103. Je suis venue, j’ai vu, il a plu.

Enfin, c’est fini. Dans les cartons décorations, fourchettes à belons, Gaviscon et cotillons. C’est vrai quoi, on a bien mérité d’être un peu tranquilles et de se remettre un peu en forme… avant les soldes! 
Aussi bien, cette année, je peux le dire, elles furent bien jolies les fêtes de fin d’année. Peut-être parce que ce ne furent pas des fêtes traditionnelles? Ben oui Léon, la tradition ça a du bon, mais on ne peut pas nier que d’échapper aux bousculades dans les magasins, aux amabilités sucrées des vendeurs de calendriers, à l’inévitable découvert de fin d’année ou aux huîtres farcies au foie gras et gratinées à la chapelure de marrons, cela soit particulièrement déplaisant. Non. Figurez-vous que cette année, ma petite famille et moi-même, avons gaiement échappé à toutes ces joyeusetés saisonnières. Finauds que nous sommes, nous avons troqué cadeaux, sapin et gloutonneries plus ou moins digestes, contre une escapade à la fois poétique et romaine. Avouez que ça claque! Rome à Noël. Ou l’inverse, suus omnibus idem (1). Trois jours à Rome… Ça vous a une de ces gueule au pied du sapin, surtout quand y a pas de sapin! Tiens, voilà César, Hannibal, Miche Ange, Sofia Loren et Fellini, c’est cadeau! Faut reconnaître que c’est autre chose qu’un bête coquetier électrique ou que le DVD Le monde secret des émojis. Ce qui m’amène en passant à m’interroger sur deux points. Tout d’abord que peut bien contenir un scénario de 1h31 entièrement dédié aux émojis? Je vous arrête tout de suite, il est inutile de prendre le temps de me répondre, il faut parfois savoir rester dans l’ignorance.  En second lieu, je me demande comment il se fait que certains s’obstinent encore au vingt et unième siècle à offrir des DVD? Pourquoi pas une lampe à pétrole tant qu’ils y sont ? Ou bien une lessiveuse? Mais passons. Dans nos sabots UGG/ bottines ou mocassins, point d’orange – on n’est plus dans les années 50, il serait temps qu’on arrête de nous tirer les larmes avec cette triste histoire d’agrumes! – mais un billet d’avion (aller ET retour, c’est Noël, on ne se refuse rien!) et pour aller dans nos assiettes, point de dinde/chapon/pigeon/pintade/perdrix/coq ou de quelconque représentant d’une cour plus ou moins basse, amis vegan ou gastronomes – on est rarement l’un et l’autre – réjouissez-vous! Nos orgies romaines n’ont encouragé aucun génocide hormis si l’on considère que le levain naturel utilisé par les pizzaioli (rien à voir avec une pizza à l’aïoli, non merci sans façon) est une substance vivante, dans ce cas paix à leurs pâtes et amène (ton assiette).  C’est avec une dévotion non feinte que nous avons rendu un hommage vibrant tant à la Margarita qu’aux Rigatoni alla Puttanesca. Certes, le Champagne n’a pas coulé à flots mais on ne peut pas dire que nous ayons manqué de bulles entre les verres de Spritz et ceux de Prosecco et pour ce qui est des flots, entre la Piazza di Trevi et la Piazza Navona, entre autres, on a été servis. Bref tout fut perfetto.  Ou presque. Je ne vais pas vous faire ici la visite guidée, si vous voulez rêver, allez-y vous même! Mais puisqu’on parle de flots…  Il faut que vous sachiez que célébrer Noël à Rome (ou l’inverse suus omnibus idem (2)) c’est tout de même s’exposer à quelques risques. Disons sobrement que ce n’est pas célébrer l’Ascension sous le joli soleil du mois de Mai. C’est d’abord la nuit qui tombe de bonne heure… C’est braver le froid de l’hiver… Affronter le vent…  Lutter vaillamment contre les bourrasques… Se soumettre à la bruine… Courir entre les averses… Prendre une douche en pleine rue… Chercher refuge dans un double expresso… Guetter plein d’optimisme, la fin d’une saucée…  Repartir et se retrouver pris au milieu du déluge… Espérer que ça va s’arranger… Trouver un peu de réconfort dans la mousse d’un Cappuccino… Consulter désespérément la météo à tout bout de Net… Scruter les cieux à la recherche du moindre signe… Noyer tous ses espoirs dans un Ristretto… Se résoudre à affronter les éléments déchaînés… Subir impuissant et incrédule la colère de la grêle… Se résigner…. Rester planté bêtement au pied d’un mur, le dos courbé sous les grêlons… Éclater de rire et courir comme un fou se mettre au chaud, enfin, trempé comme une soupe, grelottant, mais avec le plus beau des cadeaux, un souvenir que vous  n’oublierez jamais de votre vie! Ça, c’est un joyeux Noël !
(1) c’est du pareil au même (pour ceux qui n’ont pas fait option latin ou qui n’auraient pas conservé leur Gaffiot).

(2) Même note qu’au dessus (pour ceux qui n’ont pas de mémoire).

Felix Dies Nativiatis !

71. Tu voeux ou tu voeux pas ?

Dites… Je viens d’ouvrir ma fenêtre pour aérer, et je ne veux pas vous alarmer mais j’ai l’impression étrange que rien n’a changé. Je veux dire, il parait que 2014 c’est fini. Bon. Puisque vous y tenez, pourquoi pas. Mais en toute honnêteté, ne trouvez-vous pas ce procédé de claquer la porte au nez de l’année écoulée un peu cavalier? Donner son congé à quelqu’un on le sait, ce n’est pas une partie de plaisir, ni d’un côté ni de l’autre… à quelques exceptions près! Mais de là à sortir des litres de Nicolas Feuillatte pour arroser l’évènement, n’est-ce pas faire péter le bouchon du mauvais goût et du Champagne bon marché un peu loin? Je pose la question! Ne frôle-t-on pas le sadisme? « Allez, tu finis tes huîtres et ton foie gras et tu dégages! La nouvelle année commence dans 10 minutes et on lui a préparé une fiesta du tonnerre! Par contre, tu peux garder les coquilles de bulots pour te faire des boucles d’oreilles si tu veux… ». Butors! Pauvre 2014… Non et non! En matière d’année nouvelle comme en toute autre chose, sachons nous comporter avec élégance.  Le limogeage n’empêche pas la courtoisie que diable! Employeurs qui souhaitez vous débarrasser lâchement de vos stagiaires surqualifiés, mufles lourdauds qui piétinez le cœur transi d’amoureux(ses) naïfs(ves), directeurs de casting irrévérencieux qui ne faites pas même semblant d’écouter ces artistes dont les rêves vous importunent, politiciens véreux qui virez de bord sans honte, et vous, oui vous, les joyeux fêtards du 31 décembre qui vous apprêtez une fois encore à laisser sur le bord du trottoir, à l’instar du cadavre du beau sapin, roi des forêts déchu, dégarni et agonisant sur la chaussée, une année somme toute pas pire que les autres, un peu de panache! Sachez quitter 2014 avec noblesse! D’autant que, je ne peux parler que pour moi bien sûr, mais contrairement à son horrible cousine 2013, sans être inoubliable, 2014 s’est comportée de façon absolument charmante, pleine de courtoisie, mêlant humour, surprises et amitiés de façon sinon grandiose tout du moins généreuse bien que, il faut tout même le reconnaître, un peu maladroite parfois. Je n’ai pour ma part aucune raison valable de lui en vouloir et encore moins de la congédier comme une malpropre! De plus, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, et dans le doute, je préfère conserver de bonnes relations avec tout le monde, ça peut servir. 
Mais voilà que depuis 24 heures, 2015 (que je connais à peine soit dit en passant) n’en finit plus de faire mille promesses délicieuses… De la joie… Du bonheur… De la richesse… De la gloire… Très sincèrement, je trouve ça un peu louche… Est-ce qu’elle n’en fait pas un peu trop la nouvelle? Par exemple, ce matin, dans ma boîte email, la communauté Weight Watchers me souhaitait, je cite « beaucoup de kilos perdus en 2015″…. Je ne suis pas susceptible, mais tout de même…  D’autant que ce n’est pas très gentil, 2014 s’était donné tellement de mal pour me les faire prendre ces kilos en trop à force de bûche, de dinde, de marrons glacés et autres chocogâteries! 
De même, dans ma boîte aux lettres la délicate attention de la Mairie du XXème m’a émue qui En 2015, adresse ses meilleurs vœux aux Seniors de son quartier…
Je ne voudrais pas avoir l’air rabat-joie, mais en 2014 les élus du XXème me proposaient de créer mon entreprise dans le cadre des CreaJeunes!  J’avais trouvé ça autrement plus flatteur…
Bon… Sans doute ne suis-je pas très objective vis à vis de la nouvelle… Je dois faire preuve de plus d’indulgence à son égard et lui laisser sa chance. Si 2013 n’avait su me faire que des promesses douteuses qu’elle avait hélas tenues, 2014 quant à elle ne rimait à rien et c’est précisément cette absence de promesse qui m’avait bien disposée à son égard. Elle ne m’a pas déçue, bien au contraire. Aujourd’hui, mon dictionnaire m’informe que 2015 non plus ne rime à rien, pourquoi lui en vouloir? C’est un peu la petite sœur de 2014…  Les deux orphelines comme qui dirait… Ce qui me laisse finalement le choix entre une expression salace et un bouquin déprimant. Tout un programme! Ça commence bien 2015! Voyons un peu la suite… 
Et comme disait mon tonton Bananier et Pommes Sautées à tous!