ensemble, on a tous passé de belles vacances ! Mais, faut dire qu’avec le printemps qu’on a eu c’était pas trop difficile…  Et puis faut dire encore qu’avec le printemps qu’on a eu, on est tous bien contents de rentrer se remettre enfin au boulot. Enfin ceux qui en ont. 
Personnellement, tout ce que j’ai, c’est ma lessive (sale), mon café et mon bronzage (éclatant). Je pourrais toujours retourner narguer la boulangère ? Mais ça va devenir moins rigolo. En plus à force, mon bronzage devient de moins en moins éclatant. Ou alors ce sont ses meringues qui sont de plus en plus foncées ? Je pourrais bien me faire un café  et laver mon linge ? Mais j’ai la flemme et puis la caféine je n’en ai pas vraiment besoin, l’énergie, on peut pas dire que je sois en manque. Faut tout vous expliquer ! C’est la rentrée ! Je suis reposée, je suis au taquet, là ! D’ailleurs ça fait des mois que je me repose de ne rien faire, je suis pas au taquet, je suis au taquet double ! Ça j’en ai bien profité du soleil de la Drôme, j’ai fait le plein, j’ai rechargé les batteries, je suis devenue une sorte d’engin hybride ! Je suis prête à repartir sur les chapeaux de roues ! Mais j’ai pas trop l’habitude des hybrides ? C’est normal ce démarrage tout pourri ? J’ai l’impression qu’on est un peu raplapla, non ? 
Ceci dit, une rentrée avec Bachelot en prof’ principale, ça sentait le traquenard. Tous ceux qui l’ont eu avant l’avaient bien dit : c’est un vrai boulet, avec elle, vous allez ramer… N’empêche, quand je vois mon emploi du temps, je me dis qu’ils n’avaient pas tort… Ça me déprime…  Y a des trous partout… Quant au programme, il est plutôt maigre… En plus, Roselyne, vus ses antécédents, à tous les coups, elle va vouloir nous faire faire du masque ! Enfin, ça aurait pu être pire, on aurait pu avoir Stéphane Bern et là j’aurais été obligée de l’écrire cet exposé sur Napoléon Bonaparte !

Bon allez, c’est pas la peine de me mettre la rate au Bouillon Cub ! La rentrée scolaire, c’est rien qu’une fête commerciale inventée par les vendeurs de cahiers A5 grands carreaux et de kit équerre/rapporteur pour nous mettre une pression consumériste ! J’ai peut-être pas de boulot en vue, mais j’ai toujours un bronzage éclatant, et toc !

129. Quatrevingt-treize

Chers amis, je ne vais pas y aller par quatre chemins (c’est déjà tout juste si j’ai réussi à en trouver un !) : hier, j’étais à B.
C’était ce qu’on appelle une expérience. Pour la parisienne que je suis, partir en banlieue, c’est partir en voyage. La banlieue, très honnêtement, je connais un tout petit peu.  Et puis, je l’avoue, surtout les banlieues de fiction, bourgeoises, modestes, populaires… La vie est un long fleuve tranquille… Tout ce qui brille… L’esquive… Divine… Les Misérables….  Mais en vrai de vrai, Les Misérables jusque hier je ne connaissais pas du tout du tout…
Cette année, épidémie oblige, on ne tracte pas sur le Pont d’Avignon, à moins de livrer des quatre fromages ou de proposer 20% sur les épilations demi-jambe. J’occupe donc mon mois de juillet à sillonner la Seine Saint Denis pour lire des livres aux enfants. Ils n’ont quasi pas eu d’école, ils n’ont pas eu de copains, ils n’auront pas de vacances (d’ailleurs je me demande s’ils en ont les autres années, des vacances ?), ils ont déjà été bien assez punis comme ça ! Cet été, ils auront donc des histoires, des jeux et plein de livres grâce aux ParcoTruc(k)s du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse. Je vous le dis tout net, c’est drôlement chouette de retomber en enfance, et d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je m’ennuie.
Bon, côté dépaysement, je dois l’admettre, la Seine Saint Denis, ça n’est pas la Provence : ici point d’aïoli, de mistral, d’Ignace et son petit nom charmant ou de César pour te fendre le cœur ! En revanche pour l’exotisme, je peux te dire que tu es copieusement servi (et pour ce qui est de te fendre le cœur, crois-moi, y a de quoi) ! Ici, les boubous, les saris, les turbans et les masques sont de toutes les couleurs et colorent joyeusement le bitume triste des Cités, les parfums de wolof, de mafé, de couscous flottent entre les fenêtres ouvertes des tours A, B et C et on s’interpelle sans faire de manières en Bambara, Algérien ou Bengali…  D’ailleurs, les enfants m’ont appris à dire bonjour dans leurs langues et me voilà qui apostrophe à mon tour les fenêtres ouvertes : Ani Sogoma ! Salam ! Hyalo ! Comme par magie, des dames en couleurs apparaissent et me répondent en souriant.
Bon d’accord. Les dames enturbannées qui sourient, la cuisine aux mille parfums… Lorsqu’on arrive à B. ce n’est pas le Club Med non plus. Ou bien alors l’équipe d’animation est celle qui a coaché Vincent Kassel et  Mathieu Kassovitz  pour le tournage de La Haine. Mais bizarrement, le matin, lorsque je suis arrivée par le parking où agonisaient les cadavres de voitures désossées, il y avait plus de monde pour me saluer que dans mon propre immeuble ! Lorsqu’on est arrivés avec les copains, entre les immeubles aux murs sales de cette Cité en U (je dirais fin 1970 début 1971), j’ai cru que la gardienne accourait pour nous offrir un Lexomil mais c’était un café, une corne de gazelle et la clé du local des toilettes qu’il ne fallait surtout pas oublier de fermer à clé (quand j’y suis finalement allée après le café, la citronnade, le thé à la menthe, l’eau et le soda au parfum chimique indéfinissable, le canapé éventré et la fenêtre à la vitre cassée avec vue sur la cuvette m’ont coupé l’envie d’y retourner pour le reste de la journée). Avec les copains, on l’a remerciée et on s’est mis au boulot. Sous un arbre, seuls subsistaient les deux pieds en fonte d’un banc public dont on avait volé l’assise (?). Le sol était jonché de mégots de pétards (ceux qui font rigoler, pas les feux d’artifice…). On a retiré ce qu’on a pu, et puis on a installé les livres, les tables, les cerceaux les masques, le gel hydroalcoolique. Au premier étage, une dame en tunique violette a ouvert sa fenêtre  : « Vous faites quoi ? » je le lui ai expliqué. Elle nous a répondu que nous aurions dû faire une nocturne, ici « les enfants ils sont pas dehors avant dix heures… minuit… » Étonnée, j’ai répondu qu’on n’était pas là pour les ados… « Oui, j’ai compris, mais les petits, ils sont pas dans la rue avant le soir… »
Avec le technicien, une affiche a alors attiré notre attention sur le mur. C’était un menu qui ressemblerait à celui d’un kebab ou d’un fast-food, hormis qu’il ne s’agissait pas de commander de la nourriture. Le menu affichait des tarifs de weed ou de shit, en livraison ou à emporter, le numéro de téléphone pour commander était en gras, et au bas du menu figurait la mention insolite (mais rassurante !) « Tous nos livreurs sont équipés de masques et de gel hydroalcoolique. »
Ça tombait bien, un « guetteur » qui nous guettait justement depuis un moment est venu nous demander ce que nous faisions là. Une fois de plus, nous lui avons expliqué. Docteur Bedo a paru enchanté. D’abord, nous ne risquions pas de porter préjudice à son petit commerce en lui volant sa clientèle. Ensuite, les enfants c’est important. Il avait des neveux, des nièces, et apparemment des valeurs : y a que les raclûres qu’aiment pas la lecture. Il allait donc nous envoyer sa famille. C’était gratuit ? Tout ?  Parfait. On n’avait besoin de rien ? C’est sûr ? Fallait pas hésiter…. Il nous ferait un prix. Merci Docteur Bedo !
Devant les tentes, deux petits garçons nous attendaient timidement. Maman les avaient envoyés. Elle leur avait dit qu’on faisait des jeux. Mais des livres… Pffffff…. Ça c’était vraiment trop nul  !  Ils étaient venus s’amuser ! Pas écouter des histoires ! Et puis d’abord, le foot, c’est mieux ! Alors ça j’étais bien d’accord, d’ailleurs, ça tombait bien, justement, j’avais une histoire sur le foot… « Vous connaissez Akissi ? Elle habite en Côte d’Ivoire ? » « Ah Bon ? Nous on est du Mali ? C’est à côté…. mais nous, on n’est plus forts au foot… ! En plus… c’est une fiiiiiiiiiiiiiiiille !  » Donc on a découvert une aventure de Akissi… et puis une deuxième… et puis ensuite, Akim et Moussa sont allés chercher leur petite sœur et aussi leur cousin parce qu’il s’ennuyait à la maison. Et puis Chandra et Fahima nous ont rejoints. Et petit à petit, les dames en couleur ont ouvert leurs fenêtres pour voir ce qui se passait et alors elles sont descendues avec leurs enfants…. et leurs assiettes ! Et alors on a lu ! On a lu :  Le Tracas de Blaise,  La vieille herbe folle, Björn et bien sûûûûr  Le loup en slip (deux fois !). Et surtout on a bien ri ! Entre les livres, les jeux, la citronnade et les 102 parts de gâteau au chocolat, de sablés confiture, de crêpes, de quatre-quart et même d’acras (délicieux!) c’est vrai qu’on ne l’a pas vue passer cette journée. Quand il a été l’heure de tout ranger, Hakim et Moussa m’ont demandé si demain il y aurait encore des histoires. J’ai répondu « Non. Juste aujourd’hui ». Quand ils ont chouiné « S’te plaîîîît ! » j’avais les yeux qui piquent, et j’ai failli répondre « Mais siiiiiiiii ! »
Ce n’est sûrement pas facile la vie en banlieue.
Mais hier à B., sous les arbres, près du banc disparu, j’ai passé une journée magnifique. Merci Hakim, Moussa, tous les enfants et tous les parents (j’ai pris 3 kilos !) 
Cambé ! Beslama ! Bidaya !

    128. Immonde d’après

    Dites, c’est moi ou bien le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant ? Moi qui suis d’un naturel plutôt optimiste, ces jours-ci ma sinistrose approche celles de Houellebecq et Duras réunis, d’ailleurs j’ai carrément tendance à voir la vie en morose. Pendant deux mois, on nous a rabâché à longueur de bulletin d’informations que désormais, tout serait différent, que ce virus, tel un électrochoc, allait nous métamorphoser, faire de nous des gens meilleurs. Eh bien c’est réussi ! Il y a dû y avoir une légère erreur de pronostic, parce que le monde d’après ressemble comme deux gouttes de Contrex à celui d’avant. Je lui trouve un sérieux air de déjà vu et même un air chargé de particules fines revenues dare-dare agresser nos poumons aussitôt que le trafic urbain s’est remis en marche. Eh ben alors ? je croyais qu’on devait tous se mettre au vélo ? Moi je croyais qu’après la rue de Rivoli à bicyclette, on allait pagayer sur le canal Saint Martin en canoé, faire le tour du périph’ à cheval, traverser la France en montgolfière ! Mais non, retour à la case bouchons, option pollution. Finis les canards en goguette de la place Colette, les renards qui gambadent entre les tombes du Père Lachaise, les mésanges bleues et les pies bavardes revenues faire la causette square Joseph Champlain. Dans le monde d’après, les oiseaux ferment leur bec et cèdent la place au doux chant du diesel et des klaxons. Dans les parcs, les masques et les gants jetables jonchent les pelouses tout comme les bords de Seine, entre mégots, bouteilles plastiques et restes de pique-niques avant d’aller finir leur triste parcours loin là-bas au fond de la mer.
    Dans le monde d’après, aux États-Unis, pour un faux billet de 20 dollars, un homme Noir est décédé après avoir répété « I can’t breathe » au policier qui appuyait fermement son genou sur son cou depuis neuf minutes. Neuf minutes. Une éternité. Et devant ce racisme et ces violences policières identiques à celles du monde d’hier, impuissante, j’ai pleuré.
    Dans un autre registre, Jean-Loup Dabadie et Guy Bedos ont fini par se pointer au Paradis pour  rejoindre Yves Robert, Jean Rochefort et Victor Lanoux en attendant que Claude Brasseur se décide à les rejoindre. Apparemment, ils ont préféré se retrouver entre mecs. N’empêche, Marthe Villalonga doit leur manquer. J’espère qu’ils ont prévu un bon petit Médoc pour les retrouvailles. En attendant, ici le monde d’après sent sacrément la naphtaline. Michel Drucker, qui n’a pas l’air pressé de les rejoindre, n’en finit plus d’animer Vivement Dimanche sur son canapé et ce pauvre Nagui attend désespérément de pouvoir prendre la relève… La tévé c’est pas mieux dans le monde d’après…
    Rien de bien révolutionnaire non plus entre les pages de ELLE MAGAZINE qui sait garder le sens des priorités : hop ! hop ! hop ! Pas de relâchement qui tienne ! Dans le monde d’après comme dans celui d’avant c’est encore et toujours l’heure de se mettre au régime, histoire de perdre les kilos souvenirs du confinement. Objectif maillot à manches longues (?) pour être la plus belle cet été sur la plage de Middelkerke.
    Quelques surprises en revanche du côté de l’Élysée où Manu 1er, à défaut de ministre, consulte le spécialiste du picrate, l’expert du 102, l’apôtre du Calva pour ce qui concerne les débits de boisson, j’ai nommé Jean-Marie Bigard, humoriste de son état, dont l’univers se focalise essentiellement sur le fond de son slip. Gloire à  Jean-Marie, Saint Sauveur des Baltos de France et de Navarre ! Jean-Marie s’est d’ailleurs déclaré intéressé par les prochaines élections présidentielles. Amen ! Pourquoi ne pas solliciter Joséphine Ange Gardien pour l’apprentissage des fondamentaux à l’école primaire ? Et Florent Pagny pour l’optimisation fiscale ? Eh ! Si dans le monde d’après, les artistes sont invités à enfourcher un tigre, tous n’ont pas un fauve sous la main, et puis de toute façon à quoi bon quand les cirques, les théâtres, les salles de spectacles et la plupart des festivals d’été sont plus ou moins contraints de garder leur rideau baissé ? Enfin tous ? Non ! Dans le monde d’après, quand on est un ancien ministre et qu’on part en croisade pour sauver son parc d’attraction historique et Vendéen on reçoit le soutien de l’Élysée, sans aller chercher de jambon ou de fromage ! D’ailleurs, on dirait bien que Robinson, le jambon et le fromage c’est pas trop son truc. Il préfère un Big Mac ou un Frappucino alors il fait la queue sagement devant  Mc Do et Starbucks rue du Faubourg Saint Antoine, tout comme devant Etam, Maison du Monde, Footlockers ou le laboratoire d’analyses médicales…
    Et moi, je me balade sous le soleil et je m’interroge. Où est-il le monde d’après qu’on nous a promis ? Où est-il ce monde idéal où on mangera bio, où on ne consommera que l’essentiel, fabriqué dans des conditions dignes, où on prendra soin de l’environnement, où nous serons solidaire ? Il a raison Houellebecq. Le monde d’après ressemble au monde d’avant. En pire. Pas glop. 
    A moi le Puy du Fou !

    127. Déconfiture…

    C’est affreux. Je crois que j’ai raté mon confinement. J’aurais dû être plus vigilante, prendre plus de précautions. Certes je suis restée consciencieusement cloitrée chez moi à quelques courses près et pour lesquelles je n’ai pas manqué de remplir mon attestation, je me suis masquée en sortant, lavé les mains en rentrant, j’ai tapé des mains (propres !) à la fenêtre et j’ai même fait un peu de bénévolat… Mais pour le reste, zéro, j’ai tout foiré.
    C’est hier soir que l’évidence m’est apparue brusquement alors que je faisais défiler les photos parfaites de ma timeline Instagram. Résultat, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Depuis hier soir, je n’ai pas le choix, je dois regarder la réalité virtuelle en face : j’ai la loose du confinement. Chacun de mes gestes ne fait que me confirmer mon échec. Ce matin par exemple, j’enfile mes baskets pour aller courir, comme tous les jours ou presque depuis 8 mois. Hors le 23 mars, de nombreux parisiens confinés se sont eux aussi découvert des dispositions pour le jogging, le running ou le footing – tous les goûts ing sont dans la nature. Ils se sont littéralement mis à courir les rues alors que pour moi, confinement ou pas, ça n’a rien changé à mes habitudes. La loose je vous dis… De retour de mon déplacement bref, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de mon domicile, j’ai pour habitude de prendre un café dans lequel je verse bêtement un peu de lait. Grâce à ma timeline, j’ai réalisé que je n’avais pas profité de ma réclusion à fond. J’aurais vraisemblablement pu m’entrainer à dessiner des cœurs, des fleurs, des étoiles ou des cochons d’Inde dans la mousse du lait flottant sur mon café et même, rivaliser avec les meilleurs baristas de chez Starbucks en écrivant mon nom au marqueur sur ma tasse. Mais non, je suis passée à côté. Et ce n’est pas le pire. Il m’arrive parfois de grignoter une tartine avec mon café, ce n’est pas systématique, mais enfin ça m’arrive. Eh bien croyez-le ou non, tout au long de ces huit semaines, que ce soit pour mes tartines ou autre, je n’ai jamais pétri ma propre pâte à pain. Pas une seule miche. L’idée ne m’a même pas effleurée. Je suis systématiquement allée (masquée) m’approvisionner à la boulangerie en Tradition, baguette aux céréales ou pain bûcheron. A l’occasion, j’ai peut-être sorti moi-même une ou deux baguettes du congélo, mais encore une fois, jamais je n’ai fait mon propre pain que ce soit au four, à la machine à pain ou au sèche-cheveux. J’ai honte. 
    Et ça ne s’arrange pas au moment de sortir de ma douche, la tête enturbannée dans ma serviette, je regrette aussitôt mon shampoing et mon après-shampoing. Qu’est-ce qui m’a pris de me laver les cheveux ? Encore une fois, j’ai succombé à l’appel fourbe et vicieux de l’hygiène plutôt qu’à celui vivifiant quoique graisseux de la cure de sebum. Dire qu’en plus du bonheur de voir ma tête se couvrir de neige, j’aurais pu avoir le plaisir de la voir se couvrir d’un bloc de margarine… Si ça se trouve, à l’heure du dîner, je n’aurais eu qu’à essorer une mèche de mes cheveux au-dessus de la poêle pour faire revenir un oignon ou des poivrons… Si au moins j’en avais profité pour fabriquer mes cosmétiques moi-même, mais même pas ! Et voilà, ça aussi, c’est raté. 
    Sans compter que je me suis obstinée à porter un soutien-gorge (allez donc faire du jogging/running/footing sans soutif !). Mais pendant que je m’accrochais à mes bretelles, le No Bra a fait de plus en plus d’adeptes chez les confinénés, au point qu’on recycle aujourd’hui les push-up en masques et qu’à défaut de FFP2, on se protège désormais avec une touche de glamour grâce à Aubade, Etam ou Darjeeling. Sauf les recalées du confinement comme moi qui portent leur soutifs à l’ancienne, sur leurs nichons de looseuses. Je vous assure, j’ai les glandes. 
    Quand je résume, je n’ai pas relu Proust. Je ne me suis pas mise au yoga. Je n’ai pas arrêté de fumer. Je n’ai même pas essayé de m’y mettre. Je n’ai pas pris 5 kilos. Je n’ai pas découvert la magie du Château de Versailles en ligne sur mon écran 16 pouces. Je n’ai pas regardé La Casa del Papel. Je n’ai pas écouté le concert de Christine and the Queens en live sur Insta (ni celui des Clés de Sol à Molette).  Faute de travail, je n’ai pas été en télétravail, faute d’enfants, je n’ai pas revu le programme de CE2 et faute de jardin, je n’ai pas taillé mes rosiers ni éclairci mes carottes. Je ne connais même pas le cours du navet dans Animal Crossing. Je n’ai pas tenu mon Journal d’une du Confinée mais à ma décharge, je n’ai pas de colline ni de tilleul en bourgeon comme Leila Slimani. Je n’ai pas non plus les anticorps qui immunisent Madonna pour sortir faire une balade en bagnole. Je n’ai pas écrit de chanson sur le confinement. Je n’ai pas fait de buzz sur le Net. Je n’ai pas nettoyé les plinthes. Ni derrière le lavabo. Je n’ai pas brassé ma propre bière. Je n’ai pas exploré  les bienfaits du feng shui. Je n’ai pas carrelé ma salle de bain en jaune de Naples. Je n’ai pas fabriqué une tour Eiffel en dés de Mimolette. Je n’ai pas organisé une manif du 1er Mai avec des Playmobils. Je n’ai pas fait du ski sur mon plancher. Je n’ai pas jonglé avec des rouleaux de papier toilette. Je n’ai  même pas été foutue de savourer la volupté de l’ennui.
    Faut être lucide, j’ai tout foiré. Je suis une minable, une moins que rien… J’ai raté mon confinement dans les grandes largeurs !  Tout le monde en a profité pour se reconnecter avec son être intérieur, se cultiver, se détendre et se sublimer et moi… oualou ! Je suis resté moi. J’ai tellement honte que quand ce confinement sera enfin terminé, je crois que je n’oserai même pas sortir… Ou alors masquée, à la limite !

    126. Prise de tête

    Vingt-huit jours déjà depuis le début de cet improbable scénario. Sans être une grande amatrice de film catastrophes, je sais toutefois reconnaître une production de qualité et force est d’admettre que bien que tout soit réuni pour tenir le spectateur en haleine, l’intrigue autant que les moyens, malgré les nombreux rebondissements, je trouve – à titre tout à fait personnel – que l’histoire manque d’action, qu’elle s’enlise un peu et traine en longueur (sans parler des acteurs !). Bref ce compromis entre  Le septième sceau  et Un jour sans fin, ne me convainc pas franchement… 
    Depuis quatre longues semaines, et comme une bonne partie de la population j’imagine,  je suis devenue accro aux informations. Dès le réveil, il me faut ma dose de Café-Corona (le virus, pas la bière). Mais c’est agaçant, les salles de rédactions n’ont pas la rigueur des auteurs de Netflix et le feuilleton de l’épidémie manque sérieusement de fiabilité. J’ai ainsi pu découvrir au hasard du Web que le COVID 19 était  tour à tour une arme biologique chinoise, une arme biologique fabriquée par la CIA, une invention des Juifs pour favoriser l’effondrement de la Bourse, une punition divine à l’encontre des homosexuels, qu’il était dû à la consommation de soupe de chauve-souris, que non, en fait c’était la faute à la 5G, qu’on pouvait se soigner en sniffant de la coke et/ou en fumant du cannabis (ce qui semble avoir considérablement développé l’activité de dealer en ces temps confinés), qu’on pouvait se prémunir en mangeant du fenouil et en buvant du citron (ou l’inverse ?), que l’Assemblée aurait légalisé l’euthanasie en douce, que les individus de phototype VI (à la peau noire… noire, Muriel) seraient immunisés, que les végétariens seraient immunisés itou (les végétariens noirs sont donc tranquilles j’imagine) et enfin, que, en Russie, Poutine auraient fait lâcher des lions dans les rues pour forcer les gens à rester chez eux… je passe sur le Poker du déconfinement et le 3615 Chloroquinenveut.
    Tout ça pour dire que d’une part, je passe beaucoup trop de temps sur Internet et d’autre part, comme disait Dutronc, Colin-maillard et Tartempion, ce sont les rois de l’information
    De toute façon, on me la fait pas à moi. Il a raison Jacquot, on nous cache tout, on nous dit rien, mais c’est inutile. C’est pas les pangolins, pas les Chinois, pas les Illuminati, pas les Francs Maçons, pas les Scientologues et encore moins les Témoins de Dalida qui sont responsables de cette épidémie, pas du tout ! Le Coronavirus, j’en suis sûre, c’est un vaste complot, une conspiration diabolique ourdie par Jacques Dessange, Jean-Louis David et Toni et Guy Mascolo réunis, plus connus comme le Cartel des Merlans dont l’objectif est de plonger la planète toute entière dans un désastre capillaire universel pour enrichir le lobby des coiffeurs ! 
    Vous ne me croyez pas ? Alors comment expliquez-vous que depuis le début du confinement, entre autres commerces, les salons de coiffure ont fermé leurs portes ouvrant ainsi la bonde aux drames capillaires de toutes sortes : racines, jachères, fourches, dégorgements de couleur, yéti… Du reste nous aurions dû nous méfier… Donald Trump ? Boris Johnson ? Les signes étaient là, depuis longtemps. Le Professeur Raoult ne vient-il pas encore confirmer cette hypothèse ?  Déjà, la population n’hésite pas à employer les grand moyens et la tondeuse ou pire, les ciseaux et provoque ainsi moult franges ratées, mulets impromptus, boules à zéros pointés, carrés inégaux, dégradés délabrés ajoutant encore à la débâcle et à la panique générale. Au moins, le commun des mortels n’est-il pas le seul à se morfondre car en cette période sinistrée, même Mireille Mathieu confie à Gala (qui sait garder le sens du scoop même en tant de pandémie) qu’elle souffre d’un manque de – coupe au – bol terrible, et qu’elle a bien du mal à entretenir la marque de fabrique légendaire qui a fait son succès. Dans les supermarchés,  les rayons Hygiène et Beauté sont pris d’assaut et à l’instar du papier hygiénique, on se dispute les flacons de shampoing, d’après-shampoing, de gels et on s’arrache les boites de colorations, peu importe la couleur. Sans doute que bientôt, en plus de masques FFP2, le corps médical invitera-t-il la population à se couvrir de charlottes chirurgicales ou à défaut de bonnets de laine, pour sortir de chez soi et éviter tout risque de contamination esthétique et de son côté, le gouvernement étudiera la mise en place d’un numéro vert d’écoute et de soutien pour les personnes victimes de désastre capillaire persistant. Amazon, en rupture de stock de perruques, laissera les clients désespérés se rabattre sur des modèles de Bavaroise ou de Gandalf le Magicien pour camoufler leur chevelure en friche.  Pour résumer, la crise n’a pas encore atteint son paroxysme et nous allons au devant de jours bien sombres, pour ne pas dire Cacao Foncé. Dans peu de temps, partout autour du globe, la situation sanitaire ET capillaire seront dramatiques. Alors, je repose la question : à qui la faute ? A qui profite le crime ? Au FBI ? A Greenpeace ? A Renaud Capuçon qu’on n’a jamais autant entendu que depuis le début de l’épidémie (je n’accuse personne mais enfin il est parfaitement coiffé… coïncidence ?) ? Pas du tout ! Il est évident que cette crise est orchestrée par le sinistre Cartel des Merlans, mais vous pouvez lutter :

    SAUVEZ DES VIES, COIFFEZ VOUS ! 
     
    Germination des semis d’hiver… (Avril 2020)

    125. Pourquoi tu tousses ?

    T’as toussé là, non ? J’ai pas rêvé, t’as toussé ! Ne fais pas l’innocente, je t’ai entendue ! Alors, moi, en toute confiance, je t’ai offert l’hospitalité, je t’ai accueillie sur mon canapé, je t’ai déroulé ma plus belle couette Ikéa, et toi, sournoisement, tu te pointes la quinte en bandoulière et tu craches tes glaires louches dans mes draps cent pour cent coton bio ? T’es vraiment qu’une vieille canaille ! Dégueu de surcroit. Allez, hop, hop, hop ! Tu me remballes tes crêpes et ton sac à dos et tu retournes dare-dare à Saint Tugdual ! Je le sais bien que c’est moi qui t’avais invitée pour le weekend mais mon plan c’était pas une soirée Coronana ! Alors ouste, plan d’évacuation sanitaire ! Comment ça qu’est-ce que je fais ? Y a pas la tévé ni les zinternet dans le Morbihan ? Je m’asperge, tiens ! C’est tout ce que j’ai sous la main : de l’eau et du rhum,  y a pénurie de gel hydro-alcoolique, alors je fais avec les moyens du bar. D’ailleurs, tiens. Ne prenons aucun risque, enfile ce masque. Pas de discussion ! Je n’ai pas l’intention de jouer prochainement dans la Dame au Corona alors tes expectorations, tu te les gardes pour toi. Quoi c’est un masque de plongée ? Et alors ? Il est intégral, non ? Y avait plus de FFP2 à la pharmacie, il a bien fallu que je me débrouille. J’ai demandé s’il ne restait pas des FFP1 en stock mais… à vrai dire, je ne sais même pas si c’est des masques ou des cotons tiges… ni si ça existe en fait… De toute façon y en n’avait plus non plus. La pharmacienne m’a conseillé d’aller au Franprix acheter des filtres à café (recyclables) et des élastiques (recyclés) et d’en bricoler moi-même, il parait qu’on trouve des tutos sur Youtube. Elle m’a même dit que je pourrais les refourguer au marché noir et que le qualité filtre ça rapporte en ce moment. Mais au Franprix y en n’avait plus des filtres. Pis du café non plus. Y avait plus grand chose d’ailleurs… Comme je ne voulais pas revenir les mains vides, j’ai pris quelques barres de céréales et vu que y avait plus de papier toilette, j’ai pris trois rouleaux de papier alu, au cas où. Ensuite, je suis passée chez Decathlon et c’est tout ce qui leur restait comme masque. Y avait aussi des cagoules de surf, mais c’était pas hyper flatteur. En tout cas moins que le masque de plongée. Et quand on y pense, le tuba, c’est pas si bête : ça permet de respirer l’air qui est en hauteur alors que les bactéries, je me dis que ça doit être plus lourd que l’air, non ? Donc… a priori ça tombe en bas…  Alors ? Tu vois que c’est pas si con mon tuba finalement ! Tant que j’y étais, j’ai aussi pris des gants en néoprène, on n’est jamais trop prudent. Pour les palmes j’avoue que j’ai hésité… Finalement, c’était plus cohérent pour l’ensemble. Mais faut s’habituer, c’est vrai. Surtout dans le métro. 
    Comment ça je cède à la panique ? Non mais tu sais à qui tu parles ? Permets-moi de te rappeler que j’ai survécu à la vache folle, à la grippe aviaire, au moustique tigre, au pédiluve de la Piscine Alfred Nakache et même au kebab de la rue de Tlemcen alors pardon, mais les épidémies ça me connaît, il s’agit simplement d’adopter les bons gestes. Et je peux te dire que je ne regrette pas mes cours de yoga. Avant je toussais dans mon coude, mais comme je ne suis pas sûre que ce soit efficace, maintenant je préfère tousser derrière mon genou. Et j’ai provisoirement renoncé aux Bo Bun c’est plus sûr… et puis à la pizza, la mozzarella, la panna cota bref à tout ce qui rime avec Corona… en fait je me suis mise au sans gluten c’était plus simple… les pâtes, le riz… je me méfie. Et puis je ne mets plus les pieds dans un musée, un théâtre ou un cinéma : la culture, c’est terminé, même masquée ! De toute façon, si c’est pour aller voir  Radioactive  ou la dernière Palme d’or, un film coréen qui s’appelle Parasite ! Ils sont malades de récompenser des trucs pareils ! Qu’on vienne pas s’étonner si on se retrouve avec une épidémie ensuite !!!! A la place, je reste chez moi, bien au chaud, je me suis mise au régime bortsch/chachlik (c’est pas super digeste mais si la Russie n’est quasi pas touchée, ce n’est sans doute pas pour rien !)  et je regarde Docteur House… Eh ben je vais te dire, ils devraient se taper un ou deux épisodes au Ministère de la Santé parce que si tu veux mon avis, y a longtemps que le Docteur House il l’aurait résolu le mystère du COVID 19 !

    124. Comitial-out

    Chaque jour du calendrier a son saint ou sa sainte et… sa journée internationale, ou presque. Il y a les plus célèbres comme la Journée Internationale des Femmes (appellation officielle de l’ONU) ou la Journée Mondiale Sans Tabac, les plus jolies comme la Journée Mondiale du Bonheur (merci l’ONU itou) ou celle du Livre pour Enfants (à l’initiative de l’UNESCO) et celles pour le moins insolites dont l’intitulé laisse perplexe comme la Journée Internationale des Toilettes (qui s’avère être une véritable cause!) ou plus déroutante, la Journée Internationale du Parler Pirate ! En ce lundi 10 Février, la journée ne sera ni célèbre, ni jolie, ni insolite puisque c’est la Journée Internationale de l’Épilepsie. C’est moins glamour que la Saint Valentin et hélas, beaucoup moins lucratif. Il faut dire aussi que l’intitulé – pas la cause – laisse à désirer. En général, les journées internationales c’est contre les maladies : contre le cancer, contre la tuberculose, contre le SIDA, ce qui est assez cohérent puisque les maladies on voudrait plutôt s’en débarrasser. Mais une journée « de l’épilepsie », c’est flou, ça veut dire quoi ? C’est comme la Fête de la musique ? On sort dans la rue, et on fait des crises au café du coin entre amis ? Contrairement à l’endométriose ou la fibromyalgie, aucune star hollywoodienne n’a avoué chez Oprah Winfrey souffrir de ce mal, qu’il soit petit ou grand ce qui fait que souffrir d’épilepsie n’est hélas pas trop tendance. C’est bien dommage parce qu’en plus de lever le voile sur une maladie taboue ça aurait sans doute rapporté quelques millions à la recherche. Harrison Ford a bien créé une fondation parce que sa fille souffrait de crises, mais même Indiana Jones n’a pas réussi à sortir l’épilepsie de l’ombre maudite ! J’ai donc décidé de  me dévouer. N’étant ni star ni hollywoodienne, ça ne servira sans doute pas à grand-chose que j’étale mes électro encéphalogrammes sur la place publique. Toutefois je peux peut-être profiter de cette journée pour faire un peu de prévention. Dire par exemple, qu’il est inutile de mettre une cuiller ou une pompe à vélo dans la bouche d’une personne en crise ou de l’empêcher de se débattre à moins que vous n’ayez un tempérament masochiste et ne souhaitiez vous même vous retrouver aux urgences avec un oeil au beurre noir ou une phalange en moins. Rappeler que dès que cela sera possible, il faut la mettre (délicatement !) en PLS. Laissez-la ensuite se réveiller dans le calme (ce n’est pas le moment de lui faire écouter le dernier titre de Lady Gaga) et à son rythme. Elle est dans un brouillard un peu confus, elle réalise à peine ce qui vient de lui arriver, ne lui sautez pas dessus avec vos mille questions, même si ce n’est que la bienveillance qui vous anime ! Une fois qu’elle sera réveillée, isolez-la, elle vous sera reconnaissante de la protéger des regards des voyeurs curieux qui ne sont jamais très agréables dans ce moment où ladite personne ne se sent pas particulièrement à son avantage (elle ne l’est d’ailleurs pas mais il est inutile de le lui rappeler). A moins que vous ne constatiez des bobos alarmants, si la personne est une épileptique connue (à ce stade, rassurez-vous, elle n’est pas très vaillante, certes, mais assez pour vous communiquer cette information elle-même), il est inutile d’appeler le SAMU, les pompiers, la police, la NASA, le Téléphone Sonne, ou le FBI. Elle n’a qu’une envie: aller se coucher. Alors s’il n’y a rien à recoudre ou à plâtrer, conduisez-la donc le plus rapidement à son lit, ou à défaut au Dunlopillo le plus proche, elle vous en sera éternellement reconnaissante !
    Dans le cas où il aurait fallu passer par la case URGENCES, après les 5 heures d’attente rituelles, une fois que le Docteur Ross aura suturé tous les plus ou moins gros bobos liés à la chute, laissez-la s’écrouler dans le taxi qui la ramène chez elle et couchez-la toute habillée. N’essayez pas de lui enfiler son pyjama en coton bio, elle s’en fout et de toute façon, elle n’en a plus la force. Ne lui préparez pas non plus une assiette de coquillettes au beurre pour la requinquer, elle s’en tamponne. Tout ce qu’elle veut c’est dormir tout son soûl. Cela peut aller jusqu’à 48 heures, ne soyez pas étonné, laissez-la, au moins, elle vous fichera la paix pendant ce temps-là. 
    D’autant que quand elle se réveillera, hormis une migraine carabinée, elle sera probablement en pleine forme et prête à reprendre le cours plus que normal de son existence : elle mangera, boira (et pas que de l’eau!), travaillera, voyagera, fera du sport, jouera à des jeux vidéos, conduira, aura des relations sexuelles et même des enfants ! Peut-être même qu’elle deviendra un(e) auteur(e) célèbre comme Agatha Christie, Flaubert, Dostoïevski, ou Molière (les Grosses Têtes n’ont qu’à bien se tenir) ! En revanche, il est probable qu’elle cachera ses problème de santé parce qu’il est plus facile d’avouer un herpès à son amoureux que son épilepsie à son entourage et ça, c’est nul. Ceci étant, à l’occasion de cette Journée Internationale, je découvre (sur le site du Monde) que Valentin est non seulement le Saint patron des amoureux mais aussi celui des épileptiques. J’ai du mal à voir le lien je l’avoue…  En tout cas, voilà qui complique sérieusement mon calendrier… mais me réconcilie avec toi Valentin ! Je sais qu’on a longtemps été fâchés toi et moi, mais cette année, si tu m’offres des fleurs ou que tu m’invites au resto, promis, je ne piquerai pas ma crise !

    Plus d’Informations sur le site de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière (ICM)

    123. Tour de crasse

    Cher résidu de détartreur rouillé, 
    Hier soir, je me réjouissais de  passer pour la première fois de l’année un agréable moment en compagnie de mon ami Laurent à la Maison Plume au 61 de la rue Charlot (Paris 3ème) avant d’aller dîner. Oui, je fréquente les pâtisseries avant d’aller dîner, et alors ? Tu fréquentes bien les coins de rues obscurs, est-ce que je te juges moi ? Quoique nous ne nous connaissions pas, j’aurais eu plaisir à te faire découvrir les créations sans sucre et sans gluten de Tara, la jeune propriétaire, les unes s’avérant tout aussi savoureuses que l’autre. Autour d’une tasse de thé fumant, nous aurions partagé une tarte… deux si tu es aussi gourmand que moi et peut-être même une galette, épiphanie oblige. Entre les tables dépareillées et les chaises rempaillées de ce petit cocon rassurant, nous aurions appris à nous connaitre… Je t’aurais raconté les joies, les doutes, l’excitation de la vie d’artiste et tu aurais promis de venir m’applaudir le 23 mars prochain au Zèbre de Belleville (n’hésite pas à encourager tes connaissances à réserver !). Tu m’aurais raconté tes joies, tes doutes, l’excitation de la vie de mauvais garçon, je ne t’aurais rien promis et peut-être nous serions nous revus… Bref, nous aurions passé un bon moment, ou tout au moins pas mauvais les pâtisseries aidant, avant de remonter toi sur ta moto, moi sur mon vélo et de reprendre chacun le cours de nos vies passionnantes. Au lieu de ça, alors que je passais un agréable moment en compagnie de mon ami Laurent comme je le disais en introduction, je ne me doutais pas que toi l’espèce de vieux marc de café moisi, toi le résidu de compost d’escalope de veau, toi la vieille branchie d’huître avariée, tu rasais sournoisement les murs des rues Paris, des pinces coupantes au fond des poches de ton Wrangler que j’espère trop petit, pour rejoindre le coin de la rue du Forez où tu as découpé dans la lueur faible et gratuite d’un réverbère municipal, en loucedé et en moins de 30 minutes (saluons ici ta célérité et ta technique) les deux antivols du vélo électrique que j’avais acheté en septembre. J’avais déjà pu apprécier tes talents à domicile, lorsque l’été finissant, tu avais dépouillé mon précédent véhicule électrique, celui avec lequel je m’étais déplacée plusieurs années durant et dont j’évoque encore avec nostalgie les tâches de corrosion qui parsemaient le cadre,  tu l’avais dépouillé donc des deux antivols sécurisés qui le reliaient – sans selle et sans batterie, tu es sans aucun doute un vrai sportif – au mobilier urbain municipal encore, que la Ville de Paris a l’amabilité de mettre gratuitement une fois de plus à ma disposition.  Je te le dis tout net, toi la vieille rognure d’ongle incarné purulent, je te déteste, moi, de toutes mes tripes, de toutes mes entrailles, de tous mes organes, de tous mes muscles et ligaments, et je suis d’un naturel plutôt amical, tout le monde te le confirmera. Tu comprends, ou plutôt non tu ne comprendras pas, pauvre dépôt de piquette bouchonnée que tu es : j’aime faire du vélo dans Paris. J’aime cette sensation, un peu idiote peut-être, du vent qui me fouette le visage. J’aime quand j’enfourche mon vélo, devoir descendre systématiquement l’avenue Gambetta en roue libre, pour aller quasiment n’importe où ! J’aime faire tinter ma sonnette pour avertir les piétons que j’arrive. J’aime chanter à plein poumons devant leurs yeux étonnés. J’aime cette impression que les bords de Seine m’appartiennent. La nuit, j’aime encore sillonner les rues désertes ou, paresseuse, éviter un côte trop raide et faire un détour pour découvrir le Passage des soupirs. J’aime enfin après un diner un peu trop arrosé, prendre l’air et marcher un moment, mon guidon à la main, avant de monter en selle et pédaler en remerciant le moteur électrique de m’aider à rentrer en deux tours de pédales en haut de l’Avenue Gambetta !
    Non tu n’y comprends rien. Je ne te demande pas de prendre soin de mon vélo, tu ne le feras pas. Ce matin, grâce à toi, je me sens vide et couillonne et en colère et triste. Je vais aller partager tout ça avec la maréchaussée. A pieds. Tu m’as passé l’envie de pédaler. Pour le moment. 
    Cher résidu d’huile de fond de moteur noircie, je ne te souhaite pas une bonne année.