126. Prise de tête

Vingt-huit jours déjà depuis le début de cet improbable scénario. Sans être une grande amatrice de film catastrophes, je sais toutefois reconnaître une production de qualité et force est d’admettre que bien que tout soit réuni pour tenir le spectateur en haleine, l’intrigue autant que les moyens, malgré les nombreux rebondissements, je trouve – à titre tout à fait personnel – que l’histoire manque d’action, qu’elle s’enlise un peu et traine en longueur (sans parler des acteurs !). Bref ce compromis entre  Le septième sceau  et Un jour sans fin, ne me convainc pas franchement… 
Depuis quatre longues semaines, et comme une bonne partie de la population j’imagine,  je suis devenue accro aux informations. Dès le réveil, il me faut ma dose de Café-Corona (le virus, pas la bière). Mais c’est agaçant, les salles de rédactions n’ont pas la rigueur des auteurs de Netflix et le feuilleton de l’épidémie manque sérieusement de fiabilité. J’ai ainsi pu découvrir au hasard du Web que le COVID 19 était  tour à tour une arme biologique chinoise, une arme biologique fabriquée par la CIA, une invention des Juifs pour favoriser l’effondrement de la Bourse, une punition divine à l’encontre des homosexuels, qu’il était dû à la consommation de soupe de chauve-souris, que non, en fait c’était la faute à la 5G, qu’on pouvait se soigner en sniffant de la coke et/ou en fumant du cannabis (ce qui semble avoir considérablement développé l’activité de dealer en ces temps confinés), qu’on pouvait se prémunir en mangeant du fenouil et en buvant du citron (ou l’inverse ?), que l’Assemblée aurait légalisé l’euthanasie en douce, que les individus de phototype VI (à la peau noire… noire, Muriel) seraient immunisés, que les végétariens seraient immunisés itou (les végétariens noirs sont donc tranquilles j’imagine) et enfin, que, en Russie, Poutine auraient fait lâcher des lions dans les rues pour forcer les gens à rester chez eux… je passe sur le Poker du déconfinement et le 3615 Chloroquinenveut.
Tout ça pour dire que d’une part, je passe beaucoup trop de temps sur Internet et d’autre part, comme disait Dutronc, Colin-maillard et Tartempion, ce sont les rois de l’information
De toute façon, on me la fait pas à moi. Il a raison Jacquot, on nous cache tout, on nous dit rien, mais c’est inutile. C’est pas les pangolins, pas les Chinois, pas les Illuminati, pas les Francs Maçons, pas les Scientologues et encore moins les Témoins de Dalida qui sont responsables de cette épidémie, pas du tout ! Le Coronavirus, j’en suis sûre, c’est un vaste complot, une conspiration diabolique ourdie par Jacques Dessange, Jean-Louis David et Toni et Guy Mascolo réunis, plus connus comme le Cartel des Merlans dont l’objectif est de plonger la planète toute entière dans un désastre capillaire universel pour enrichir le lobby des coiffeurs ! 
Vous ne me croyez pas ? Alors comment expliquez-vous que depuis le début du confinement, entre autres commerces, les salons de coiffure ont fermé leurs portes ouvrant ainsi la bonde aux drames capillaires de toutes sortes : racines, jachères, fourches, dégorgements de couleur, yéti… Du reste nous aurions dû nous méfier… Donald Trump ? Boris Johnson ? Les signes étaient là, depuis longtemps. Le Professeur Raoult ne vient-il pas encore confirmer cette hypothèse ?  Déjà, la population n’hésite pas à employer les grand moyens et la tondeuse ou pire, les ciseaux et provoque ainsi moult franges ratées, mulets impromptus, boules à zéros pointés, carrés inégaux, dégradés délabrés ajoutant encore à la débâcle et à la panique générale. Au moins, le commun des mortels n’est-il pas le seul à se morfondre car en cette période sinistrée, même Mireille Mathieu confie à Gala (qui sait garder le sens du scoop même en tant de pandémie) qu’elle souffre d’un manque de – coupe au – bol terrible, et qu’elle a bien du mal à entretenir la marque de fabrique légendaire qui a fait son succès. Dans les supermarchés,  les rayons Hygiène et Beauté sont pris d’assaut et à l’instar du papier hygiénique, on se dispute les flacons de shampoing, d’après-shampoing, de gels et on s’arrache les boites de colorations, peu importe la couleur. Sans doute que bientôt, en plus de masques FFP2, le corps médical invitera-t-il la population à se couvrir de charlottes chirurgicales ou à défaut de bonnets de laine, pour sortir de chez soi et éviter tout risque de contamination esthétique et de son côté, le gouvernement étudiera la mise en place d’un numéro vert d’écoute et de soutien pour les personnes victimes de désastre capillaire persistant. Amazon, en rupture de stock de perruques, laissera les clients désespérés se rabattre sur des modèles de Bavaroise ou de Gandalf le Magicien pour camoufler leur chevelure en friche.  Pour résumer, la crise n’a pas encore atteint son paroxysme et nous allons au devant de jours bien sombres, pour ne pas dire Cacao Foncé. Dans peu de temps, partout autour du globe, la situation sanitaire ET capillaire seront dramatiques. Alors, je repose la question : à qui la faute ? A qui profite le crime ? Au FBI ? A Greenpeace ? A Renaud Capuçon qu’on n’a jamais autant entendu que depuis le début de l’épidémie (je n’accuse personne mais enfin il est parfaitement coiffé… coïncidence ?) ? Pas du tout ! Il est évident que cette crise est orchestrée par le sinistre Cartel des Merlans, mais vous pouvez lutter :

SAUVEZ DES VIES, COIFFEZ VOUS ! 
 
Germination des semis d’hiver… (Avril 2020)