81. Terrassée…

Aujourd’hui, c’est mardi. Paris pleut. Ou plutôt, Paris pleure. Moi, j’en ai assez de pleurer. Assez de promener ma peine le long du macadam entre les fleurs, les hashtags, les paraboles des camions des télés internationales et les bougies. Assez depuis trois jours, de cette envie de vomir, de ne pas pouvoir dormir et de ce funeste refrain qui me tourne dans la tête Ah… Ah… Ah… Je me sens pas bien. Ah.. Ah…. Daech ça craint. Pour une fois que j’ai rien bu, j’aurais peut-être dû… Pourquoi je me sens si mal? 
Facebook m’a suggéré de me peinturlurer en bleu, blanc, rouge. Twitter m’a conseillé de mettre une bougie à ma fenêtre. Instagram m’a encouragée à boire des coups en terrasse. Le Président de la République m’a incitée à faire une minute de silence. Et même, de New York à Londres en passant par Le Caire et Berlin, le monde entier a tenté de me consoler en me chantant la Marseillaise. 
Tout ça, c’est gentil. Mais vain. Rien ne marche. J’ai toujours mal. Là. Juste ici, vous voyez? Du côté du cœur. Du côté de ma France. La télé a dit que c’était une attaque. Qu’il me fallait du repos. Faut dire que j’ai des antécédents. Ça m’est déjà arrivé en janvier. D’ailleurs, j’ai tout de suite reconnu les symptômes: la douleur foudroyante au creux de la poitrine, le souffle coupé, la sensation de panique, les palpitations… Je me croyais remise mais visiblement non. Pourtant, j’avais fait tout bien comme il faut. Je m’étais mise au rameau d’olivier, j’avais manifesté dans les rues pour faire de l’exercice, j’avais résilié mon abonnement à Biba pour éviter les émotions trop fortes et j’en avais pris un à Charlie Hebdo, dont la lecture était chaudement recommandée pour ma convalescence. Je commençais à me dire que, si je n’étais pas totalement guérie, du moins j’avais survécu au choc et qu’avec le temps, la douleur finirait par s’atténuer. Et puis sans prévenir, la voilà qui se réveille! Pour de vrai! Atroce, injuste et fulgurante! A cause d’une bande d’illuminés qui se sont mis en tête de tourner un remake sanglant et pourri de Timbuktu au coin de la rue. Ça fait mal je vous dis! Tellement mal! Je voudrais bien crier mais ça demande trop d’effort et je me sens curieusement vide.
Je me sens seule aussi. Même au milieu des gens que j’aime. Même au milieu de tous ces inconnus que j’ai envie d’aimer. C’est ma ville ça? Vous êtes sûrs? Pourtant je vous jure que les rues, les arbres, les gens ne sont plus les mêmes. Je me sens perdue dans ce Paris de lendemain d’apocalypse. Malgré toutes ces formidables démonstrations patriotiques, aussi belles et émouvantes soient-elles. Avec mon p’tit bouquet et ma p’tite bougie je sais pas de quoi j’ai l’air mais une chose et sûre, je ne suis pas très vaillante.
Alors ce soir, bon gré, mal gré, je prends la direction de la terrasse du Mange Disque. Pas parce que c’est politique ou militant de s’asseoir en terrasse pour boire du Chiroubles. Ni pour chier à la gueule de ces cons d’enfoirés de terroristes. C’est pas mon truc la scatologie. Non. C’est plus simplement parce que ça fait chaud de retrouver les copains et que là tout de suite, j’ai besoin de pleurer encore un tout petit peu au creux de leurs bras. Et puis en plus, l’intérieur du Mange Disque c’est tout petit et en terrasse, y a plus de place!
Au Mange Disque c’est le bar de mon chouette copain RV dans le Marais. En arrivant ce soir, je l’embrasse, je l’aime un peu plus fort que d’habitude et puis je lui commande un Martini. Je le laisse choisir la couleur et se moquer gentiment de moi. Ce soir, un autre chouette copain d’amour, l’Artiste Pitre, un artiste dingue un peu peintre, vernit ses sacs et nous on est là, fidèles au transistor, pour boire des coups, écouter Luna Parker, et nous empiffrer de Car en Sac (parce que Pitre il vernit ses sacs, pas des tableaux, mais j’ai compris la blague que après plusieurs Martini). Pendant que Daniel, Alexis, Jessy  descendent allègrement les vodkas cranberry, je me dis que la vodka c’est dégueulasse, mais quand même, c’est moi qui suis vernie de pouvoir me réchauffer et rigoler dans les bars et les bras des copains. C’est rien peut-être. Mais c’est bien.  
Et puis… y a Romain qui débarque. Le mien à moi. Il est pas beau comme un soleil, mais je l’aime pareil que Brel aime Frida. Parce qu’avec lui, même les mots sont parfois de trop. Parce qu’avec lui, je peux pleurer sans compter les kleenex. De rire, de chagrin, ça dépend… De la vie ou du film… Romain est là. Avec moi. Nous sommes en terrasse. Je n’ai pas peur. Je me dis simplement que la peine, c’est comme la vie, la musique, les verres d’Irancy et le saucisson, c’est meilleur quand on partage. 
Et quand ça ira mieux, on retournera dans les théâtres, les musées, les salles de concerts et pourquoi pas allez, même dans les stades!
Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. 
Jacques Prévert dans Les enfants du paradis

60. Presse Fé..minime!

Alors que je tape cette chronique, frénétiquement parce que je n’aurais pas dû boire ce troisième café, je m’interroge. Cette semaine, curieuse, un peu folle peut-être, j’ai récolté pêle-mêle les derniers exemplaires de BIBA, COSMOPOLITAN et MARIE-FRANCE. Je précise que je n’ai pas payé ces exemplaires, auquel cas j’aurais très certainement dépassé le stade de l’interrogation pour accéder directement à celui de la colère. Non, le rouge aux joues, j’ai lamentablement mendié ces périodiques auprès d’une amie : « Euh… tu les jettes ? T’es sûre ? Non, c’est parce que j’ai rien pour caler ma table basse… Merci ! « . 
Bref, ce matin au hasard des pages, entre deux pubs et trois échantillons de fond de teint miracle, je découvre successivement que mon célibat n’est pas une fatalité, que bien que femme, je suis autorisée à demander une augmentation, que les hommes préfèrent les chieuses mais pas celles qui parlent politique, que le vinyle tissé c’est plus tendance que la moquette et aussi que je ne dois pas travailler chez moi pour préserver l’équilibre de ma famille. Je note également de penser à prendre un ventilateur la prochaine fois que je descends au Photomaton. Les cheveux qui ondulent négligemment dans le vent, c’est plus classe pour faire la gueule sur le passeport ou le permis de conduire… 
N’empêche je m’étonne. Camarades gonzesses, lisez-vous vraiment ces magazines ? Vraiment ??!? Je veux dire à part chez le dentiste, le gynéco ou le coiffeur ? Personnellement, je tourne à peine deux pages et je me sens toute à la fois  vieille, moche, seule, ringarde et tarte. D’ailleurs, cette lecture me déprime tellement que j’achève la demie tarte aux pommes miraculeusement rescapée de la soirée de hier… Quitte à être tarte! Moi qui pensais me ressourcer à la lecture de ces revues, trouver de nouvelles idées pour mon ‘répertoire de filles’… C’est réussi! C’est encore pire que d’écouter certains chroniqueurs prétendument humoristiques sur certaines chaines de radio!  
Non, je ne trouve pas le repassage ‘trendy’., je trouve le repassage ‘chiant’. 
Non, ma mère n’est pas ma meilleure amie, ma mère est ma mère, c’est son privilège!
Non je ne dépenserai pas 330€ pour un sac à main musical qui cassera très certainement les pieds de tous mes voisins dans le train, le métro ou le Franprix!  
Non, je ne veux pas d’une application qui définit la taille idéale de mon soutien gorge avec la webcam de ma tablette!!! Avec le temps, ça peut paraître incroyable j’en conviens, mais j’ai déterminé la taille de mon soutif moi-même! 
Enfin, concernant le retour du rotin… vraiment??? Le rotin? 
Ce matin, avec mon café (celui d’avant la frénésie, le premier je veux dire) je tournais les pages du dernier roman de Khaled Hosseini. Pas trop vite surtout pour savourer le plaisir d’une toute nouvelle histoire, de la langue belle, élégante et pourtant simple, et le plaisir encore de découvrir entre les pages une autre culture. Et puis, je me suis obligée à poser le livre. Pour ne pas le dévorer, littéralement. Qu’il en reste un peu, pour quand je reviendrai du théâtre ce soir par exemple, à défaut de la tarte aux pommes… J’ai alors troqué le soleil, le désert, Abdullah et les rues de Kaboul pour cette accumulation de paupières fardées, de sourires farauds et d’autres fariboles fadasses soi-disant féminisées qui ne sont même pas dignes de caler ma table basse! J’attendrai désormais la prochaine rage de dents ou la prochaine infection urinaire pour me tenir à jour des dernières tendances incontournables, savoir comment calmer mon ‘hystérie’  et bien sûr comment passer une Saint Valentin inoubliable à Bar-le-Duc. 
Pour ma part, cette année, la Saint Valentin fut inoubliable et ce, sans chocolats, sans lingerie fine, sans mousseux tiède et sans joaillerie en carton. Non, rien de tout ça.
Vendredi 14 Février 2014, dans ma boîte aux lettres, sous la carte d’un serrurier qualifié et le menu d’un livreur de sushis, j’ai découvert une carte postale de François Morel qui me répondait rien qu’à moi. Tout de même, c’est drôle… D’une part quatre lignes griffonnées au feutre rouge me transportent de bonheur et de l’autre trois fois 150 pages de papier glacé qui me laissent résolument froide… Sans doute le poids des mots n’est-il pas très digeste.  En tout cas, pour l’inspiration, c’est raté!