119. Mes copains d’abord

 A Laurent, Lucas, Stéphane, Hervé, Carole et David

Deux mois déjà depuis mon dernier billet et personne ne s’inquiète ? Pas un mail pour s’enquérir de mes nouvelles ? Pas même un spam inquiet de KetoPharmacy pour me proposer du Diazepam ou du Poconeol ? Merci les copains. D’aucuns m’imaginent sans doute désœuvrée, tournant distraitement les 465 pages de L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich, baignant dans les rayons du soleil ou dans l’eau bleu céruléen de la piscine familiale quand les premiers, canicule oblige, deviennent trop intenses… Mais d’aucuns ont tout faux, ou presque. Je baigne en effet, mais depuis quelques jours seulement. Et si je n’ai pas donné signe de vie c’est  qu’une fois de plus, en juillet, je suis repartie dans le tourbillon de ma vie à savoir celui du Festival d’Avignon. Avec Laurent mon metteur en scène et Lucas mon pianiste. On a affiché, on a paradé, on a tracté, on a retracté, puis on a joué, on a démonté… et on s’est séparés. Un peu crevés, un peu grisés, encore un peu plus soudés, si c’était possible et puis un peu tristes aussi. Alors pour se consoler, on a dîné sous l’étoile de La Mirande. Voilà ce que c’est de partager la scène avec des copains. Copain… Il n’est pas un peu petit ce mot ? Un cours de latin me remonte soudain du fin fond de la 6ème B ! Cum Panem, avec qui on partage le pain. En l’occurrence, on a partagé le pain, le vin, les fous rires et puis le sorbet betterave-framboise, la ventrèche de thon braisé et le ris-de-veau brioché. C’était pas dégueu et puis on l’avait bien mérité ! Et je crois bien que c’était d’autant meilleur qu’on était tous ensemble…

J’aurais pu en rester là, repue, prendre mes 15 valises, mon dernier carton de flyers, mon ampli, mon pied de micro, mon Kakemono et me mettre enfin au vert. Ou plutôt au bleu céruléen. Que nenni. C’est avec l’Artiste Pitre – Stéphane pour les intimes – venu me rejoindre en fin de festival, que je remonte à Dieulefit pour la toute première édition de Dieulafête
Dans le garage, Stéphane prépare son exposition. Il découpe, colle, assemble ses figurines géantes qui habilleront les rues de Dieulefit pendant trois jours.  De mon côté, je m’agite avec Florence avec qui j’ai conçu ce festival. On multiplie les allers-retours : où sont les flyers ? A quelle heure la réunion bénévoles ? Qui gère les courses pour la buvette ? Où est passé le régisseur ?
Quand sonne enfin l’heure de l’apéro en terrasse, voilà que directement de Paris, sous le soleil déclinant, débarquent nos cum panem à Stéphane et moi : ceux avec qui, au comptoir du Mange-Disque, je partage les bières, les Spritz, et peut-être bien une ou deux cuites à l’occasion… pour être exact je devrais les appeler mes cum cervisiam (mon vieux Gaffiot ne donne aucune traduction littérale de Spritz, c’est agaçant) ! Je serre Hervé, David et Carole dans mes bras. Le Club des Cinq est au complet ! Mademoiselle ? Tournée générale… une deuxième ! Mais après on va dîner ! 
La cuisine de ma mère n’a pas d’étoile. Elle n’en a pas besoin. Elle a des saveurs et des parfums à nuls autres pareils et sa générosité fait qu’autour de sa table chacun se sent comme chez soi et n’a qu’une envie… y revenir et tout le long de son séjour, le Club des Cinq ne fait pas exception. Convivialité et détente deviennent vite les maitres mots de cette escapade drômoise.
Pendant 5 jours, on partage les souvenirs…  cum memoriae… Depuis l’organisation du festival au farniente au bord de la piscine, des barbecues ratés aux restos médiévaux, sans oublier les bains de minuit trois heures du matin…  
Au moment de se dire au revoir, sous l’olivier, j’ai la gorge serrée. J’attends d’être dans la voiture pour pleurer. Je me rappelle une fois encore ma 6ème B, le mois de juillet cette fois, les cours de latin étaient finis, je ne voulais pas quitter mes  copains de colo, j’entends encore les « on s’écrira, dis ? ». 
Mon téléphone bip. C’est une dernière photo des copains. J’en envoie une autre…. et c’est reparti pour un tour. Mon manège à moi c’est ça, je suis toujours à la fête quand j’ai mes potes avec moi.
Merci les copains !
Le Club des Cinq en vacances

94. Ca déchire grave!

En tout cas, mes petits élèves de  CE2 pourront dire qu’ils auront eu cette année une prof de théâtre qui déchire. Au sens propre. Qu’on ne vienne pas dire après ça que l’enseignement n’est pas un métier dangereux. Toutefois, que chacun se rassure (ou pas?) il ne s’agit pas d’un acte terroriste, aucun troll hyperactif ne m’ayant poignardée avec ses ciseaux à bout rond au nom de Constantin Stanislavski ou de Lee Strasberg et mon pronostic vital n’étant pas engagé. Simplement, j’ai mis – sans même m’en rendre compte – un peu trop d’ardeur à la tâche et le muscle de mon mollet que j’ai pourtant fort à défaut d’être fort beau n’a pas résisté : il s’est tout simplement déchiré, tel la feuille de papier Clairefontaine 80g (toucher satin) subitement coincée dans les rouages mystérieux de l’imprimante, sur laquelle on s’acharne inutilement, qui finit par se rompre tout aussi subitement et se retrouve en lambeaux (toucher confettis). On appréciera la métaphore.
Bref, tout ça pour dire que dans un élan de noblesse superbe j’ai tout de même fini mon cours estropiée (mon côté Sarah Bernhardt sans doute) mais assise, pour plus de commodité. Du reste, à 8 ans, mes élèves ne m’en ont pas trop tenu rancune, encore loin qu’ils sont des mystères des monologues de Phèdre ou celui du Roi Lear. De toute façon, comme le dit si bien Marin : « Le théâtre, ça craint » Exceptionnellement, ce jour-là je n’étais pas loin d’être d’accord avec lui. Toutefois, nous avons profité du reste du cours pour faire un travail passionnant sur la féminité des girafes et des autruches. Et puis la cloche a sonné et j’ai été à deux doigts de sauter à pieds joints pour entonner mais oui, mais oui, l’école est finie!!! Mais un double éclair tant de lucidité que de douleur m’ayant foudroyée au même instant, j’ai préféré me traîner lamentablement depuis le préau jusqu’à la sortie avec un grand sourire et prétendre crispée « Non, non, tout va très bien merci. ». Je suis prof de théâtre après tout! En y repensant, je crois que deux ou trois CP m’ont crue. Et encore. Je me demande si ce n’était pas juste pour me faire plaisir…
J’ai beau chercher comment rendre cet évènement spectaculaire, en faire un objet de narration valable, je ne vois pas. Cet accident est tout bonnement minable. Nul de chez nul. Même pas la petite touche de ridicule qui apporterait la pointe d’humour, d’autodérision, qui relèverait le tout aux yeux du lecteur. Aux Urgences, je me suis sentie simplement gourde avec mon aventure qui n’en n’était pas une… Je ne demandais pas le script d’Indiana Jones! Mais enfin  pas celui de Pause-café  non plus! Dans ces moments là, il faut voir le bon côté : et là c’est la famille et les copains. Parce que heureusement, j’en ai plein, pis des bien! Déjà, il y a ceux à qui il est arrivé plus ou moins pire. Entre Pierre qui s’est luxé la mâchoire en mangeant un nem et Sylvie qui s’est brûlé le mollet au second degré en laissant tomber son fer à repasser, je me sens déjà moins seule. (Toute ressemblance avec des personnages existants seraient purement normale, je n’ai pas changé les prénoms.
Il y a aussi les inquiets qui, pensent que le premier des symptômes de la déchirure musculaire est sans aucun doute possible la malnutrition. Ils oublient que je pèse déjà mon poids sans le plâtre, que celui-ci pèse environ 30 kg au mètre carré, et ont donc collectivement décidé de m’engraisser à coup de sushis, pizzas (aux ananas!!!), confiture, gâteaux au chocolat, croissants, lasagnes, couscous… Mais je ne me plains pas. Il ne faut surtout pas jouer avec la santé! Me manquent simplement les odeurs et les saveurs maternelles pour une guérison optimale…
Il y a ceux qui appellent du bout du monde de Bruxelles, de Hong Kong, de Tel Aviv, de Genève et de Bangkok…
Il y a ceux qui se préoccupent de ma nourriture intellectuelle, inquiets de me savoir sans lecture, ils me livrent à domicile, journaux et bouquins et me font la chronique des spectacles parisiens…
Il y a les coquettes qui se soucient de mon apparence et de mon hygiène capillaire et viennent improviser un salon de coiffure au-dessus de la baignoire, magazines et potins mondains inclus…
Il y a ceux qui passent pour rien, pour un café, pour un sourire, pour un air de guitare et qui repartent comme ils sont venus, comme un rayon de soleil…
Il y a cet inconnu hier, alors que je m’étais glorieusement traînée jusqu’à la boulangerie, que je soufflais comme un chameau, incarnant le glamour et la séduction, qui m’a offert une crêpe. Juste parce que les béquilles c’est pas marrant et qu’une crêpe ça fait toujours plaisir!
Et puis il y a Marin. Dans ma boîte email, il me fait savoir par sa maîtresse qu’il a réfléchi. « Finalement, le théâtre, c’est bien. Quand est-ce que tu reviens? »

Bientôt Marin. Parce qu’un plâtre, j’en ai qu’un.
Parce que des copains, j’en ai plein… Pis des bien.