118. Trottiniet

Ça y est, ça m’énerve. Au début je trouvais que l’idée n’était pas mauvaise, pour ne pas dire bonne. Et puis après quelques semaines, je dois bien le reconnaître, je trouve finalement que c’est complètement con. Je ne suis pas encore (trop) vieille mais je me demande si je ne deviens pas un chouïa réac ? Les premiers symptômes sont apparus avec l’écriture inclusive. Oui, oui, je sais. Les termes autrice et peintresse étaient monnaie courante sous ce bon vieux François 1er. Mais si vous voulez mon avis, si le terme philosophesse est tombé dans l’oubli ce n’est sans doute pas un hasard. Ni un mal. Vous en connaissez beaucoup des philosophesses du XVIème siècle ? Normal, y en n’a pas. Déjà qu’à l’époque, être une femme ça devait être coton – voire toile de jute ! – je comprends qu’aucune n’ait eu envie de se lancer dans une profession dont la simple dénomination l’exposait aux jeux de mots les plus vaseux de ses contemporains.  Si ça se trouve, c’est même parce que le masculin l’emporte sur le féminin en grammaire (je préfère préciser, on ne sait jamais) que les femmes philosophes ont enfin osé prendre la parole. Conséquemment et par suite de quoi, avec ceux qui prétendent que Ces côtelettes et ce gratin sont délicieuses,  je refuse tout à la fois et de discuter et de dîner ! Qu’ils.elles s’étouffent avec leur Dauphinois et leur(e?) rédaction épicène, moi je reste avec mon écriture exclusive de réac.e.  Car les symptômes se sont confirmés.  Par exemple, lorsque j’ai appris qu’à l’instar du bonobo et de l’ours polaire, le Choco BN était en voie de disparition. Mon sang n’a fait qu’un tour. Alors quoi ? Finis le quatre heures à la bonne heure  ?

Et que fait le gouvernement pour sauver la Biscuiterie Nantaise ? Rien ! J’ai bien l’impression que depuis que Julien Lepers a quitté Question pour un Champion, le monde marche sur la tête. Enfin, quand je dis marche… il trottine et c’est IN-SUP-POR-TA-BLE!!!

Je HAIS les trottinettes. Bon, jusqu’à six ans, je les tolère. Mais au-delà, l’usage devrait être passible de poursuites ou comme à New-York, carrément prohibé (encore une bonne raison de préférer les Démocrates !). Grâce à Slate , j’ai découvert que cet appareil démoniaque était né en 1915 aux États-Unis. L’Autoped roulait à l’essence et était destiné aux femmes mais ça n’a pas été un franc succès (avec un nom pareil, ils auraient pu anticiper) et fort heureusement sa production s’est arrêtée après 5 ans… pour réapparaître un peu plus de cent ans plus tard, en version électrique, chez les yuppies de la Silicon Valley qui se sont senti obligés de contaminer le reste du monde. 

Mais ces adultes régressifs qui filent sur leurs bolides ont-ils tout d’abord et tout bonnement perdu le sens de la dignité ? Ils affichent un air supérieur quand ils croisent un piéton et carrément méprisant quand c’est un usager d’Airwheel ou de Hooverboard. Mais ils se sont vus slalomer entre les autos en costard cravate ou en talon de douze l’oreillette Bluetooth vissée au tympan ? Pour le sex-appeal, pardon, mais on est loin de Brando sur sa Triumph ou de Paulette sur sa bicyclette. Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec Michel Onfray, philosopheur du XXIème:

« Quand je vois ces grands adultes sur des trottinettes avec des shorts, des chaussures de sport, avec des écouteurs, qui ont des tatouages partout […], je me dis qu’effectivement, il y a une infantilisation qui me déplaît». (Europe 1, Août 2016) 

Quand je vous disais que je vire réac, c’était vrai. En revanche, quand je vous disais entre les autos, c’était des conneries. Combien de Fangio low-cost voit-on filer sur les trottoirs à 30km/h manquant d’écraser au passage une cycliste qui attachait tranquillou son vélo sur un espace de stationnement ou une mamie bigoudi justement de sortie avec son bichon monégasque ? Quand ce n’est pas le bichon ou la mamie qui manquent de s’empaler sur la potence d’une Lime abandonnée alors qu’ils sortaient de la Boucherie Sanzot. Combien de Duchesnay des caniveaux, jolis couples tendrement enlacés sur leur patinette, glissent le long des voies cyclables le coeur léger, les cheveux au vent et l’équilibre incertain, grillent le feu rouge et se viandent en plein milieu d’un carrefour juste comme le feu passait au vert ? Combien de ces pilotes 2.0 abandonnent-ils lâchement leurs trottinettes n’importe où ? C’est à croire qu’ils laissent tomber subitement leur véhicule au beau milieu du macadam et s’enfuient en courant. Est-ce qu’un brusque sentiment de honte les envahit tout soudain  ? Est-ce la peur d’être surpris par quelqu’un de leur entourage en flagrant délit de free-floating ? Ils ont beau répéter que c’est écolo, pas cher (c’est vrai), que c’est le véhicule du futur (c’est faux), je suis sûre que c’est pour se rassurer. Quand j’étais petite, j’imaginais que dans le futur, on conduirait des voitures volantes,  qu’elles iraient dans l’espace, qu’elles seraient reliés à un ordinateur hypra-super-intelligent et que même Batman pourrait bien aller se rhabiller avec sa Batmobile. Batman tu peux laisser ta Batcape au placard, le futur c’est pas pour demain. Aujourd’hui, Robin préfère sillonner Paname en trottinette. A quand le trotteur hors-bord électrique ! Moi, j’ai la nostalgie de la R16 de mon père avec ses sièges en sky et ses manivelles manuelles pour ouvrir les vitres et je me dis que c’était mieux avant…