Sur la bonne Voix – Réveillon 2021 – Toulouse (31)

Ami Toulousain, tu as passé une année difficile : grève, élections, réforme, pandémie, tu ne sais plus très bien où tu en es !
Sur la Bonne Voix est un atelier de développement personnel au cours duquel tu pourras retrouver le droit chemin par le chant. Ses deux animateurs Stéphanie de Morano et Lucas-Huzac Ferrand se donnent pour objectifs de te faire assumer tes convictions les plus honteuses sans aucun complexe ! Pour cela rien de plus simple : il suffit de chanter. Un thème te préoccupe ? L’écologie ? L’uberisation ? Le racisme ? N’attends plus, Sur la Bonne Voix se fait fort de chanter tout haut ce que tu penses tout bas !

125. Pourquoi tu tousses ?

T’as toussé là, non ? J’ai pas rêvé, t’as toussé ! Ne fais pas l’innocente, je t’ai entendue ! Alors, moi, en toute confiance, je t’ai offert l’hospitalité, je t’ai accueillie sur mon canapé, je t’ai déroulé ma plus belle couette Ikéa, et toi, sournoisement, tu te pointes la quinte en bandoulière et tu craches tes glaires louches dans mes draps cent pour cent coton bio ? T’es vraiment qu’une vieille canaille ! Dégueu de surcroit. Allez, hop, hop, hop ! Tu me remballes tes crêpes et ton sac à dos et tu retournes dare-dare à Saint Tugdual ! Je le sais bien que c’est moi qui t’avais invitée pour le weekend mais mon plan c’était pas une soirée Coronana ! Alors ouste, plan d’évacuation sanitaire ! Comment ça qu’est-ce que je fais ? Y a pas la tévé ni les zinternet dans le Morbihan ? Je m’asperge, tiens ! C’est tout ce que j’ai sous la main : de l’eau et du rhum,  y a pénurie de gel hydro-alcoolique, alors je fais avec les moyens du bar. D’ailleurs, tiens. Ne prenons aucun risque, enfile ce masque. Pas de discussion ! Je n’ai pas l’intention de jouer prochainement dans la Dame au Corona alors tes expectorations, tu te les gardes pour toi. Quoi c’est un masque de plongée ? Et alors ? Il est intégral, non ? Y avait plus de FFP2 à la pharmacie, il a bien fallu que je me débrouille. J’ai demandé s’il ne restait pas des FFP1 en stock mais… à vrai dire, je ne sais même pas si c’est des masques ou des cotons tiges… ni si ça existe en fait… De toute façon y en n’avait plus non plus. La pharmacienne m’a conseillé d’aller au Franprix acheter des filtres à café (recyclables) et des élastiques (recyclés) et d’en bricoler moi-même, il parait qu’on trouve des tutos sur Youtube. Elle m’a même dit que je pourrais les refourguer au marché noir et que le qualité filtre ça rapporte en ce moment. Mais au Franprix y en n’avait plus des filtres. Pis du café non plus. Y avait plus grand chose d’ailleurs… Comme je ne voulais pas revenir les mains vides, j’ai pris quelques barres de céréales et vu que y avait plus de papier toilette, j’ai pris trois rouleaux de papier alu, au cas où. Ensuite, je suis passée chez Decathlon et c’est tout ce qui leur restait comme masque. Y avait aussi des cagoules de surf, mais c’était pas hyper flatteur. En tout cas moins que le masque de plongée. Et quand on y pense, le tuba, c’est pas si bête : ça permet de respirer l’air qui est en hauteur alors que les bactéries, je me dis que ça doit être plus lourd que l’air, non ? Donc… a priori ça tombe en bas…  Alors ? Tu vois que c’est pas si con mon tuba finalement ! Tant que j’y étais, j’ai aussi pris des gants en néoprène, on n’est jamais trop prudent. Pour les palmes j’avoue que j’ai hésité… Finalement, c’était plus cohérent pour l’ensemble. Mais faut s’habituer, c’est vrai. Surtout dans le métro. 
Comment ça je cède à la panique ? Non mais tu sais à qui tu parles ? Permets-moi de te rappeler que j’ai survécu à la vache folle, à la grippe aviaire, au moustique tigre, au pédiluve de la Piscine Alfred Nakache et même au kebab de la rue de Tlemcen alors pardon, mais les épidémies ça me connaît, il s’agit simplement d’adopter les bons gestes. Et je peux te dire que je ne regrette pas mes cours de yoga. Avant je toussais dans mon coude, mais comme je ne suis pas sûre que ce soit efficace, maintenant je préfère tousser derrière mon genou. Et j’ai provisoirement renoncé aux Bo Bun c’est plus sûr… et puis à la pizza, la mozzarella, la panna cota bref à tout ce qui rime avec Corona… en fait je me suis mise au sans gluten c’était plus simple… les pâtes, le riz… je me méfie. Et puis je ne mets plus les pieds dans un musée, un théâtre ou un cinéma : la culture, c’est terminé, même masquée ! De toute façon, si c’est pour aller voir  Radioactive  ou la dernière Palme d’or, un film coréen qui s’appelle Parasite ! Ils sont malades de récompenser des trucs pareils ! Qu’on vienne pas s’étonner si on se retrouve avec une épidémie ensuite !!!! A la place, je reste chez moi, bien au chaud, je me suis mise au régime bortsch/chachlik (c’est pas super digeste mais si la Russie n’est quasi pas touchée, ce n’est sans doute pas pour rien !)  et je regarde Docteur House… Eh ben je vais te dire, ils devraient se taper un ou deux épisodes au Ministère de la Santé parce que si tu veux mon avis, y a longtemps que le Docteur House il l’aurait résolu le mystère du COVID 19 !

121. Trois minutes vingt-neuf secondes

Trois minutes vingt-neuf secondes de bonheur pur. Une fois, deux fois, cinq fois, trente fois que je regarde cette vidéo. Je ne me lasse pas. Addict je suis. Il y a un kit de prévu comme pour le mois sans tabac ? Des groupes de paroles ? Parce que l’effet est toujours le même : je pleure des rivières. Bon, forcément, devant mon ordi, je dois avoir l’air un peu con. Peu importe. Je clique, je reclique et la magie opère. Chaque fois ! C’est l’effet Gégé !
Un studio d’enregistrement est plongé dans la lumière feutrée de projecteurs de cinéma… Au bout des doigts de Gérard, les notes d’un piano noir courent, faciles et heureuses, ça va de soi.  Le dos voûté, les cheveux gris, on dirait qu’il s’efface derrière la musique. Il n’a pas l’air commode n’empêche, je le trouve beau. De l’autre côté du piano au ventre grand ouvert, posé sur un tabouret de comptoir, c’est le ventre énorme d’un autre Gérard qui déborde sous son veston grand ouvert itou. Derrière un micro, son nez prodigieux lui mange le visage. Il ne reniflera pas cette fois-ci les doux parfums d’un petit verre de Merlot. Non. Appuyé sur une jambe, les mille kilos de sa colossale silhouette évoquent tout à la fois Falstaff, un taureau charolais ou un Hulk à la retraite. Son phlébologue doit avoir du boulot. Le dernier accord de l’intro résonne. Gérard chante, à mi-voix. Comment cette baraque imposante peut-elle subitement être plus légère qu’un papillon ? Voilà combien de jours… D’ailleurs, peut-être qu’il parle, on ne sait pas bien. Ce qui est certain c’est qu’un volcan de tendresse de trois minutes vingt-neuf secondes vient de se réveiller.
Derrière Gérard, Gérard chavire sur le Steinway. Il ne peut pas se faire plus discret qu’il ne l’est déjà, il ne peut pas se courber plus, il ne peut pas se cacher dans le meuble, il ne peut pas se fondre dans les cordes, alors tout simplement, il ferme les yeux. Il laisse la musique répondre à Gérard, remplir l’espace. Ses mains expertes se posent avec la douceur de la plume sur le clavier tandis que la voix de Gérard faiblit et se casse même. Dis, quand reviendras-tu? Dis, au moins le sais-tu? Ses grands yeux mouillés brillent comme ceux d’un chien fatigué… De grandes rides barrent son large front dégarni, des poches gonflées soulignent ses yeux… Il fronce les sourcils… retient ses larmes…  son regard triste se perd… Que tout le temps qui passe ne se rattrape plus…  Et ma gorge se serre…
Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire une analyse détaillée de chaque plan. J’en aurais très envie, mais dans un élan de mansuétude, je me retiens très fort et vous pouvez me remercier, on trouve en ligne des sites qui n’ont pas ma générosité ! Extrait choisi :

Une petite cantate. Du bout des doigts. Obsédante et maladroite. Monte vers toi.
« Obsédante »  cela signifie qu’elle revient tout le temps, elle s’acharne. (Dans le Larousse, Obsédant, ça veut dire qui tourmente l’esprit, les sens par sa présence continuelle, c’est pour ça.)
« Monte vers toi » on parle de quelqu’un qui est en hauteur. (Un parachutiste ? Un pilote d’aviation ? Un grutier ?)  […]
Mais tu es partie – fragile – vers l’au-delà. On comprend qu‘elle parle à un mort. (Ah bon ? )
Je te revois souriante. Assise à ce piano, là. Le mort est une morte. (Parce que y a un « e » à Souriante et un autre à Assise, c’est pour ça.)

De toute façon, même si je le voulais, je ne pourrais pas vous expliquer touuuutes les nuances de jeu de Gégé ! Il y en a beaucoup trop. J’entends d’ici fuser les « Ouais, mais Géraaaaard… » Peut-être… Mais on pourra bien me dire ce qu’on veut, son exil fiscal, ses pipis à 40000 pieds, ses poutineries (les russes, pas les canadiennes), je m’en fiche, comme y dit Gégé :

“Il vaut mieux faire des conneries que s’économiser.” 

Et si c’est pas son truc à lui les éconocroques ? Je vais quand même pas lui jeter la pierre surtout après une vidéo pareille. Pour moi Gégé c’est un Acteur ! Un feu d’artifice ! C’est Le Dernier Métro, Trop Belle pour Toi, Rodin, Martin Guerre, Cyrano, Mammuth ! Et puis maintenant, à la vie, à la mort, ce sera Depardieu chante Barbara et mille Kleenex mouillés au Cirque d’Hiver.
Et puis Daguerre aussi c’est un grand Gérard. Pas aussi tapageur que Gégé peut-être quoiqu’ils doivent fréquenter les mêmes cavistes, mais enfin lui aussi, faudra dire au marbrier de pas oublier la majuscule au moment de graver son prénom pour l’éternité. Bah quoi ? Ils rajeunissent pas les Gégé… C’est peut-être même ça qui les rend beaux ?
En revanche, autant vous prévenir, côté réalisation, on est loin de Games of Throne, vous verrez. Mais ça ne nuit pas à la production pour un sou. Le pitch ce serait Barbara qui rencontre ses deux potes Gérard autour d’un grand piano, noir évidemment. Une alchimie parfaite pour un moment suspendu d’amitié, de tendresse et d’amour.
J’ai eu envie de partager, que ce soit un peu Noël avant Noël… Oubliez pas les Kleenex !

 
Et si jamais, RECLAME :
Pour offrir le disque à Noël, il est en vente ici  par exemple 

118. Trottiniet

Ça y est, ça m’énerve. Au début je trouvais que l’idée n’était pas mauvaise, pour ne pas dire bonne. Et puis après quelques semaines, je dois bien le reconnaître, je trouve finalement que c’est complètement con. Je ne suis pas encore (trop) vieille mais je me demande si je ne deviens pas un chouïa réac ? Les premiers symptômes sont apparus avec l’écriture inclusive. Oui, oui, je sais. Les termes autrice et peintresse étaient monnaie courante sous ce bon vieux François 1er. Mais si vous voulez mon avis, si le terme philosophesse est tombé dans l’oubli ce n’est sans doute pas un hasard. Ni un mal. Vous en connaissez beaucoup des philosophesses du XVIème siècle ? Normal, y en n’a pas. Déjà qu’à l’époque, être une femme ça devait être coton – voire toile de jute ! – je comprends qu’aucune n’ait eu envie de se lancer dans une profession dont la simple dénomination l’exposait aux jeux de mots les plus vaseux de ses contemporains.  Si ça se trouve, c’est même parce que le masculin l’emporte sur le féminin en grammaire (je préfère préciser, on ne sait jamais) que les femmes philosophes ont enfin osé prendre la parole. Conséquemment et par suite de quoi, avec ceux qui prétendent que Ces côtelettes et ce gratin sont délicieuses,  je refuse tout à la fois et de discuter et de dîner ! Qu’ils.elles s’étouffent avec leur Dauphinois et leur(e?) rédaction épicène, moi je reste avec mon écriture exclusive de réac.e.  Car les symptômes se sont confirmés.  Par exemple, lorsque j’ai appris qu’à l’instar du bonobo et de l’ours polaire, le Choco BN était en voie de disparition. Mon sang n’a fait qu’un tour. Alors quoi ? Finis le quatre heures à la bonne heure  ?

Et que fait le gouvernement pour sauver la Biscuiterie Nantaise ? Rien ! J’ai bien l’impression que depuis que Julien Lepers a quitté Question pour un Champion, le monde marche sur la tête. Enfin, quand je dis marche… il trottine et c’est IN-SUP-POR-TA-BLE!!!

Je HAIS les trottinettes. Bon, jusqu’à six ans, je les tolère. Mais au-delà, l’usage devrait être passible de poursuites ou comme à New-York, carrément prohibé (encore une bonne raison de préférer les Démocrates !). Grâce à Slate , j’ai découvert que cet appareil démoniaque était né en 1915 aux États-Unis. L’Autoped roulait à l’essence et était destiné aux femmes mais ça n’a pas été un franc succès (avec un nom pareil, ils auraient pu anticiper) et fort heureusement sa production s’est arrêtée après 5 ans… pour réapparaître un peu plus de cent ans plus tard, en version électrique, chez les yuppies de la Silicon Valley qui se sont senti obligés de contaminer le reste du monde. 

Mais ces adultes régressifs qui filent sur leurs bolides ont-ils tout d’abord et tout bonnement perdu le sens de la dignité ? Ils affichent un air supérieur quand ils croisent un piéton et carrément méprisant quand c’est un usager d’Airwheel ou de Hooverboard. Mais ils se sont vus slalomer entre les autos en costard cravate ou en talon de douze l’oreillette Bluetooth vissée au tympan ? Pour le sex-appeal, pardon, mais on est loin de Brando sur sa Triumph ou de Paulette sur sa bicyclette. Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec Michel Onfray, philosopheur du XXIème:

« Quand je vois ces grands adultes sur des trottinettes avec des shorts, des chaussures de sport, avec des écouteurs, qui ont des tatouages partout […], je me dis qu’effectivement, il y a une infantilisation qui me déplaît». (Europe 1, Août 2016) 

Quand je vous disais que je vire réac, c’était vrai. En revanche, quand je vous disais entre les autos, c’était des conneries. Combien de Fangio low-cost voit-on filer sur les trottoirs à 30km/h manquant d’écraser au passage une cycliste qui attachait tranquillou son vélo sur un espace de stationnement ou une mamie bigoudi justement de sortie avec son bichon monégasque ? Quand ce n’est pas le bichon ou la mamie qui manquent de s’empaler sur la potence d’une Lime abandonnée alors qu’ils sortaient de la Boucherie Sanzot. Combien de Duchesnay des caniveaux, jolis couples tendrement enlacés sur leur patinette, glissent le long des voies cyclables le coeur léger, les cheveux au vent et l’équilibre incertain, grillent le feu rouge et se viandent en plein milieu d’un carrefour juste comme le feu passait au vert ? Combien de ces pilotes 2.0 abandonnent-ils lâchement leurs trottinettes n’importe où ? C’est à croire qu’ils laissent tomber subitement leur véhicule au beau milieu du macadam et s’enfuient en courant. Est-ce qu’un brusque sentiment de honte les envahit tout soudain  ? Est-ce la peur d’être surpris par quelqu’un de leur entourage en flagrant délit de free-floating ? Ils ont beau répéter que c’est écolo, pas cher (c’est vrai), que c’est le véhicule du futur (c’est faux), je suis sûre que c’est pour se rassurer. Quand j’étais petite, j’imaginais que dans le futur, on conduirait des voitures volantes,  qu’elles iraient dans l’espace, qu’elles seraient reliés à un ordinateur hypra-super-intelligent et que même Batman pourrait bien aller se rhabiller avec sa Batmobile. Batman tu peux laisser ta Batcape au placard, le futur c’est pas pour demain. Aujourd’hui, Robin préfère sillonner Paname en trottinette. A quand le trotteur hors-bord électrique ! Moi, j’ai la nostalgie de la R16 de mon père avec ses sièges en sky et ses manivelles manuelles pour ouvrir les vitres et je me dis que c’était mieux avant…

107. Maurane à zéro.

Chers amis, vous reconnaitrez que je n’ai pas pour habitude de me laisser aller ici à des confidences outrageusement intimes. N’en prenez pas ombrage, mais ma pudeur naturelle (SI!) m’incite à réserver l’exclusivité de mes épanchements à mes bonnes copines, quel que soit leur sexe d’ailleurs. Hormis le chiffre, la 3D a ceci de supérieur au 2.0, que je peux agrémenter ces séances d’un solide excès de glucose qui, selon l’heure, prend la forme d’une débauche de pâtisseries ou d’un abus de Mojitos. Exceptionnellement des deux, si la teneur des propos le nécessite, ce qui est rarement bon signe. Mais comme le dit ma gynéco,  l’ovulation confirme les règles : aujourd’hui, j’ai des vaguelettes à l’âme alors sans Perrier ni crumpets (yummy!), tant pis, ça tombe sur vous.
Ce matin, pour accompagner ma tasse de Lapsang Souchong (rien à voir avec Alain), j’ai eu la bonne idée de lancer la playlist aléatoire de Marius, mon Asus (à l’occasion je vous présenterai aussi Mokthar, ma guitare et Fausto, mon vélo). Et voilà que sans prévenir Marius m’a balancé un vieux titre délavé au milieu du salon. Debout, la tasse de thé fumant à la main, j’écoute Maurane chanter Ce que le blues a fait de moi et c’est moi qui l’ai, le blues… A l’instar de son interprète, la chanson n’est pas impérissable. Sa voix en revanche… Marius s’improvise DJ. Il enchaine au hasard quelques morceaux de la playlist Maurane et soudain, la vaisselle, le Pôle Emploi, les cours de théâtre peuvent bien attendre un peu. Désœuvrée, je m’installe un moment dans mon fauteuil et me laisse envelopper par le ruban chaud et délicat de cette voix particulière. Que chacun se rassure, je ne vais pas me lancer dans un grand hommage.  Un tout petit peut-être. A la réflexion, je trouve dommage qu’elle en ait eu si peu, d’hommages. Ou bien j’ai mal lu. Ou bien je me trompe sur la définition du mot hommage. Quelques copines chanteuses du Star System sont rapidos venues témoigner de leur peine dans les médias, j’imagine que c’était très touchant, j’y ai malheureusement échappé. Je ne doute pas qu’elles en aient eu beaucoup de la peine, mais quel besoin d’aller l’étaler à la spatule et d’en rajouter une seconde couche sur les réseaux sociaux ? Oui, oui je vous entends : « Tu te passionnes pour le feuilleton Johnny, c’est pareil ! ». Ben non. Là, (je regrette de ne pas avoir de macaron pistache pour accompagner mon propos!), ça ne me semble pas pareil. Toute la vie de Johnny a été disséquée par les médias, depuis sa première cigarette jusqu’à son dernier détartrage, que sa mort  fasse l’objet du même voyeurisme me semble cohérent. Et puis la démesure, le sordide,  le pathétique c’est très romanesque tout ça (j’ajoute en passant qu’elle se fait un peu attendre la saison 2 de Johnny’s Will !). Maurane elle, était discrète. Rarement en première page, on n’avait aucune idée de sa recette de macaroni préférée, ni de son lieu habituel de villégiature. Quand elle se confiait, la plupart du temps c’était dans ses chansons. Ça casse, Tu es mon autre, Différente quand je chante, Trop forte… D’ailleurs, si je me fie aux titres de sa discographie, je me dis que Maumau avait l’air de voir la vie moins en rose qu’en épines… Qu’on apprécie ou non ses œuvres importe peu. On ne peut pas nier la voix peu commune, la générosité et le talent de cette interprète (non mais L’autruche dans Emilie Jolie, quoi !). Je ne l’ai vue qu’une fois, c’était lors de sa tournée hommage à Nougaro, son mentor. Ces deux-là n’avaient pas qu’un prénom et une histoire en commun, ils avaient aussi le swing, l’humour et l’élégance. 
Maurane est partie partie trop tôt, sans prévenir… Elle laisse un vide dans ce drôle de truc indéfinissable qu’on appelle la variété qu’on aime et qu’on déteste à la fois. Elle laisse aussi un vide dans mon cœur d’artiste et de femme.
Dans mon salon, Maurane chante Je n’ai que ça. Cette chanson a fait un bide. En 2008,  Grégoire révisait ses maths avec Toi + moi. Moi non. Retourne à tes calculs Grégoire. Depuis 10 ans, j’écoute Maurane chanter que sa voix est ce qu’elle a de plus précieux au monde, sans fioriture, sans prétention. Chaque fois ça me bouleverse, et ce matin encore…
Sans transition, Marius change de playlist. A présent, Higelin entonne à tue-tête Poil dans la main. 
Tu fais chier Marius.

99. Festival estival !

Bon d’accord je vous ai un peu laissé tombés. Mais j’ai une vie aussi. Ou plutôt une laaaaïfe comme le disent fort à propos (et fort théâtralement!) mes petits élèves anglophones. Si vous croyez que c’est easyyyy de décrocher, de prendre le temps d’un blog, juste comme ça, parce que l’envie m’en prend. Eh bien non. C’est très compliqué. Ça demande de l’organisation, de la planification; de l’inspiration même! Et puis, j’ai des obligations. Jouer les cigales, quoiqu’en pense Monsieur De la Fontaine, c’est du boulot. A moins de vous mitonner une lazagne entre trois et cinq du mat’, je ne vois pas comment j’aurais pu vous poster quoique ce soit depuis le mois de juin. Alors inutile de me faire tout un flan aux œufs. D’autant que ces jours-ci, les œufs, vous feriez mieux de faire attention (sans pour autant virer vegan, ce serait excessif et fort peu convivial, surtout lors d’un barbecue entre amis, cf post 97) ! 
Si je suis un peu speeeeeed, veuillez m’en excuser mais c’est que des vacances, cette année j’en ai pas eu bézef! Alors quand terrassée par une angine sortie de nulle part pendant mes seuls jours de repos, la piscine et le soleil se sont unis pour me narguer derrière la fenêtre, je reconnais que je suis devenue quelque peu chatouilleuse et que ça m’a fait moyennent rigoler.
Ma nature joviale a pourtant repris le dessus et me voilà shootée, requinquée, les globules en fête, prête à taquiner le clavier. 
Je vous avais donc laissé au carrefour des vacances pour prendre un Virage à droite  ou plutôt à l’Est direction Avignon. Je ne sais pas ce qu’il en a été de votre côté de l’autoroute A6, mais pour ce qui me concerne, l’étape fut belle, CGTiste, et ensoleillée ! Après une année électorale, disons le tout de go, le pari de porter Michel Sardou entre les remparts c’était un peu comme la candidature de Jean-François (Copé pas Derec), audacieux et pas vraiment gagné. Mais dans la famille Virage à Droite, on a le tempérament joueur. Et sagace. On le sait bien que faire Avignon ce n’est jamais « gagner ». C’est plutôt la garantie de perdre ses économies dans une mesure plus ou moins conséquente. De ce côté là, on peut dire que nous avons honorablement rempli le contrat. Conformément à la tradition, nous avons sué sang et eau 12 heures par jour, nous n’avons pas gagné un euro, nous avons dépensé plus que de raison et nous affichons fièrement un solde déficitaire, modéré toutefois (ouf!). Je vous entends qui murmurez déconcertés « mais pourquoi » ? Eh bien une fois n’est pas coutume, je vais oser l’écrire… pour le PLAISIR. Celui de jouer devant une salle pleine tous les soirs un spectacle qu’on a créé, porté, aimé, amélioré et défendu pendant trois ans. Parce que contre toute attente, ils ont été nombreux les spectateurs sensibles à ce répertoire improbable tout à la fois tendancieux et patriote et que nous n’avons pas joué – que – pour les égarés du catalogue et la belle-famille du technicien. On a beau avoir un spectacle pleins de jolis participes passés, mettons les chose au point : Avignon c’est la jungle, pire c’est le Salon de l’Agriculture du spectacle avec moins de ministres et sans le stand raclette de l’Amicale des Fromagers d’Abondance.  Certes, initialement c’était LE festival de Théâtre par excellence, merci Monsieur Vilar… Mais le temps a passé… Le IN snobe le OFF, ils ne sont pas du même monde… Dans le premier La mégère apprivoisée dure 5h dans une mise en scène iranienne sur fond d’émancipation féminine… Dans le second, le dressage de la diablesse dure à peine 1h10 avec 3 comédiens éclairés par deux projecteurs de chantier… Dans le OFF, Edward Bond et Yasmina Reza côtoient les prometteurs Faites l’amour avec un belgeMa patronne est un fumier et  Mon cul c’est pas du poulet, parce qu’il faut bien que les spectateurs de TF1 aussi élargissent leur culture… Et puis il faut encore compter avec les humoristes, les danseurs, les clowns, les circassiens et avec tout ceux du catalogue dont on ne reconnaît même pas l’étiquette sur l’emballage (c’est quoi au juste un clown thérapiste?) ! Et au milieu de tout ce beau monde, faire de la Chanson à Avignon – bien que de Droite – c’est coton ! J’en ai fait la l’expérience en solo, je sais de quoi je parle. Et pourtant… Contre toute attente, entre les 1484 spectacles du OFF, chanter Sardou et Barbelivien s’est avéré beaucoup plus porteur qu’interpréter mes propres refrains forgés à coups de dictionnaires de rimes et d’anatoles habilement détournés par l’ami François. Que faut-il en conclure? Que mes chansons ne valent pas tripette à côté des  Lacs du Connemara ou du France? Que je devrais me lancer dans la Chanson géographique? Que j’aurais dû voter Fillon? Bah non. Juste que c’était bien. Qu’on a bien bossé avec les copains. Qu’on a bien rigolé même. Qu’on s’en est fait des nouveaux de copains à l’ombre des canisses du Théâtre de la Bourse du Travail CGT. Pis des bien. Qu’on s’est mis du spectacle plein les yeux et les oreilles et qu’ on a pleuré (La voix des sans voix, Rue de la Belle écume), rit (Hobobo, Emma la clown), réfléchit (8h30 rue des Écoles, Une cosmonaute n’est pas un souci dans notre galaxie), rêvé (Driftwood, Zorozora, Gaston moins le quart), dansé le rigodon (Marionele), tapé des mains (Garance), qu’on est retombé en enfance (Histoire d’une mouette et du chat qui lui appris à voler,  Zèbre à trois) et pis qu’on  a regretté d’en rater quelques autres de spectacles tellement y en avait dans le labyrinthe des salles climatisées. Et puis qu’on reviendra… encore et encore, parce que le spectacle, c’est bon quand c’est beau. Ou l’inverse.
Alors les vacances? Tant pis ! Peut-être l’année prochaine ! Moi je préfère passer l’été à bosser. Mince! Est-ce que je serais pas en train de virer à droite pour de bon?

Avignon – L’album souvenir 

97. Et mon barbecue, c’est du poulet?

Le monde devient fou. L’été revient à petit pas et avec lui l’odeur délicieuse des barbecue. Connaissez-vous rien de plus chaleureux, de plus convivial qu’un barbecue entre amis? Groupés autour de l’appareil, on se dispute quant à la meilleure technique d’allumage. Pour ou contre le papier journal chiffonné? Les puristes s’insurgent à l’idée du moindre allume-feu chimique quand les plus pressés ne renâclent pas devant une ou deux giclées d’alcool à brûler histoire d’accélérer le processus… On s’interroge sur le combustible optimal. Certains ne jurent que par le charbon de bois tandis que les écolos célèbrent les bienfaits du charbon végétal (ah bon? Le bois c’est pas végétal?). Figurez-vous que les sarments de vigne parfument la viande, sauf que les rafles de maïs captent les graisses… Y a encore les afficionados du barbecue à gaz qui prétendent que c’est moins chiant à nettoyer et les fondus de la plancha qui assurent que griller sans gras c’est plus sympa!
En cuisine on s’affaire! Les côtes de bœuf hésitent entre la marinade au thym ou celle au romarin, on pique et repique et colegram les chipos, les merguez, le figatellu. Les enfants alternent consciencieusement (et dangereusement!) tomate, poivron, poulet et courgette sur les pics à brochette. Et puisqu’il reste un vieux fond de Pastis 51, on se demande pourquoi on flamberait pas le bar? On découpe les premiers melons (tant pis s’ils ne sont pas très bons), et pendant qu’on mélange joyeusement des salades de toutes les couleurs, on s’échange des super recettes qu’on oubliera aussi sec ou qu’on ne fera jamais. Le blanc prend gentiment le frais dans le seau à glaçons près de quelques bouteilles de bières. Et puis pour le dessert, y aura juste des cerises parce qu’Agathe avait pas envie de trop s’emmerder…
On a déplié deux trois transats fatigués, sorti le tire-bouchon, les chips et puis quand même un saucisson (faut pas se couper l’appétit d’accord, mais faut pas déconner!) et attaqué un Dobble, un Shabada, ou un Time’s up,  le temps que les braises soient enfin prêtes. Le temps marche au ralenti… Sortez ketchup, moutarde, mayo! Sortez Sopalin et vaisselle en carton! On se sent bien entre copains… ça sent bon les grillades… ça sent les tupperware et les restes dans le papier alu… ça sent la salle de sport lundi matin mais on s’en fout parce que ça sent surtout les vacances qui rappliquent… Le barbec’, ça sent le Paradis! 
Enfin c’est ce que je croyais jusqu’à dimanche dernier où j’ai assisté, médusée, au barbecue de l’Improbable. Comme quoi, quand on perd des amis de vue c’est peut-être pas plus mal. 
J’étais donc conviée dans le jardin d’anciennes connaissances artistiques, dans mon souvenir  brillantes, drôles, talentueuses, fréquentables somme toute. 
J’avais apporté, sans prendre de gros risque, une bouteille de Chardonnay à rafraîchir ainsi que – à l’instar d’Agathe – un kilo de cerises dont j’avais eu tout le loisir de picorer un bon tiers pendant les 50 minutes de trajet en RER, qui comme me l’avait assuré mes hôtes, n’excédait bien entendu pas les 15 minutes depuis le centre de Paris. En Jet Ski sans doute… Peu m’importait! Pour une côte de bœuf saignante ou des côtelettes grillées à déguster en bonne compagnie, j’étais prête à tous les sacrifices urbains!
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que mes anciennes relations avaient si mal tourné… 
Dès mon arrivée, j’ai  compris qu’il y avait andouille sous roche. Le sac au pied du barbecue affichait Charbon alternatif et les galets qu’il contenait semblaient tout droit sortis de Soleil Vert. 
Près de la grille, aucune viande n’attendait de rôtir. Aucun poisson non plus. La seule andouille qui attendait près du barbec’, c’était moi. La preuve. Avisant des blocs gélatineux, je m’enquérais de la nature exacte de cet étrange allume barbecue. Gel? Pâte? On me répondit qu’il s’agissait d’un assortiment de tofus sélectionnés tout spécialement. Euh… Spécialement? Pour…? Pour le barbecue. Le barbecue de tofus. Le barbecue de tof…. Euh…? Mais… Euh… Bon. Vous m’excusez deux secondes? Faut que j’aille boire un coup, je reviens! Je me dirigeai vers les boissons pour me remettre de ma stupéfaction et accessoirement, noyer ma déception. Je n’aurai pas dû. Je n’espérais pas  trouver un Vosne Romanée mais enfin tout de même! Un simple cubi égaré ou du Coca Zéro auraient fait mon affaire! Sur la table, étiquettée Bar à eaux minérales, s’alignaient… des bouteilles d’eaux. Rien que de l’eau, comme dirait l’autre. Gazeuse, certes. Millésimée de surcroit. Il fallait semble-t-il, commencer la progression en bout de table par les « petites bulles ». Moins salées, elles ne dénatureraient pas mon palais. C’était écrit. Juste là. J’hallucinais. Je cherchais, sans la trouver, ma bouteille de Chardonnay. Me voyant éperdue, un quidam me tendit un plateau de toasts au fromage végétal. Je retenais un cri.
Désespérée, j’attendais  le moment où quelqu’un surgirait d’un placard en criant « surprise! ». Mais rien. Personne. J’étais prise au piège dans cette dimension parallèle où les gens s’enivraient d’eau gazeuse en grillant du tofu! Ces gens étaient pourtant normaux autrefois! Que leur était-il arrivé? Je décidai qu’il était plus prudent de ne rien consommer, c’était peut-être dangereux. Au deuxième passage du plateau de toasts au fromage végétal, il devint urgent de m’échapper. Je consultais en douce mon téléphone. Le prochain RER passait dans 1h20. Je tiendrai bon jusque là. Mon équilibre psychologique était menacé mais je résistai.
Je regagnai la civilisation. Ébranlée. Pour la première fois en 10 ans, j’eus envie de pousser la porte d’un Mc Donald! Je me retins tant bien que mal. Si le monde devenait fou…. moi pas!

69. Confession infâme

Cher lecteur, je dois te faire une confession. Ce ne sera pas facile et sans doute je vais te décevoir. Il y aura des cris, des reproches, des larmes, et tu m’en voudras, c’est certain. Tant pis. Ce sera douloureux, mais il faut en passer par là. Et je préfère que tu l’apprennes par moi plutôt que par un autre. Je te dois bien ça. 
Cher lecteur… Je… Je chante du Michel Sardou.
… 
Pardon.
Attends, attends! Ne pars pas! Écoute-moi… Oui bon ça va, tu m’as comprise… Lis-moi au moins! Allez, je t’en prie, laisse-moi t’expliquer! Michel et moi ce n’est pas du sérieux! Je t’assure. C’est pour rire! Je te jure, je n’ai rien fait pour que ça arrive. Michel m’est tombé dessus sans que je m’y attende. Euh… c’est une image, tu l’as bien compris? Dans le doute, je préfère préciser, on ne sait jamais.
C’était un soir de mai. J’étais à Toulouse, un ami – dont je préfère préserver l’anonymat afin de lui éviter des ennuis à son tour – m’avait invité à participer à une soirée collective (a posteriori, je t’avoue que je m’interroge : était-ce bien un ami?). Une soirée chansons s’entend! Ne va pas en plus t’imaginer des choses! Bref, j’étais loin de chez moi et je me sentais vulnérable… Je veux dire, plus fragile qu’à l’habitude parmi tous ces chouettes chanteurs que je ne connaissais pas. J’ai bu un verre de Gaillac (ou deux, je ne sais plus) et avant de pouvoir m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur la scène de Chez ta mère à côté du piano à chanter Les lacs du Connemara à pleins poumons… C’est aussi bête que ça.
Le lendemain, en route pour Paris dans l’interminable train SNCF Intercités 100% Eco et 0% Confort, j’étais un peu sonnée. C’est à peine si je pouvais avaler mon sandwich en carton. Comment t’avouer mon infidélité? J’avais honte, tu comprends? Si, si, je t’assure. Au moins un peu. Mais comment te dire… Ce soir là à Toulouse, j’ai éprouvé comme un plaisir étrange et pervers… Un peu comme celui qu’éprouve l’adolescent boutonneux à l’heure de percer l’énorme bubon blanc et acnéique qui lui orne le front. Cher lecteur saurais-tu me comprendre? Probablement non. C’était juste un soir après tout… Qui le saurait? A quoi bon te faire souffrir inutilement? J’ai préféré ne rien te dire et le temps a passé. Tu ne t’es douté de rien et les concerts ont repris entre nous comme si de rien n’était.
Et puis… Un an plus tard… C’était un soir d’Avril cette fois-là, j’ai remis ça. Je voulais dire non. Vraiment. Mais l’attirance était trop forte. Le souvenir de ce plaisir malsain brulait encore au fond de moi. J’en voulais encore! Une fois de plus, c’était  à Toulouse, au Bijou cette fois. Ce soir-là, nous n’étions plus que quatre sur la scène. Nos anciens compagnons, plus sages, avaient su dire non à Michel. Sans doute étions nous plus faibles. Nous n’avons pas su résister. La salle quant à elle était comble pour venir assister à notre déchéance musicale. Pour ce second écart, autant te le dire tu finiras par l’apprendre de toute façon, je ne me suis pas contenté de chanter Michel, j’ai aussi fredonné Bernard Tapie. Et Chimène Badi. Et Didier Barbelivien.
Un concert en entraînant un autre, aujourd’hui Virage à Droite, c’est le nom de notre groupe, m’entraîne de scène en scène à Paris, Lyon ou Lille et comme tôt ou tard tu aurais fini par l’apprendre, j’ai préféré tout te dire.
Cher lecteur, je sais comme cet aveu doit te paraître brutal. Après tout, tu n ‘as rien vu venir. Tu avais confiance en moi et j’ai tout gâché. A présent, tu n’as probablement plus aucune estime pour la chanteuse à texte que je suis. Du moins que j’étais jusqu’ici. Tu découvres ces lignes et j’imagine ou plutôt je sais les nausées qui te saisissent. Je les connais, j’ai eu les mêmes. Au début. Prends du Spasfon. Je t’ai déçu. Excuse-moi. Je veux pourtant que tu saches, que ce qui m’arrive, ce qui nous arrive, n’a rien à voir avec toi. Tu as toujours été un public attentif, généreux et aimant envers moi. Tu m’as donné confiance, tu m’as aidée à me sentir drôle, belle même. Tu m’as accompagnée dans les bars, les théâtres, dans la rue, le métro même. Et je t’ai trahi. C’est moi la fautive. Je ne te mérite pas. Allons, ne pleure pas s’il te plaît…. Tu n’as rien à te reprocher.
Je veux que tu saches que je suis prête à tout pour  racheter ta confiance. Car malgré Michel (Sardou), et comme dirait Michèle (Torr), je suis restée la même… Celle qui fredonne Barbara dans les allées du Père Lachaise… Celle qui murmure Pierre Perret sous sa douche… Celle qui gazouille Les Frères Jacques sur son vélo… Et celle qui gribouille rimes et refrains au crayon noir dans son vieux carnet usé en espérant qu’ils te plairont peut-être…
Ne m’en veux pas je t’en prie. Je te l’ai dit, au début de ce post, Michel et moi c’est pas sérieux. On a tous nos petits travers après tout. Toi-même, n’as tu jamais fredonné La Java de Broadway ou  La maladie d’amour coincé dans les embouteillages ou au mariage de ta belle-sœur Josette? Tu vois bien…  Les goûts de chiottes, c’est humain tu sais… Nous ne sommes pas si différents après tout. Simplement, moi je le fais en public. Alors plutôt que de faire ça en cachette, pourquoi ne partagerions-nous pas notre vicieux plaisir? Je sais cher lecteur, tu es probablement de gauche, du moins tu l’étais… Avant…  Et Michel Sardou est contraire à tes idéaux. Moi aussi. Mais je préfère en rire alors cher lecteur, jette une oreille à ce Virage à Droite, je t’assure qu’en musique, ça passe – un peu – mieux… Fais-le… Pour toi, pour moi, pour nous!

Virage à Droite
 avec Nicolas Bacchus, Lucas Lemauff, Manu Galure et Stef!
Une vidéo réalisée par le webzine Hexagone
 

59. Quenelle blues

J’aime les quenelles. 
Voilà. C’est dit.
Attention, n’allez pas vous méprendre ! Je veux ici parler de gastronomie, et non de politique, bien plus indigeste à mon goût. En effet, les débordements nauséabonds de certains nuisent à cette spécialité lyonnaise, succulente si vous voulez mon avis.
Ce matin, j’ai découvert sur les murs de Paris que la Maison Malartre lance une campagne pour réhabiliter ce produit, injustement diffamé. A la radio, un ‘envoyé spécial quenelle’ (qui devait être ravi qu’on l’envoie sur le terrain interviewer des ados boutonneux) a rapporté l’autre jour que la cantine scolaire de je ne sais quel Collège Didier Barbelivien de Seine et Garonne refuse désormais de servir des quenelles aux élèves à cause des débordements occasionnés au réfectoire. Enfin, dans le métro je lis en première page d’un quotidien gratuit ce véritable cri d’alarme : Les fabricants de quenelle inquiets ! Je vous avoue que sorti de son contexte, j’ai trouvé ce cri d’angoisse, plutôt rigolo. On aurait dit le titre d’un film de série Bide : « Vous avez aimé L’attaque de la moussaka géante? (j’adore !) Vous adorerez Les révoltés de la quenelle : A Lyon, un fabricant de quenelle est victime d’une terrible cabale menée par l’infâme Mac Bojo, il décide de se venger… Avec Fabrice Lucchini et Mathieu Amalric. Bientôt sur vos écrans ! » Tiens… Mais c’est une idée ça ! Je pourrais la proposer à Jean-Pierre Mocky ? Et pourquoi voir petit ? A Luc Besson !!!
Tout ça pour dire que la situation est grave et que je ne vois pas pourquoi on apporterait son soutien aux employés de Michelin ou Virgin en danger et pas aux fabricants de quenelle inquiets?
Je veux donc redorer ici le blason de cette savoureuse préparation culinaire, moelleuse, fondante et goûtue. Tout ça, dans la même assiette et pour pas cher en plus!
Mais pourquoi sous-estime-t-on si souvent la quenelle ? Certes, d’un point de vue purement diététique, la quenelle est unanimement condamnée par la Sainte Trinité : Weight-Watchers, Atkins, et Dukan réunis. Avec sa farine (féculents), son beurre (gras), son lait entier (regras) et ses œufs frais (cholestérol), la quenelle transgresse toutes les lois divines de l’équilibre alimentaire. Et c’est précisément ça qui est bon! Dans ses proverbes, Salomon disait « Qui aime les querelles aime le péché. », mais tous les nutritionnistes s’accordent pour reconnaître qu’il voulait dire en fait : « Qui aime les QUENELLES, aime le péché. »  Et alors? Oui, comme le couscous, les lasagnes et le confit d’oie, les quenelles sont caloriques ! D’autant plus qu’on les recouvre généreusement de sauce Nantua, Aurore ou Béchamel avant de les faire gratiner… Hummm… Moi, ça me les rend encore plus sympathiques ! Aux apôtres du son d’avoine et des carottes bouillies, je rappellerais ce que disait Brillat Savarin (car aujourd’hui je fais dans la citation ) « Qu’est-ce que la santé? C’est du chocolat ! »  D’ailleurs, les Quenelles de Mousse Chocolat-Piment ou le Quenelles de Glace au Chocolat de Kaboul sont un dessert très en vogue chez les chefs étoilés. Bref, qu’on arrête un peu de me culpabiliser à chaque bouchée ou de m’accorder l’aumône de 50g de quenelle sans sauce dans mon assiette de brocolis vapeurs ! 
Je constate par ailleurs que dans le langage courant, jusqu’ici tout du moins, la quenelle était synonyme d’insipidité… Par exemple, dans son autobiographie (ça m’avait marqué au point que je ressors le bouquin juste pour vous !), Sarah Bernhardt avait baptisé un de ses partenaires « La Quenelle » parce qu’elle le trouvait « long, flottant, sans couleurs, et ressemblait à une quenelle de vol-au-vent ». La pauvre Quenelle ne lui a pas donné la réplique longtemps semble-t-il… N’empêche… Sarah devait avoir un bien mauvais cuisinier… Regardez-la bien cette petite quenelle… D’abord elle n’a l’air de rien, c’est vrai. Et puis à peine au four, regardez comme elle gonfle dans le plat, comme elle se gorge de saveurs, comme elle s’imbibe du jus,  comme elle se réjouit et crépite dans sa sauce, plantureuse Betty Boop de la popote, impatiente qu’on la déguste… 
Je me souviens d’un jour, alors que j’étais enfant, ma sœur avait annoncé à table qu’elle n’aimait pas les quenelles. A l’époque je n’avais pas d’autre divinité que ma sœur. Pour elle, j’avais déjà renoncé aux artichauts, je renonçais alors aux quenelles. Mais ça n’a pas duré ! Il faut croire que ma gourmandise en général et les quenelles en particulier ont été plus fortes que mon admiration pour ma sœur. C’est d’ailleurs un des premiers plats que ma mère m’a appris à réaliser, m’initiant au délicat touillage de la sauce béchamel avec une cuiller en bois ! Pour ce qui me concerne, les quenelles, ont donc aussi un arrière-goût d’enfance, certes moins poétique et un peu plus bourratif que la Madeleine de Proust.
Voilà pourquoi j’apporte aujourd’hui tout mon soutien à l’honorable Confrérie des Fabricants de Quenelle, source de tant de plaisirs gastronomiques et victime d’une propagande honteuse.
Ironie du calendrier, comme j’écris ce blog « culinaire », aujourd’hui 27 janvier, c’est la Journée Internationale de Commémoration de l’Holocauste. Commémorons. Parce qu’il ne faut pas oublier. 

57. Bye bye Madiba…

Ce matin, je préfère vous le dire tout net, c’est la poisse! Je vous résume la situation (en termes choisis ce la va de soi):

Il n’est rien advenu cette quinzaine hélas
Qui vaille d’être narré en des termes cocasses… 

Ce n’est pas du Rimbaud d’accord, mais enfin c’est explicite. Du reste, je porte à votre attention négligente que je n’ai rien à dire, peut-être, mais  je me suis quand même fendue de deux Alexandrie, alexandrins!
Bref. Ces derniers temps, ma petite vie égotiste suivait donc un cours tranquille et sans vaguelettes et je me demandais, soucieuse, de quoi j’allais bien pouvoir vous entretenir. Et puis aujourd’hui, voilà que les vaguelettes ont viré au coup de tabac. Les paupières encore engourdies, entre deux bâillements, j’exécute machinalement mon parcours du matin: du lit à la cuisine d’abord et allumer la machine à café, de la cuisine au salon ensuite, brancher la radio et enfin du salon à la salle de bain, observer mon reflet dans le miroir, mesurer l’ampleur des dégâts et soupirer… Soudain, voilà que la voix lointaine de Patrick Cohen m’annonce sans ménagement que Nelson Mandela est mort et me voilà parfaitement réveillée!
Nelson Mandela est mort…
La brosse à dents me tombent des mains. Le dentifrice me coule sur le menton et je reste quelques secondes parfaitement ahurie. « Nelson Mandela n’est plus » répète France Inter croyant sans doute que je n’ai pas bien compris. « Mandela s’est éteint cette nuit à l’âge de 95 ans. » Mais c’est qu’elle insiste la garce. L’envie me prend alors de lui répondre: « Ta gueule! ». En pyjama au milieu du salon, je suis incapable de bouger. Je me sens étrangement vide et j’ai les yeux qui piquent. La radio, sadique, entame alors une litanie d’hommages, d’archives, de témoignages mais je ne l’écoute plus.
Comment est-ce possible? Il y a des personnes que l’on croit immortelles. 
Alors que sonnée, je m’assois sur le canapé, les souvenirs se bousculent et comme par hasard, la première chose qui me revient c’est une chanson. Bien sûr. 1989… Johnny Clegg et Savuka enflamment mon électrophone et la télévision. Dans leurs pantalons multicolores, Johnny et ses musiciens noirs et blancs, s’insurgent en musique: Asiiiiiiiiiiiiiiimbonanga (Pour ceux d’entre vous qui ne parleraient pas couramment l’afrikaner, ça veut dire Nous ne l’avons pas vu). Du haut de mes quinze ans, je m’insurge avec eux. En tant que citoyenne du monde, j’exige qu’on libère Mandela! Las, à ma grande surprise, mes exigences ne sont suivies d’aucun résultat…. Comment est-ce possible? Mon adolescence se révolte devant tant d’injustice. Ma conscience politique se réveille, se construit, ouvrant la voie à une longue série de déceptions et d’idéaux désenchantés…Quelques années plus tard,  sans que j’y sois pour rien, mon vœu sera pourtant exaucé. Je me souviens d’une allégresse universelle. Je me souviens que la télévision diffusait les images d’un géant au sourire ensoleillé. Et encore une fois, je me souviens en musique. En Écosse, Simple Minds se réjouit de l’évènement et moi avec. Enthousiaste, je reprends avec eux Oh oh oh Mandela’s free
Le cours de ma petite vie m’appelle et je reprends à présent le chemin de la salle bain. Le long du couloir, soudainement rajeunie, je fredonne ces mélodies à mi voix. Au delà de l’homme et du symbole qui s’est éteint pendant mon sommeil, je réalise qu’elle est loin aujourd’hui mon adolescence. Le reflet du miroir semble d’ailleurs du même avis. Elle est étrange cette sensation qui me saisit. La disparition d’un parfait inconnu qui déclenche à la fois émotion, vide et mélancolie Qui réveille encore les idéaux engourdis d’une citoyenneté souvent déçue…

Dans mon dictionnaire de citations, Madiba me rappelle que :

« La bonté de l’homme est une flamme qu’on peut cacher, mais qu’on ne peut jamais éteindre. »

Regonflée par tant d’optimisme, je me rappelle alors que si on veut changer le monde… on peut! Suffit de s’y mettre. Alors, au boulot!