130. Rentrée au bercail

D’habitude, j’aime bien ça, moi, la rentrée. Retrouver mon petit chez-moi, demander des nouvelles du quartier à la concierge. Ou l’inverse. J’aime bien ça, reprendre mes petites habitudes, d’habitude. Faire mon jogging du matin… écrire mon blog… aller chercher ma baguette bien cuite à la boulangerie… Parfois, le bronzage éclatant en bandoulière, je pouffe même sournoisement, entre les croissants et les pains aux chocolatine, devant le teint meringue immaculée de la vendeuse… 
Tous les ans, histoire de remplir le frigo resté désespérément vide pendant que je m’empiffrais à l’autre bout de la France de brochettes, de gambas, de glaces ou de gaspacho, je retourne mollement au supermarché. Sous les néons du Monoprix, je me sens à l’étroit et je regrette le brouhaha et les couleurs des marchés ensoleillés de la Drôme. Un léger parfum d’huile de Monoï et de  bougies anti-moustiques persiste entre les allées et me ramène un instant dans le Sud jusqu’à ce que l’odeur caractéristique des cartables et des cahiers neufs me submerge et me fasse dare-dare retomber en enfance. Du Sud, je me retrouve direct sur les bancs de l’école de la rue de Passy et si je ne fais pas attention, au lieu de mon café et de ma lessive, je me retrouve avec un lot de cahiers A5 grands carreaux et un kit équerre/rapporteur et je suis même à deux doigts de rédiger un exposé sur Napoléon Bonaparte ! 
La rentrée d’habitude, c’est encore le plaisir, enfantin lui aussi, de retrouver les copains. Les Cartes Panini cèdent la place à celles des restos et autour des tables, on est excités tout pareil de se retrouver pour se raconter nos vacances et on rigole aussi fort que dans la cour de la rue de Passy même si on frime un peu moins qu’à la récré. Personne ne va plus voir les vaches chez son Pépé (forcément ! Des Pépés, on en a moins), faire de super chasses au trésor à la colo de Prénovel-les-Piards, ni embrasser le  prof (?) de tennis sur la bouche… Enfin ça, peut-être bien que si… Non. Maintenant, on est un peu comme Astérix, pour les vacances, on va chez les Corses,  les Savoyards ou les Bretons vu qu’on n’a plus trop le droit de passer les frontières, on ne bouffe pas de sangliers rôtis arrosés de cervoise mais on n’en est pas loin vu la gueule du barbecue (et d’ailleurs, on revient souvent avec un ou deux sangliers sur les hanches !), on se promet tous les jours d’aller marcher le lendemain mais plutôt que d’aller faire le GR 30 au Puy de la Vache, on  fait plutôt la sieste. Cet été, en plus, on a joué à Masque ou pas masque, ça ressemble un peu au Jumanji, les règles changent tout le temps, mais c’est moins marrant…
Enfin, dans l’ensemble, on a tous passé de belles vacances ! Mais, faut dire qu’avec le printemps qu’on a eu c’était pas trop difficile…  Et puis faut dire encore qu’avec le printemps qu’on a eu, on est tous bien contents de rentrer se remettre enfin au boulot. Enfin ceux qui en ont. 
Personnellement, tout ce que j’ai, c’est ma lessive (sale), mon café et mon bronzage (éclatant). Je pourrais toujours retourner narguer la boulangère ? Mais ça va devenir moins rigolo. En plus à force, mon bronzage devient de moins en moins éclatant. Ou alors ce sont ses meringues qui sont de plus en plus foncées ? Je pourrais bien me faire un café  et laver mon linge ? Mais j’ai la flemme et puis la caféine je n’en ai pas vraiment besoin, l’énergie, on peut pas dire que je sois en manque. Faut tout vous expliquer ! C’est la rentrée ! Je suis reposée, je suis au taquet, là ! D’ailleurs ça fait des mois que je me repose de ne rien faire, je suis pas au taquet, je suis au taquet double ! Ça j’en ai bien profité du soleil de la Drôme, j’ai fait le plein, j’ai rechargé les batteries, je suis devenue une sorte d’engin hybride ! Je suis prête à repartir sur les chapeaux de roues ! Mais j’ai pas trop l’habitude des hybrides ? C’est normal ce démarrage tout pourri ? J’ai l’impression qu’on est un peu raplapla, non ? 
Ceci dit, une rentrée avec Bachelot en prof’ principale, ça sentait le traquenard. Tous ceux qui l’ont eu avant l’avaient bien dit : c’est un vrai boulet, avec elle, vous allez ramer… N’empêche, quand je vois mon emploi du temps, je me dis qu’ils n’avaient pas tort… Ça me déprime…  Y a des trous partout… Quant au programme, il est plutôt maigre… En plus, Roselyne, vus ses antécédents, à tous les coups, elle va vouloir nous faire faire du masque ! Enfin, ça aurait pu être pire, on aurait pu avoir Stéphane Bern et là j’aurais été obligée de l’écrire cet exposé sur Napoléon Bonaparte !

Bon allez, c’est pas la peine de me mettre la rate au Bouillon Cub ! La rentrée scolaire, c’est rien qu’une fête commerciale inventée par les vendeurs de cahiers A5 grands carreaux et de kit équerre/rapporteur pour nous mettre une pression consumériste ! J’ai peut-être pas de boulot en vue, mais j’ai toujours un bronzage éclatant, et toc !

129. Quatrevingt-treize

Chers amis, je ne vais pas y aller par quatre chemins (c’est déjà tout juste si j’ai réussi à en trouver un !) : hier, j’étais à B.
C’était ce qu’on appelle une expérience. Pour la parisienne que je suis, partir en banlieue, c’est partir en voyage. La banlieue, très honnêtement, je connais un tout petit peu.  Et puis, je l’avoue, surtout les banlieues de fiction, bourgeoises, modestes, populaires… La vie est un long fleuve tranquille… Tout ce qui brille… L’esquive… Divine… Les Misérables….  Mais en vrai de vrai, Les Misérables jusque hier je ne connaissais pas du tout du tout…
Cette année, épidémie oblige, on ne tracte pas sur le Pont d’Avignon, à moins de livrer des quatre fromages ou de proposer 20% sur les épilations demi-jambe. J’occupe donc mon mois de juillet à sillonner la Seine Saint Denis pour lire des livres aux enfants. Ils n’ont quasi pas eu d’école, ils n’ont pas eu de copains, ils n’auront pas de vacances (d’ailleurs je me demande s’ils en ont les autres années, des vacances ?), ils ont déjà été bien assez punis comme ça ! Cet été, ils auront donc des histoires, des jeux et plein de livres grâce aux ParcoTruc(k)s du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse. Je vous le dis tout net, c’est drôlement chouette de retomber en enfance, et d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je m’ennuie.
Bon, côté dépaysement, je dois l’admettre, la Seine Saint Denis, ça n’est pas la Provence : ici point d’aïoli, de mistral, d’Ignace et son petit nom charmant ou de César pour te fendre le cœur ! En revanche pour l’exotisme, je peux te dire que tu es copieusement servi (et pour ce qui est de te fendre le cœur, crois-moi, y a de quoi) ! Ici, les boubous, les saris, les turbans et les masques sont de toutes les couleurs et colorent joyeusement le bitume triste des Cités, les parfums de wolof, de mafé, de couscous flottent entre les fenêtres ouvertes des tours A, B et C et on s’interpelle sans faire de manières en Bambara, Algérien ou Bengali…  D’ailleurs, les enfants m’ont appris à dire bonjour dans leurs langues et me voilà qui apostrophe à mon tour les fenêtres ouvertes : Ani Sogoma ! Salam ! Hyalo ! Comme par magie, des dames en couleurs apparaissent et me répondent en souriant.
Bon d’accord. Les dames enturbannées qui sourient, la cuisine aux mille parfums… Lorsqu’on arrive à B. ce n’est pas le Club Med non plus. Ou bien alors l’équipe d’animation est celle qui a coaché Vincent Kassel et  Mathieu Kassovitz  pour le tournage de La Haine. Mais bizarrement, le matin, lorsque je suis arrivée par le parking où agonisaient les cadavres de voitures désossées, il y avait plus de monde pour me saluer que dans mon propre immeuble ! Lorsqu’on est arrivés avec les copains, entre les immeubles aux murs sales de cette Cité en U (je dirais fin 1970 début 1971), j’ai cru que la gardienne accourait pour nous offrir un Lexomil mais c’était un café, une corne de gazelle et la clé du local des toilettes qu’il ne fallait surtout pas oublier de fermer à clé (quand j’y suis finalement allée après le café, la citronnade, le thé à la menthe, l’eau et le soda au parfum chimique indéfinissable, le canapé éventré et la fenêtre à la vitre cassée avec vue sur la cuvette m’ont coupé l’envie d’y retourner pour le reste de la journée). Avec les copains, on l’a remerciée et on s’est mis au boulot. Sous un arbre, seuls subsistaient les deux pieds en fonte d’un banc public dont on avait volé l’assise (?). Le sol était jonché de mégots de pétards (ceux qui font rigoler, pas les feux d’artifice…). On a retiré ce qu’on a pu, et puis on a installé les livres, les tables, les cerceaux les masques, le gel hydroalcoolique. Au premier étage, une dame en tunique violette a ouvert sa fenêtre  : « Vous faites quoi ? » je le lui ai expliqué. Elle nous a répondu que nous aurions dû faire une nocturne, ici « les enfants ils sont pas dehors avant dix heures… minuit… » Étonnée, j’ai répondu qu’on n’était pas là pour les ados… « Oui, j’ai compris, mais les petits, ils sont pas dans la rue avant le soir… »
Avec le technicien, une affiche a alors attiré notre attention sur le mur. C’était un menu qui ressemblerait à celui d’un kebab ou d’un fast-food, hormis qu’il ne s’agissait pas de commander de la nourriture. Le menu affichait des tarifs de weed ou de shit, en livraison ou à emporter, le numéro de téléphone pour commander était en gras, et au bas du menu figurait la mention insolite (mais rassurante !) « Tous nos livreurs sont équipés de masques et de gel hydroalcoolique. »
Ça tombait bien, un « guetteur » qui nous guettait justement depuis un moment est venu nous demander ce que nous faisions là. Une fois de plus, nous lui avons expliqué. Docteur Bedo a paru enchanté. D’abord, nous ne risquions pas de porter préjudice à son petit commerce en lui volant sa clientèle. Ensuite, les enfants c’est important. Il avait des neveux, des nièces, et apparemment des valeurs : y a que les raclûres qu’aiment pas la lecture. Il allait donc nous envoyer sa famille. C’était gratuit ? Tout ?  Parfait. On n’avait besoin de rien ? C’est sûr ? Fallait pas hésiter…. Il nous ferait un prix. Merci Docteur Bedo !
Devant les tentes, deux petits garçons nous attendaient timidement. Maman les avaient envoyés. Elle leur avait dit qu’on faisait des jeux. Mais des livres… Pffffff…. Ça c’était vraiment trop nul  !  Ils étaient venus s’amuser ! Pas écouter des histoires ! Et puis d’abord, le foot, c’est mieux ! Alors ça j’étais bien d’accord, d’ailleurs, ça tombait bien, justement, j’avais une histoire sur le foot… « Vous connaissez Akissi ? Elle habite en Côte d’Ivoire ? » « Ah Bon ? Nous on est du Mali ? C’est à côté…. mais nous, on n’est plus forts au foot… ! En plus… c’est une fiiiiiiiiiiiiiiiille !  » Donc on a découvert une aventure de Akissi… et puis une deuxième… et puis ensuite, Akim et Moussa sont allés chercher leur petite sœur et aussi leur cousin parce qu’il s’ennuyait à la maison. Et puis Chandra et Fahima nous ont rejoints. Et petit à petit, les dames en couleur ont ouvert leurs fenêtres pour voir ce qui se passait et alors elles sont descendues avec leurs enfants…. et leurs assiettes ! Et alors on a lu ! On a lu :  Le Tracas de Blaise,  La vieille herbe folle, Björn et bien sûûûûr  Le loup en slip (deux fois !). Et surtout on a bien ri ! Entre les livres, les jeux, la citronnade et les 102 parts de gâteau au chocolat, de sablés confiture, de crêpes, de quatre-quart et même d’acras (délicieux!) c’est vrai qu’on ne l’a pas vue passer cette journée. Quand il a été l’heure de tout ranger, Hakim et Moussa m’ont demandé si demain il y aurait encore des histoires. J’ai répondu « Non. Juste aujourd’hui ». Quand ils ont chouiné « S’te plaîîîît ! » j’avais les yeux qui piquent, et j’ai failli répondre « Mais siiiiiiiii ! »
Ce n’est sûrement pas facile la vie en banlieue.
Mais hier à B., sous les arbres, près du banc disparu, j’ai passé une journée magnifique. Merci Hakim, Moussa, tous les enfants et tous les parents (j’ai pris 3 kilos !) 
Cambé ! Beslama ! Bidaya !

    127. Déconfiture…

    C’est affreux. Je crois que j’ai raté mon confinement. J’aurais dû être plus vigilante, prendre plus de précautions. Certes je suis restée consciencieusement cloitrée chez moi à quelques courses près et pour lesquelles je n’ai pas manqué de remplir mon attestation, je me suis masquée en sortant, lavé les mains en rentrant, j’ai tapé des mains (propres !) à la fenêtre et j’ai même fait un peu de bénévolat… Mais pour le reste, zéro, j’ai tout foiré.
    C’est hier soir que l’évidence m’est apparue brusquement alors que je faisais défiler les photos parfaites de ma timeline Instagram. Résultat, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Depuis hier soir, je n’ai pas le choix, je dois regarder la réalité virtuelle en face : j’ai la loose du confinement. Chacun de mes gestes ne fait que me confirmer mon échec. Ce matin par exemple, j’enfile mes baskets pour aller courir, comme tous les jours ou presque depuis 8 mois. Hors le 23 mars, de nombreux parisiens confinés se sont eux aussi découvert des dispositions pour le jogging, le running ou le footing – tous les goûts ing sont dans la nature. Ils se sont littéralement mis à courir les rues alors que pour moi, confinement ou pas, ça n’a rien changé à mes habitudes. La loose je vous dis… De retour de mon déplacement bref, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de mon domicile, j’ai pour habitude de prendre un café dans lequel je verse bêtement un peu de lait. Grâce à ma timeline, j’ai réalisé que je n’avais pas profité de ma réclusion à fond. J’aurais vraisemblablement pu m’entrainer à dessiner des cœurs, des fleurs, des étoiles ou des cochons d’Inde dans la mousse du lait flottant sur mon café et même, rivaliser avec les meilleurs baristas de chez Starbucks en écrivant mon nom au marqueur sur ma tasse. Mais non, je suis passée à côté. Et ce n’est pas le pire. Il m’arrive parfois de grignoter une tartine avec mon café, ce n’est pas systématique, mais enfin ça m’arrive. Eh bien croyez-le ou non, tout au long de ces huit semaines, que ce soit pour mes tartines ou autre, je n’ai jamais pétri ma propre pâte à pain. Pas une seule miche. L’idée ne m’a même pas effleurée. Je suis systématiquement allée (masquée) m’approvisionner à la boulangerie en Tradition, baguette aux céréales ou pain bûcheron. A l’occasion, j’ai peut-être sorti moi-même une ou deux baguettes du congélo, mais encore une fois, jamais je n’ai fait mon propre pain que ce soit au four, à la machine à pain ou au sèche-cheveux. J’ai honte. 
    Et ça ne s’arrange pas au moment de sortir de ma douche, la tête enturbannée dans ma serviette, je regrette aussitôt mon shampoing et mon après-shampoing. Qu’est-ce qui m’a pris de me laver les cheveux ? Encore une fois, j’ai succombé à l’appel fourbe et vicieux de l’hygiène plutôt qu’à celui vivifiant quoique graisseux de la cure de sebum. Dire qu’en plus du bonheur de voir ma tête se couvrir de neige, j’aurais pu avoir le plaisir de la voir se couvrir d’un bloc de margarine… Si ça se trouve, à l’heure du dîner, je n’aurais eu qu’à essorer une mèche de mes cheveux au-dessus de la poêle pour faire revenir un oignon ou des poivrons… Si au moins j’en avais profité pour fabriquer mes cosmétiques moi-même, mais même pas ! Et voilà, ça aussi, c’est raté. 
    Sans compter que je me suis obstinée à porter un soutien-gorge (allez donc faire du jogging/running/footing sans soutif !). Mais pendant que je m’accrochais à mes bretelles, le No Bra a fait de plus en plus d’adeptes chez les confinénés, au point qu’on recycle aujourd’hui les push-up en masques et qu’à défaut de FFP2, on se protège désormais avec une touche de glamour grâce à Aubade, Etam ou Darjeeling. Sauf les recalées du confinement comme moi qui portent leur soutifs à l’ancienne, sur leurs nichons de looseuses. Je vous assure, j’ai les glandes. 
    Quand je résume, je n’ai pas relu Proust. Je ne me suis pas mise au yoga. Je n’ai pas arrêté de fumer. Je n’ai même pas essayé de m’y mettre. Je n’ai pas pris 5 kilos. Je n’ai pas découvert la magie du Château de Versailles en ligne sur mon écran 16 pouces. Je n’ai pas regardé La Casa del Papel. Je n’ai pas écouté le concert de Christine and the Queens en live sur Insta (ni celui des Clés de Sol à Molette).  Faute de travail, je n’ai pas été en télétravail, faute d’enfants, je n’ai pas revu le programme de CE2 et faute de jardin, je n’ai pas taillé mes rosiers ni éclairci mes carottes. Je ne connais même pas le cours du navet dans Animal Crossing. Je n’ai pas tenu mon Journal d’une du Confinée mais à ma décharge, je n’ai pas de colline ni de tilleul en bourgeon comme Leila Slimani. Je n’ai pas non plus les anticorps qui immunisent Madonna pour sortir faire une balade en bagnole. Je n’ai pas écrit de chanson sur le confinement. Je n’ai pas fait de buzz sur le Net. Je n’ai pas nettoyé les plinthes. Ni derrière le lavabo. Je n’ai pas brassé ma propre bière. Je n’ai pas exploré  les bienfaits du feng shui. Je n’ai pas carrelé ma salle de bain en jaune de Naples. Je n’ai pas fabriqué une tour Eiffel en dés de Mimolette. Je n’ai pas organisé une manif du 1er Mai avec des Playmobils. Je n’ai pas fait du ski sur mon plancher. Je n’ai pas jonglé avec des rouleaux de papier toilette. Je n’ai  même pas été foutue de savourer la volupté de l’ennui.
    Faut être lucide, j’ai tout foiré. Je suis une minable, une moins que rien… J’ai raté mon confinement dans les grandes largeurs !  Tout le monde en a profité pour se reconnecter avec son être intérieur, se cultiver, se détendre et se sublimer et moi… oualou ! Je suis resté moi. J’ai tellement honte que quand ce confinement sera enfin terminé, je crois que je n’oserai même pas sortir… Ou alors masquée, à la limite !

    126. Prise de tête

    Vingt-huit jours déjà depuis le début de cet improbable scénario. Sans être une grande amatrice de film catastrophes, je sais toutefois reconnaître une production de qualité et force est d’admettre que bien que tout soit réuni pour tenir le spectateur en haleine, l’intrigue autant que les moyens, malgré les nombreux rebondissements, je trouve – à titre tout à fait personnel – que l’histoire manque d’action, qu’elle s’enlise un peu et traine en longueur (sans parler des acteurs !). Bref ce compromis entre  Le septième sceau  et Un jour sans fin, ne me convainc pas franchement… 
    Depuis quatre longues semaines, et comme une bonne partie de la population j’imagine,  je suis devenue accro aux informations. Dès le réveil, il me faut ma dose de Café-Corona (le virus, pas la bière). Mais c’est agaçant, les salles de rédactions n’ont pas la rigueur des auteurs de Netflix et le feuilleton de l’épidémie manque sérieusement de fiabilité. J’ai ainsi pu découvrir au hasard du Web que le COVID 19 était  tour à tour une arme biologique chinoise, une arme biologique fabriquée par la CIA, une invention des Juifs pour favoriser l’effondrement de la Bourse, une punition divine à l’encontre des homosexuels, qu’il était dû à la consommation de soupe de chauve-souris, que non, en fait c’était la faute à la 5G, qu’on pouvait se soigner en sniffant de la coke et/ou en fumant du cannabis (ce qui semble avoir considérablement développé l’activité de dealer en ces temps confinés), qu’on pouvait se prémunir en mangeant du fenouil et en buvant du citron (ou l’inverse ?), que l’Assemblée aurait légalisé l’euthanasie en douce, que les individus de phototype VI (à la peau noire… noire, Muriel) seraient immunisés, que les végétariens seraient immunisés itou (les végétariens noirs sont donc tranquilles j’imagine) et enfin, que, en Russie, Poutine auraient fait lâcher des lions dans les rues pour forcer les gens à rester chez eux… je passe sur le Poker du déconfinement et le 3615 Chloroquinenveut.
    Tout ça pour dire que d’une part, je passe beaucoup trop de temps sur Internet et d’autre part, comme disait Dutronc, Colin-maillard et Tartempion, ce sont les rois de l’information
    De toute façon, on me la fait pas à moi. Il a raison Jacquot, on nous cache tout, on nous dit rien, mais c’est inutile. C’est pas les pangolins, pas les Chinois, pas les Illuminati, pas les Francs Maçons, pas les Scientologues et encore moins les Témoins de Dalida qui sont responsables de cette épidémie, pas du tout ! Le Coronavirus, j’en suis sûre, c’est un vaste complot, une conspiration diabolique ourdie par Jacques Dessange, Jean-Louis David et Toni et Guy Mascolo réunis, plus connus comme le Cartel des Merlans dont l’objectif est de plonger la planète toute entière dans un désastre capillaire universel pour enrichir le lobby des coiffeurs ! 
    Vous ne me croyez pas ? Alors comment expliquez-vous que depuis le début du confinement, entre autres commerces, les salons de coiffure ont fermé leurs portes ouvrant ainsi la bonde aux drames capillaires de toutes sortes : racines, jachères, fourches, dégorgements de couleur, yéti… Du reste nous aurions dû nous méfier… Donald Trump ? Boris Johnson ? Les signes étaient là, depuis longtemps. Le Professeur Raoult ne vient-il pas encore confirmer cette hypothèse ?  Déjà, la population n’hésite pas à employer les grand moyens et la tondeuse ou pire, les ciseaux et provoque ainsi moult franges ratées, mulets impromptus, boules à zéros pointés, carrés inégaux, dégradés délabrés ajoutant encore à la débâcle et à la panique générale. Au moins, le commun des mortels n’est-il pas le seul à se morfondre car en cette période sinistrée, même Mireille Mathieu confie à Gala (qui sait garder le sens du scoop même en tant de pandémie) qu’elle souffre d’un manque de – coupe au – bol terrible, et qu’elle a bien du mal à entretenir la marque de fabrique légendaire qui a fait son succès. Dans les supermarchés,  les rayons Hygiène et Beauté sont pris d’assaut et à l’instar du papier hygiénique, on se dispute les flacons de shampoing, d’après-shampoing, de gels et on s’arrache les boites de colorations, peu importe la couleur. Sans doute que bientôt, en plus de masques FFP2, le corps médical invitera-t-il la population à se couvrir de charlottes chirurgicales ou à défaut de bonnets de laine, pour sortir de chez soi et éviter tout risque de contamination esthétique et de son côté, le gouvernement étudiera la mise en place d’un numéro vert d’écoute et de soutien pour les personnes victimes de désastre capillaire persistant. Amazon, en rupture de stock de perruques, laissera les clients désespérés se rabattre sur des modèles de Bavaroise ou de Gandalf le Magicien pour camoufler leur chevelure en friche.  Pour résumer, la crise n’a pas encore atteint son paroxysme et nous allons au devant de jours bien sombres, pour ne pas dire Cacao Foncé. Dans peu de temps, partout autour du globe, la situation sanitaire ET capillaire seront dramatiques. Alors, je repose la question : à qui la faute ? A qui profite le crime ? Au FBI ? A Greenpeace ? A Renaud Capuçon qu’on n’a jamais autant entendu que depuis le début de l’épidémie (je n’accuse personne mais enfin il est parfaitement coiffé… coïncidence ?) ? Pas du tout ! Il est évident que cette crise est orchestrée par le sinistre Cartel des Merlans, mais vous pouvez lutter :

    SAUVEZ DES VIES, COIFFEZ VOUS ! 
     
    Germination des semis d’hiver… (Avril 2020)

    124. Comitial-out

    Chaque jour du calendrier a son saint ou sa sainte et… sa journée internationale, ou presque. Il y a les plus célèbres comme la Journée Internationale des Femmes (appellation officielle de l’ONU) ou la Journée Mondiale Sans Tabac, les plus jolies comme la Journée Mondiale du Bonheur (merci l’ONU itou) ou celle du Livre pour Enfants (à l’initiative de l’UNESCO) et celles pour le moins insolites dont l’intitulé laisse perplexe comme la Journée Internationale des Toilettes (qui s’avère être une véritable cause!) ou plus déroutante, la Journée Internationale du Parler Pirate ! En ce lundi 10 Février, la journée ne sera ni célèbre, ni jolie, ni insolite puisque c’est la Journée Internationale de l’Épilepsie. C’est moins glamour que la Saint Valentin et hélas, beaucoup moins lucratif. Il faut dire aussi que l’intitulé – pas la cause – laisse à désirer. En général, les journées internationales c’est contre les maladies : contre le cancer, contre la tuberculose, contre le SIDA, ce qui est assez cohérent puisque les maladies on voudrait plutôt s’en débarrasser. Mais une journée « de l’épilepsie », c’est flou, ça veut dire quoi ? C’est comme la Fête de la musique ? On sort dans la rue, et on fait des crises au café du coin entre amis ? Contrairement à l’endométriose ou la fibromyalgie, aucune star hollywoodienne n’a avoué chez Oprah Winfrey souffrir de ce mal, qu’il soit petit ou grand ce qui fait que souffrir d’épilepsie n’est hélas pas trop tendance. C’est bien dommage parce qu’en plus de lever le voile sur une maladie taboue ça aurait sans doute rapporté quelques millions à la recherche. Harrison Ford a bien créé une fondation parce que sa fille souffrait de crises, mais même Indiana Jones n’a pas réussi à sortir l’épilepsie de l’ombre maudite ! J’ai donc décidé de  me dévouer. N’étant ni star ni hollywoodienne, ça ne servira sans doute pas à grand-chose que j’étale mes électro encéphalogrammes sur la place publique. Toutefois je peux peut-être profiter de cette journée pour faire un peu de prévention. Dire par exemple, qu’il est inutile de mettre une cuiller ou une pompe à vélo dans la bouche d’une personne en crise ou de l’empêcher de se débattre à moins que vous n’ayez un tempérament masochiste et ne souhaitiez vous même vous retrouver aux urgences avec un oeil au beurre noir ou une phalange en moins. Rappeler que dès que cela sera possible, il faut la mettre (délicatement !) en PLS. Laissez-la ensuite se réveiller dans le calme (ce n’est pas le moment de lui faire écouter le dernier titre de Lady Gaga) et à son rythme. Elle est dans un brouillard un peu confus, elle réalise à peine ce qui vient de lui arriver, ne lui sautez pas dessus avec vos mille questions, même si ce n’est que la bienveillance qui vous anime ! Une fois qu’elle sera réveillée, isolez-la, elle vous sera reconnaissante de la protéger des regards des voyeurs curieux qui ne sont jamais très agréables dans ce moment où ladite personne ne se sent pas particulièrement à son avantage (elle ne l’est d’ailleurs pas mais il est inutile de le lui rappeler). A moins que vous ne constatiez des bobos alarmants, si la personne est une épileptique connue (à ce stade, rassurez-vous, elle n’est pas très vaillante, certes, mais assez pour vous communiquer cette information elle-même), il est inutile d’appeler le SAMU, les pompiers, la police, la NASA, le Téléphone Sonne, ou le FBI. Elle n’a qu’une envie: aller se coucher. Alors s’il n’y a rien à recoudre ou à plâtrer, conduisez-la donc le plus rapidement à son lit, ou à défaut au Dunlopillo le plus proche, elle vous en sera éternellement reconnaissante !
    Dans le cas où il aurait fallu passer par la case URGENCES, après les 5 heures d’attente rituelles, une fois que le Docteur Ross aura suturé tous les plus ou moins gros bobos liés à la chute, laissez-la s’écrouler dans le taxi qui la ramène chez elle et couchez-la toute habillée. N’essayez pas de lui enfiler son pyjama en coton bio, elle s’en fout et de toute façon, elle n’en a plus la force. Ne lui préparez pas non plus une assiette de coquillettes au beurre pour la requinquer, elle s’en tamponne. Tout ce qu’elle veut c’est dormir tout son soûl. Cela peut aller jusqu’à 48 heures, ne soyez pas étonné, laissez-la, au moins, elle vous fichera la paix pendant ce temps-là. 
    D’autant que quand elle se réveillera, hormis une migraine carabinée, elle sera probablement en pleine forme et prête à reprendre le cours plus que normal de son existence : elle mangera, boira (et pas que de l’eau!), travaillera, voyagera, fera du sport, jouera à des jeux vidéos, conduira, aura des relations sexuelles et même des enfants ! Peut-être même qu’elle deviendra un(e) auteur(e) célèbre comme Agatha Christie, Flaubert, Dostoïevski, ou Molière (les Grosses Têtes n’ont qu’à bien se tenir) ! En revanche, il est probable qu’elle cachera ses problème de santé parce qu’il est plus facile d’avouer un herpès à son amoureux que son épilepsie à son entourage et ça, c’est nul. Ceci étant, à l’occasion de cette Journée Internationale, je découvre (sur le site du Monde) que Valentin est non seulement le Saint patron des amoureux mais aussi celui des épileptiques. J’ai du mal à voir le lien je l’avoue…  En tout cas, voilà qui complique sérieusement mon calendrier… mais me réconcilie avec toi Valentin ! Je sais qu’on a longtemps été fâchés toi et moi, mais cette année, si tu m’offres des fleurs ou que tu m’invites au resto, promis, je ne piquerai pas ma crise !

    Plus d’Informations sur le site de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière (ICM)

    123. Tour de crasse

    Cher résidu de détartreur rouillé, 
    Hier soir, je me réjouissais de  passer pour la première fois de l’année un agréable moment en compagnie de mon ami Laurent à la Maison Plume au 61 de la rue Charlot (Paris 3ème) avant d’aller dîner. Oui, je fréquente les pâtisseries avant d’aller dîner, et alors ? Tu fréquentes bien les coins de rues obscurs, est-ce que je te juges moi ? Quoique nous ne nous connaissions pas, j’aurais eu plaisir à te faire découvrir les créations sans sucre et sans gluten de Tara, la jeune propriétaire, les unes s’avérant tout aussi savoureuses que l’autre. Autour d’une tasse de thé fumant, nous aurions partagé une tarte… deux si tu es aussi gourmand que moi et peut-être même une galette, épiphanie oblige. Entre les tables dépareillées et les chaises rempaillées de ce petit cocon rassurant, nous aurions appris à nous connaitre… Je t’aurais raconté les joies, les doutes, l’excitation de la vie d’artiste et tu aurais promis de venir m’applaudir le 23 mars prochain au Zèbre de Belleville (n’hésite pas à encourager tes connaissances à réserver !). Tu m’aurais raconté tes joies, tes doutes, l’excitation de la vie de mauvais garçon, je ne t’aurais rien promis et peut-être nous serions nous revus… Bref, nous aurions passé un bon moment, ou tout au moins pas mauvais les pâtisseries aidant, avant de remonter toi sur ta moto, moi sur mon vélo et de reprendre chacun le cours de nos vies passionnantes. Au lieu de ça, alors que je passais un agréable moment en compagnie de mon ami Laurent comme je le disais en introduction, je ne me doutais pas que toi l’espèce de vieux marc de café moisi, toi le résidu de compost d’escalope de veau, toi la vieille branchie d’huître avariée, tu rasais sournoisement les murs des rues Paris, des pinces coupantes au fond des poches de ton Wrangler que j’espère trop petit, pour rejoindre le coin de la rue du Forez où tu as découpé dans la lueur faible et gratuite d’un réverbère municipal, en loucedé et en moins de 30 minutes (saluons ici ta célérité et ta technique) les deux antivols du vélo électrique que j’avais acheté en septembre. J’avais déjà pu apprécier tes talents à domicile, lorsque l’été finissant, tu avais dépouillé mon précédent véhicule électrique, celui avec lequel je m’étais déplacée plusieurs années durant et dont j’évoque encore avec nostalgie les tâches de corrosion qui parsemaient le cadre,  tu l’avais dépouillé donc des deux antivols sécurisés qui le reliaient – sans selle et sans batterie, tu es sans aucun doute un vrai sportif – au mobilier urbain municipal encore, que la Ville de Paris a l’amabilité de mettre gratuitement une fois de plus à ma disposition.  Je te le dis tout net, toi la vieille rognure d’ongle incarné purulent, je te déteste, moi, de toutes mes tripes, de toutes mes entrailles, de tous mes organes, de tous mes muscles et ligaments, et je suis d’un naturel plutôt amical, tout le monde te le confirmera. Tu comprends, ou plutôt non tu ne comprendras pas, pauvre dépôt de piquette bouchonnée que tu es : j’aime faire du vélo dans Paris. J’aime cette sensation, un peu idiote peut-être, du vent qui me fouette le visage. J’aime quand j’enfourche mon vélo, devoir descendre systématiquement l’avenue Gambetta en roue libre, pour aller quasiment n’importe où ! J’aime faire tinter ma sonnette pour avertir les piétons que j’arrive. J’aime chanter à plein poumons devant leurs yeux étonnés. J’aime cette impression que les bords de Seine m’appartiennent. La nuit, j’aime encore sillonner les rues désertes ou, paresseuse, éviter un côte trop raide et faire un détour pour découvrir le Passage des soupirs. J’aime enfin après un diner un peu trop arrosé, prendre l’air et marcher un moment, mon guidon à la main, avant de monter en selle et pédaler en remerciant le moteur électrique de m’aider à rentrer en deux tours de pédales en haut de l’Avenue Gambetta !
    Non tu n’y comprends rien. Je ne te demande pas de prendre soin de mon vélo, tu ne le feras pas. Ce matin, grâce à toi, je me sens vide et couillonne et en colère et triste. Je vais aller partager tout ça avec la maréchaussée. A pieds. Tu m’as passé l’envie de pédaler. Pour le moment. 
    Cher résidu d’huile de fond de moteur noircie, je ne te souhaite pas une bonne année.

    122. Magical Liverpool Tour

    Figurez-vous que je reviens de la Piscine de Foie.  Enfin, je n’étais ni à la piscine, ni à Foie. Non, j’étais à Liverpool, baptisée comme chacun ne le sait pas d’après Liver, foie et Pool, piscine, une association qui pourrait paraître insolite, mais les Anglais raffolent des abats, c’est bien connu même si ce n’est pas ce qu’ils ont de mieux, c’est bien connu itou. Ceci dit, il semblerait que je me sois foie-rvoyer ! En effet, le Guide du Routard m’apprend que Liverpool viendrait du vieil anglais lifer « eau boueuse », et pōl, « ruisseau ». Well, why not ? Je ne suis pas contrariante. Bien qu’à choisir, je ne sois pas sûre de préférer plonger dans un ruisseau d’eaux boueuses plutôt que dans une piscine remplie d’organes abdominaux. Du reste, il faisait trop froid ce week-end là pour prendre un bain où que ce soit et je me suis contentée de faire un peu de Beatlourism.
    Fort heureusement, dans l’avion qui m’amenait avec mes 3 compagnons dans les eaux apparemment crottées de ce noble estuaire, nous avons pu profiter indirectement mais sûrement des conseils sonores et avisés de notre voisin de siège – que nous nommerons ici Jean-Luc –  qui visiblement, connaissait Liverpool comme sa poche. A y regarder de plus près, je pense que lui-même devait considérer la ville entière comme une piscine pour son foie hépatique. Le temps aurait pu nous sembler bien long alors qu’impatients, nous piétinions derrière Jean-Luc, attendant de passer la douane. Mais sa verve et son humour savoureux ont su faire durer le temps deux fois plus longtemps ! Je vous laisse juger. « Savez-vous pourquoi les sœurs japonaises aiment les Beatles ? Parce qu’elles sont jaunes les nonnes ! » Ha ha ! Comme nous avons regretté de devoir quitter Jean-Luc au sortir de l’Aéroport John Lennon justement (j’en ris encore!) où un sous-marin jaune et géant nous attendait (c’est assez rare dans un aéroport pour être noté) et accessoirement, un taxi qui s’avéra plus pratique que ledit sous-marin au moment de rejoindre notre hôtel. 
    Pour cette première soirée, après une pizza typiquement britannique quoique sans abats, nous entamâmes un premier tour de la ville et des horaires de clôture des pubs avant d’échouer au comptoir du Rose and Crown où des Liverpuldiens entonnaient Dirty Old Town, tandis qu’un écran diffusait les derniers résultats du Liverpool FC. Pas de doute, nous étions bien en Grande-Bretagne ! Nous avons fini par regagner nos chambres, histoire d’être en forme pour notre Mara-Beatles-thon du lendemain. 
    Imaginez une ville entière dédiée au Beatles. C’est toujours mieux qu’une ville dédiée à Gold, je vous l’accorde. Mais imaginez. Cafés (ne manquez pas le petit déjeuner du charmant Lucy in the sky), musée (The Beatles Story une visite très riche de 2h, qui se clôture par le bonheur de recroiser fuir Jean-Luc en fin de parcours !), ferry, magasins de souvenirs, de bonbons, de vêtements, de disques bien sûr… Ou que vos pas vous poussent, une photo vous accueille, une chanson familière résonne et voilà que malgré vous, vous vous surprenez à fredonner et c’est toute votre adolescence qui vous revient soudain en mémoire. Le long des docks d’abord… Baby you can drive my car, yes i’m gonna be a star… Devant les vitrines de Paradise Street… Can’t buy me love Everybody tells me so Can’t buy me love No, no, no, nooooooooooo  Dans les bars de Steel Street…. Oh, I get high with a little help from my friends…  Pour finir au fin fond de la cave étriquée du mythique Cavern Club reconstitué à reprendre Hey Jude, don’t be afraid certains à pleins poumons, d’autres les larmes aux yeux, d’autres encore les deux à la fois, alors que sur la toute petite scène, un groupe de quinquagénaires extraordinaire déchaine la foule et les passions avec son rock teinté d’accent gallois.
    Manque de temps oblige, nous n’avons pas fait le pélerinage intégral. Honte à nous. Nous n’avons pas longé Strawberry fields, nous n’avons pas foulé Penny lane. Deux jours c’est bien trop court pour explorer cette ville qui a bien plus à offrir que ce jeu de piste géant dédié aux Beatles. A commencer par ses pubs bien sûr ! Et soyez sûrs que nous avons mis tout notre coeur à en visiter le plus possible dans le temps imparti.
    A l’heure de monter dans l’avion du retour nous étions tous très soulagés de constater que Jean-Luc avait pris un autre vol. Mais aussi tous un peu tristes que notre escapade soit déjà finie.
    De retour à Paris, à l’instar des Beatles, il fallut nous séparer. Mais en arrivant chez moi, je fredonnais encore Ob la di, ob-la-da, life goes on, bra La-la, how the life goes on…

    117. Festifolle

    Aaaaaaaaaaah ! Mais, qu’est-ce qui m’a pris ? A force de m’entendre répéter que je suis folle, j’ai dû finir par le devenir, c’est pas possible ! A moins qu’à force de voyager, mon subconscient ne m’ait trouvée un peu trop décontractée ? Le temps lui a sans doute semblé un peu trop long et mes angoisses parisiennes (à l’instar de ma silhouette !) bien amaigries. Il s’est dit qu’après tous ces décalages horaires, il était temps de remettre les pendules à l’heure. Il a donc convoqué mon Ça, mon Moi, mon Surmoi, Œdipe et Peter Pan pour un grand brainstorming et tous ensemble, ils ont conclu que ce qu’il me fallait, c’était un bon coup de pression, bien solide et bien durable, histoire que je retrouve le stress que j’avais égaré quelque part entre Bogota et Tel Aviv. Bref, nous étions tranquilles avec Florence en terrasse du Bureau à Dieulefit, quand entre le Spritz et les olives, nous avons eu un éclair de génie : « Si on créait un festival ? » Des nanas, des spectacles, du soleil le tout dans le cadre idyllique de la Drôme ? Sur le moment, ça nous a semblé le scénario idéal ! On s’est dit que c’était tout à la fois chouette, simple et excitant et on a recommandé quelques Spritz pour fêter notre divine illumination .
    Quelques mois plus tard, c’est complètement dingue, mais nous voilà bel(les) et bien en train de mettre sur pieds la première édition de Dieulafête, soutenues par l’enthousiasme chaleureux (en  attendant d’être financier) de la mairie et celui non moins chaleureux  de nos proches (qui peuvent eux aussi s’enthousiasmer financièrement via la collecte en ligne sur HelloAsso 😉). Chaque année, les 1, 2 et 3 août prochains, sur la scène de La Halle de Dieulefit, les femmes seront à l’honneur  à travers des spectacles, des animations et des expositions, pour les petits et les grands. Fidèles au  projet initial, le programme que nous avons concocté avec Florence est chouette et excitant, il est même mieux que celui qu’on avait imaginé ! Mais il faut se rendre à l’évidence, sans le Spritz, la simplicité s’est fait la malle et il s’avère que pour créer un festival c’est comme avec les olives, faut faire gaffe aux noyaux (La métaphore pour les nuls, Chapitre 0 )  ! Surtout quand une brillante instigatrice est à Marseille, l’autre à Paris et que chacune doit, accessoirement, gérer son quotidien. On a beau avoir élaboré un beau programme, ça ne suffit pas, il faut aussi le mettre en place et je découvre que ce n’est pas une part de clafoutis aux abricots : logistique, technique, financement, administration, communication… Pour le moment, ce vocabulaire ne m’inspire rien d’autre qu’un stress considérable. Que fredonnait Mary Poppins déjà ?  Ce qui rend surtout le travail beaucoup moins long / C’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler. Mais si je suis tes conseils Mary, je vais faire une hyperglycémie et me retrouver chez le dentiste avec 32 caries ! Si ça ne te gêne pas « pour aider la médecine à couler », je vais plutôt opter pour la version sans sucre, 100% d’énergie et d’organisation et enrichie en copains (moins traîtres que le Prosecco et l’Apérol) pour me suivre dans cette folle aventure ! Quitte à avoir des insomnies, comme Barbara, je préfère être en bonne compagnie…

    116. Super Mamie

    Elle est toute petite, toute fragile, elle a l’air perdue dans ce fauteuil roulant trop grand pour elle. Son visage s’éclaire d’un grand sourire quand je la rejoins et je pourrais presque croire qu’elle m’a reconnue. Je lui rends son sourire au centuple et colle deux baisers sonores sur la fine peau de ses joues. Elle rit, m’examine un instant et son regard se perd tandis qu’elle cherche mon prénom. « Stéphanie, Mamita. Je suis Stéphanie. » Quoique vaste et passionnant, je ne m’étends pas sur le sujet. Elle a déjà oublié mon prénom. Elle oubliera jusqu’à ma visite aussitôt que je serai partie. Je m’en fiche. Elle peut bien m’appeler Ava ou Mimou, si ça lui fait plaisir. Pour elle, je veux bien être Esther, Desdémone ou la Reine de Saba. N’importe qui, plutôt que de n’être personne.
    A travers la fenêtre, les rayons du soleil tentent vainement d’apporter un peu de chaleur aux murs gris de la salle commune. Autour des tables, des fantômes aux cheveux assortis aux murs attendent plus ou moins sagement que le temps passe. Sur un mur, la télévision diffuse un reportage. Mamita me surprend en déchiffrant le titre : Dans la tête d’un tueur. De fait, d’angoissantes photos de psychopathes défilent sur l’écran et ajoutent à l’ambiance d’euphorie générale. Je suggère à une aide soignante de passage de changer de chaîne. Elle s’exécute et s’adresse à Monsieur Laurent, un résident – dans un rire ! – lui faisant remarquer qu’il ressemble au tueur de l’écran… Malaise. Monsieur Laurent n’a pas l’air d’apprécier le trait d’esprit. A première vue, Monsieur Laurent n’est plus en état d’apprécier grand chose. A moins qu’il ne projette effectivement le meurtre de l’aide-soignante ? Ce qu’on ne pourrait pas lui reprocher tout à fait…
    J’abandonne lâchement Monsieur Laurent à l’aide-soignante, je préfère m’isoler avec Mamita. Coup de chance, c’est l’heure du café. Je me mets aux commande de son bolide pour rejoindre la salle à manger, à peine plus chaude que ledit café. Nous nous installons. Tandis que Mamita boit renverse sa tasse, elle désigne sa jupe, m’expliquant fièrement que c’est elle qui l’a cousue. Je m’intéresse, la félicite, compare avec l’ourlet de ma chemise. Elle jette un œil sceptique aux finitions de GAP et me promet un manteau à bouton de sa façon. Nous nous mettons d’accord sur du noir. Mais contrairement à sa jupe, l’esprit de Mamita est largement décousu et la voilà déjà ailleurs. Pour autant, je n’essaye pas de démêler les méandres improbables du fil de ses pensées. Je me contente de vagabonder avec elle et l’écoute évoquer des bribes de souvenirs accrochés à ce qui lui reste de mémoire. En échange, je lui raconte les miens de souvenirs… Les odeurs de sa cuisine… La rue Kellerman… Les Ouiliouiliouili, les Boualïaaaa qu’elle proférait à longueur de journée…. Un éclat de rire fugace secoue son corps frêle et fait déborder mon cœur de tendresse par la même occasion. Mamita a mystérieusement saisi le mot grand-mère au vol. « Oui, ma grand-mère… Oui… » Rêveuse, elle s’égare à nouveau dans le labyrinthe de ses pensées où se mélangent les lieux et les personnages… Quitte à changer de nom, je me dis que c’est Ariane que j’aimerais m’appeler pour la suivre dans ce dédale, une minute seulement… Mamita prend à nouveau conscience de ma présence, je partage avec elle la compote de ses souvenirs. A ma grande surprise, le plaisir que j’y prends doit être communicatif car au fil de notre conversation funambulesque, Mamita me récompense régulièrement de francs éclats de rire .
    Mais ma visite a fatigué Mamita, je la laisse se reposer. Avant de partir, je l’embrasse une dernière fois et lui promets de revenir demain. J’entends Mamita soupirer  « Oui… J’aime bien quand vous venez me voir, vous… » et j’ai les yeux qui piquent… Comme quand j’abusais de ta Harissa, Mamita…

    115. Les frites, c’est chic!

    D’abord…. D’abord y a la pluie… Celle qui te fouette le nez…  Qui tombe sans s’arrêter… Des petites gouttes glacées, probablement frustrées d’avoir été recalées au casting des flocons de neige, et qui se vengent en te postillonnant sans relâche au visage. Bienvenue à Bruxelles, pfft! Charmant accueil… Bruxelles, du néerlandais Broek-Marais et Sali-Habitation d’une seule pièce. Ça n’est pas que je sois particulièrement calée en néerlandais, mais  après avoir fait pipi (plassen), je sirote mon café au Texaco de la N5 tout en feuilletant le Guide de conversation néerlandais – Les phrases les plus utiles d’après Andrey Taranov disponible pour 8€ seulement. Certes, nous sommes encore à 150 kilomètres plus ou moins de l’autre pays du fromage mais c’était ça ou bien Réfléchissez et devenez riche de Napoléon Hill et d’une part les émanations d’éthanol ne m’ont jamais incitée à la réflexion, d’autre part, à quelques kilomètres de Waterloo, un bouquin signé Napoléon ça m’inspirait moyennement confiance.
    Bref je peaufine mon néerlandais. On ne sait jamais, ça peut servir. Des fois que je croise Dave… Du côté de chez Swann ou de la pompe Diesel… Je pourrais toujours lier connaissance : Goedendag, Dave, ik ben vegetarisch ! Je ne suis pas végétarienne, mais Andrey ne précise pas comment signifier à son interlocuteur que l’on est omnivore..
    Et puis ne jetons pas le parpaing à Andrey, si je me fie à lui Bruxelles-Broeksali serait donc en quelque sorte le F1 des marais et si c’est à la météo que je me fie… c’est assez cohérent. Avouons qu’au niveau marketing tout ça n’est pas très engageant et que les chargés de com’ ne devaient pas être particulièrement inspirés à la séance de brainstorming Un nom pour la cité parce qu’avec un nom pareil, quand bien même Broeksali possède de nombreuses commodités, un fort potentiel et le charme de l’ancien, Stéphane Plaza lui-même aurait du mal à trouver un acheteur pour une ville baptisée la turne marécageuse.
    Me voilà pourtant Belge pour deux jours et le baromètre a beau osciller entre humide et mouillé, je suis à deux doigts de me mettre en T shirt tant la chaleur humaine locale compense la dépression la tendance suicidaire climatique. Jean-Claude Van Damme Donald Trump l’a dit lui-même : « la Belgique est une ville magnifique. » Je ne peux que l’approuver. J’avoue qu’au premier ras-bord, j’ai pensé (j’étais encore en état!) les Belges ont beau être le plus brave de tous les peuples de la Gaule (Source : Astérix chez les Belges, René Goscinny, Albert Uderzo, Éditions Dargaud 1979 NDLR) ils ont tout de même l’air un brin radins à te claquer une mono bise, aller à la toilette (en vrai, c’est pareil que les nôtres mais au singulier) et à te faire sortir le porte-monnaie chaque fois que t’as envie d’y aller, à la toilette. Mais tout ça, c’est rien que du plassen de chat. Je ne sais pas si les Belges sont vraiment les plus braves et d’ailleurs je m’en fous comme de ma première otite, quant à savoir si ce sont les plus sympas, personnellement je les mettrais bien dans le solo de tête. A commencer par ma pote Margot, championne du stylo plume, et Pierre champion du Gland (je précise qu’il s’agit d’un restaurant…). Stef! chante au Gland, j’ai connu des affiches plus flatteuses… Des publics plus nombreux aussi…  Mais des soirées chaleureuses teintées d’accents belges, espagnols et français, généreusement arrosées de bière et de vin naturel et qui finissent en débats littéraires et en remake de  La merditude des choses avec de parfaits inconnus, pas beaucoup. Il manquait peut-être les fricadelles sur les pizzas (pour la couleur locale, hein? Pas pour les estomacs!), mais pas la camaraderie ni la bonne humeur et pour un peu j’aurais presque oublié d’aller me coucher! C’était sans compter la soirée qui m’attendait le lendemain au Monty. Après une chouette balade sous le ciel liquide (ou livide, selon ce que t’as pioché au Scrabble) bruxellois, j’ai pris la direction de Genappe et de son ancien cinéma transformé en lieu culturel alternatif, invitée par mes deux poteaux, Ju’ et Payot. Il y a dix ans, je fêtais pour la première fois mon anniversaire sous le drapeau belge. Dans le jardin de Ju’, Margot était là déjà, l’économe à la main, et je me revois souffler mes bougies entre les barquettes de frites, le Zizi Coincoin et la sauce Samouraï.  Qui eut cru qu’aujourd’hui, je serais sur le point de remettre ça (Saint Smecta priez pour moi!) ? Pas moi ! Dix ans ont passé… Où ça ? Le décor (et le menu, Dieu merci!) a changé peut-être, mais la scène est quasiment la même… tout le monde est assis près de la cuisine… quelqu’un se lève et va mettre un disque… un autre ouvre une bouteille… on discute de tout… de petits riens surtout… on profite de se voir… on s’aime un peu en vrai… sans écran… juste quelques heures, à la sauvette… jusqu’à la prochaine fois… c’est bon… un peu con aussi…
    Bientôt le concert. Il faut se mettre en route. Dehors, Jupiter continue de pleurer… Je m’en fous de la pluie. Comme dit le proverbe, Vieille amitié ne craint pas la rouille…
    Demain je reprends la route, mais je reviens, c’est certain. A tantôt les copains…