64. Grève de la fin

Comment ça c’est fini? Déjà? Mince alors! La dernière, vraiment? Mais euh… vous… vous êtes sûrs? Non, non, je ne mets pas votre parole en doute. Disons que j’avais comme la bête impression que c’était hier la Première de STEF! Y en a pas 2 alors vous comprendrez, je suis un peu… un peu surprise. Un peu émue aussi. Ça ferait déjà un an aujourd’hui? Bon, bon. Puisque vous le dites. Alors… euh… J’imagine qu’il faut laisser le rideau se baisser, c’est ça? Et dire à Tapiôka de le ranger, son aspirateur… Je ne sais pas si elle va être d’accord mais je vais voir ce que je peux faire. En tout cas, je veux dire merci (encore!) à tout ceux qui, cachés en coulisses, m’ont épaulée d’une façon ou d’une autre tout au long de ce voyage merveilleux… quoique tumultueux! J’espère qu’ils savent tous combien je les aime. 
La dernière. Merde!
Oui, je sais que la tradition veut qu’on dise « Merde! » avant la Première d’un spectacle, eh bien c’est idiot : c’est à la fin qu’on a envie de se livrer à des exclamations scatologiques! 
Ça fait tout drôle quand même… Ça fait tout vide aussi… Ça pique les yeux… Et ça flanque la trouille! 
Je veux dire : et maintenant? C’est quoi le programme? Ecrire un nouveau spectacle? Encore? Lequel? Des chansons ou des sketchs? Seule ou à plusieurs? Qu’est-ce que Ruquier disait l’autre jour à la télé déjà (un gars qu’on a choisi pour reprendre Les Grosses Têtes doit bien savoir de quoi il parle)? Ah, j’y suis : « Ce qui marche actuellement c’est l’humour… le musical… le sensationnel… et le sexe! C’est bien simple, pour qu’un spectacle marche faut qu’il rentre dans les cases! » Rentrez dans les cases? Bon… Réfléchissons… Des claquettes? Tout le monde aime les claquettes et puis c’est musical. Ou bien un ventriloque? Oh! Et un kangourou? Encore mieux : un kangourou ventriloque qui ferait des claquettes!!!! C’est drôle, musical, c’est sensationnel! Par contre, ça manque de sexe… zut!  Je sais! Pour la musique je tape dans l’oeuvre de Francky Vincent, rien qu’à lire les titres, ça devrait coller… Bon, maintenant faut que je travaille tout ça, c’est que jouer un kangourou ça n’est pas dans la poche. (Pardon) 
Non mais qu’est-ce qui me prend là? Aaaaah, au secours, je suis en train d’écrire Le kangourou est un chaud lapin !!!! Vite, vite écouter Juliette ou François Morel, revoir un DVD de Jacqueline Maillan, relire les chroniques de Desproges mais surtout, surtout ne pas sombrer, non, pas encore :  L’Art est Public! Sous les projos, la rage! Ami, entends tu le lever du rideau sur la scène? Non camarades, la culture n’est pas morte!!!! Ou bien si? Alors que Stéphane Plaza fait ses débuts dramatiques et qu’une bande de nases baptisée par erreur La Bande à Renaud n’a même pas eu la politesse d’attendre la mort du Renard pour massacrer ses chansons, ceux qu’on appelle les intermittents, ces vilains démons que l’on montre du doigt, « fainéants » d’artistes et  « tire-au-flanc » de techniciens, seraient-ils bel et bien devenus inutiles?
Étrange coïncidence. Il y a un peu plus d’un an, j’ai rêvé d’un spectacle. Et comme je sais que les rêves deviennent parfois réalité (j’ai vu tout Walt Disney!), dans le doute, j’ai appelé deux ou trois copains… Ensemble, nous avons écrit, nous avons répété, nous nous sommes trompés parfois, nous avons ri souvent, nous avons choisi des costumes, créé des lumières, une affiche… et un soir la salle s’est éteinte et le bonheur est arrivé, comme chez Disney! Parce que l’humour, le musical, le sensationnel, c’est précisément ce que j’ai fait pendant un an sur la toute petite scène des Blancs Manteaux, demandez au public!
Malgré ce travail titanesque, cinquante représentations plus tard, je n’ai pas gagné un centime d’euro grâce à cette aventure… Je dois toutefois me réjouir : je n’ai rien perdu cette fois-ci!
Sans doute, il serait plus raisonnable (et lucratif!) de songer à prendre une autre route… Comment se fait-il que je ne puisse m’y résoudre?
C’est pour cela que je manifeste. Pas pour la sécurité de mon compte en banque. Je manifeste parce que les intermittents du spectacle ne sont pas une mycose infectieuse dont il faut guérir la société. Les artistes et les techniciens sont  au contraire une voix nécessaire pour exprimer les bonheurs, les malaises, les doutes, les désirs ou les colères. Philippe Caubère m’a impressionnée, avec Alain Françon j’ai aimé Edward Bond et Tchekhov, Jacques Higelin m’a donné la chair de poule, Maria Casarès m’a fait peur, Patrice Chéreau m’a coupé le souffle, je me suis révoltée avec Renaud, j’ai pleuré devant James Thierrée, Jérôme Savary m’a fait rire et chanter… Tous ont en commun de m’avoir donné cette envie. Celle de monter sur scène et de me joindre à ce drôle de c(h)oeur. Malgré les doutes, malgré les anxiétés, malgré les difficultés, je veux, je peux rêver encore!!
Alors c’est décidé, la saison finit peut-être mais pas mon spectacle! Je refuse d’en rester là. 2015 peut bien se profiler au loin, même pas peur! Je m’acharne, je m’entête, je m’obstine, STEF! Y en a pas 2, je continue! L’humour, le musical, le sensationnel, j’ai tout ça en magasin! Et tant pis si ça manque de sexe!

29. Et voilà, c’est fini…

Oui, oui, ok, j’avoue. Je ne me suis pas trop foulée pour le titre de ce message. Je l’ai piqué à Jean-Louis Aubert, qui ne m’en voudra pas trop j’espère, d’autant que, entre nous, il a quand même fait mieux.
Mais c’est simple, concis, efficace alors  pourquoi me torturer le cortex pour trouver un titre spirituel? Là, on comprend d’emblée.
Donc…
Si vous avez un tout petit peu suivi, dimanche dernier, c’était la dernière de mes Chansons à voir aux Théâtre les Blancs Manteaux. Il serait franchement inexact de qualifier ce moment de triste. Et vous savez comme je n’aime pas l’inexactitude! Pourt résumer sobrement, c »était d’enfer! Du monde, des fous rires, un pianiste en pleine forme, une chaleur abominable, une bière infecte, tiède de surcroît, des rappels je ne vous dis que ça, bref tout ce que j’aime!  Pour autant, je me dois d’être honnête et d’avouer, peu fière, qu’une fois rentrée à la maison, j’avais au choix, soit du shampoing, soit du piment dans les yeux. Remarquez, pourquoi voir petit? Les deux peut-être? Je ne suis pas spécialiste. J’ai cependant des doutes quant aux vertus capillaires de la harissa… Quoique?
Passons. J’ai actuellement d’autres préoccupations que mes cheveux surtout que pour une fois, ma teinture Cerise écrasées resplendit dans les reflets du soleil de printemps! D’autant que au final, je n’avais rien dans les yeux… Il s’est avéré que j’avais tout simplement le coeur qui pique un peu…
– C’est grave docteur?
– Ça arrive, Mademoiselle (J’en profite ici pour glisser subrepticement  le terme  Mademoiselle, que l’administration souhaite faire disparaître de nos dictionnaires et que je trouve pour ma part  très joli! )
– Et que dois-je faire? 
– Pas grand’chose hélas. Prenez peut-être un verre de ce délicieux Mâcon? Vous verrez, ça ira déjà un peu mieux…
J’obéis docilement…
Et maintenant me demanderez-vous poliment?
Tout d’abord, je vous prierais de parler moins fort parce que le délicieux Mâcon, c’est bon, mais de bon matin, c’est traître. Ensuite, je vous serais reconnaissante de ne pas être désagréable! Est-ce que je vous en pose moi des questions? Je vous demande si votre cousine Adélaide aime le curling ou si votre oncle Albert est diabétique? Non. Bon. Alors?
Pardon. Je m’emporte. Mettez ça sur le compte du Mâcon. Et puis non! C’est vrai quoi, c’est rageant – c’est ma grand-mère qui utilisait ce mot, rageant, grr! On avait pris du temps pour prendre  nos marques, c’est vrai, mais depuis quelques semaines, je m’y habituais très bien aux salles quasi pleines, impatientes, aux rires, aux applaudissements, aux retours chaleureux, aux critiques élogieuses sur Billetreduc, et même aux quelques journalistes (deux pour être tout à fait exact, mais on ne va pas compter!) curieux d’abord, puis séduits, tout prêts à dégainer leur plume…
Et puis là, tout d’un coup, en route pour  un petit succès à défaut de la gloire, il faudrait s’arrêter. Pour d’obscures histoires d’argent parce que oui, il en faut tout de même un peu (si ce n’est beaucoup!) pour faire le troubadour, surtout si on veut que ça décolle,  peut-être…
Allez, ne soyons pas défaitiste… Voyons ce que nous réserve la suite!
Il paraît que certaines attendent le prince charmant. Pour ma part, j’attends le charmant producteur qui, curieux, s’intéressera à mes chansonnettes et fera, d’un coup de chéquier magique, de ces Chansons à voir, un conte de fête!
Il était une fois chanteuse qui s’appelait Stef!