92. Tombe la neige…

Ce matin, je me suis levée. Jusque là rien que de très ordinaire. D’ailleurs vous me direz sans doute que c’est assez fréquent, mais si c’est juste pour m’énerver que vous me faites des réflexions idiotes alors j’aime autant vous dire que c’est pas la peine, parce que je me suis levée oui, mais ça veut pas dire que c’était du bon pied! Du reste, attendez un peu, vous allez voir. Parce que pendant que je dormais, il s’est passé un truc. Subrepticement, sournoisement même, un voile de neige est tombé. Oh pas sur la ville non. D’ailleurs, ces derniers temps, sur les toits de Paris c’est plutôt un voile de pollution gris et moche qui s’est insidieusement déposé. Infiniment moins poétique si vous voulez mon avis et le pire c’est qu’on s’y habitue… Beurk! Pour en revenir à mon histoire de voile neigeux, c’est pas le genre joli voilage du quatrième étage du BHV dont je vous parle,  ni le genre poudreuse matinale de Val d’Isère, ni même le genre qui sucre le café de Frédéric Beigbeder… Non, non, c’est pas ce genre là du tout. Il s’agit plutôt d’une sorte de neige éternelle… Voilà, c’est ça. De la neige 100% naturelle, qui reviendrait par cycles et qui me blanchirait le haut du crâne disons toutes les 3 ou 4  semaines…. Très honnêtement, ça a l’air plus poétique que les pics de pollution mais en fait, non. Surtout quand la neige commence à tomber autour de 20 ans d’altitude…
Au début le côté Janis Joplin avec les fils d’argent épars qui brillaient dans ma belle crinière brune ébouriffée, franchement je me suis dit que ça me donnait un style… Limite je frimais presque devant les copines qu’en n’avaient pas, elles, des petits fils blancs éparpillés dans leurs cheveux fadasses… Et puis assez vite il a fallu me rendre à l’évidence : les fils se sont multipliés et je me suis retrouvée au rayon électrique de Leroy Merlin où j’ai troqué mes quelques fils d’argent pour une révision complète du plan de câblage… 
On n’est pas sérieux quand on a 20 ans et puis, on est un peu radin aussi : on ne veut pas dépenser 250 balles chez un coiffeur qui ne fait jamais ce qu’on lui demande et qui veut toujours vous refourguer un soin alors que nous tout ce qu’on veut c’est lire bien sagement les dernières nouvelles des têtes couronnées la tête couronnée itou par le casque turbo soufflant infra rouges! En plus, on a des ambitions écolos: on l’a bien lu dans Cosmopolitarte que si on utilise une coloration Marronnier Moldave ou Ecureuil Bolivien, on sera un peu responsable de l’extinction de l’escargot à poil mou vu que les teintures chimique c’est pas bon pour la planète!  Résultat, nous voilà dans la cuisine de Maman (Ouiiii! le gel Monsieur Propre est à portée de main, oui, oui, on fera attention, ça vaaaaa!!) on mixe joyeusement 358 grammes de henné, 107g de marc de café, 2 jaunes d’œufs et une cuiller à soupe d’après shampoing… On passe à la salle de bain, on balance le disque de  Hair, histoire d’être dans l’ambiance et à quatre patte, en maillot dans la baignoire, c’est parti, mèche après mèche, on fout de la pâte partout et on en profite pour refaire le carrelage de Maman au passage… Une fois que c’est fini, on efface le surplus qui déborde sur le front et la nuque avec… le Monsieur Propre vu qu’on a que ça sous la main et on attend sans bouger pendant trois à quatre heures parce que se balader avec du compost sur la tête c’est écolo peut-être mais pas évident. Prévoir un bon long livre. Genre Guerre et Paix  ou  A la recherche du temps perdu .
Quelques années plus tard, tu réalises que quand il neige sur ta tête, les escargots à poil mou, finalement, tu t’en fous pas mal. Et que quand tu as le temps, c’est drôlement agréable d’aller te faire dorloter  chez le coiffeur… Surtout quand  le coiffeur c’est ton copain Didier… 
Sauf que ce matin moi je me suis levée à Toulouse. Et qu’il neige donc. Sur ma tête. Et mon copain Didier qlui il est sous la pollution, à Paris. Alors je fais quoi? Une infidélité? A moins que… Jouer au petit chimiste? Oui parce que le henné y a longtemps que j’ai abandonné… Dans un souci de dignité surtout…
Donc le petit chimiste? Je visualise la scène… Pinceau en main… Mélanger les liquides… Enfiler les gants plastiques… Et peindre… Racine après racine…  Longueurs dressées sur le haut du crâne… Au top de ma séduction en somme. La plupart du temps devant ça ira à peu près… Evidemment, à un moment ou à un autre, le téléphone sonnera. Répondre. Maculer l’appareil de coloration. Maudire le démarcheur SFR. Tenter lamentablement de camoufler les mèches invisibles situées à l’arrière de mon crâne. Ne rien voir, s’énerver, bâcler. Attendre, en lisant un bouquin… Se laisser prendre par l’intrigue. Oublier que la boîte annonce de laisser poser 20 minutes et rester 30 minutes sous la combinaison bienfaisante (sans ammoniaque!) de résorcinol, d’ammonium lauryl de sulfate et d’éther de glycol. Réaliser que je ne peux pas enlever mon T shirt sans foutre plein de teinture dessus. Me demander pourquoi je n’ai pas pensé à mettre une vieillerie? Me contorsionner. Bousiller ledit Tshirt en passant la tête pleine de teinture par le col. Rincer.  Pas assez (on ne rince jamais assez). Devoir laver la serviette définitivement tâchée de teinture. Sécher enfin mes cheveux colorés. Trouver que j’ai provisoirement repris allure humaine. Regretter que la couleur ne soit différente. Attendre la prochaine chute de neige… Se demander si tout ça vaut la peine.

Mouais… Avant de me lancer, j’aurais deux questions à vous poser.

Est-ce qu’UNE infidélité à Didier ça compte pour de vrai? Je veux dire, a-t-il vraiment besoin de le savoir? Franchement, ce qui se passe à Toulouse ça reste à Toulouse, non? Et puis honnêtement, si je ne coupe pas, c’est pas comme si je le trompais vraiment?

Ma deuxième question est la suivante : puisque Patty Smith est venu récupérer le Prix Nobel de Bob Dylan est-ce qu’on ne pourrait pas dès lors considérer que son look (jusqu’ici considéré comme moche, disons-le), avec ses cheveux blancs qui ne ressemblent à rien est tout subitement devenu cool voire branché ? Est-ce qu’on ne pourrait pas même carrément dire que c’est devenu tendance? Je pose la question sans aucune arrière pensée… Mais alors aucune!

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Didier Collado, Coiffeur Visagiste
150 Avenue de Paris 94300 Paris
01 43 28 37 59
 polyéthylène glycol

87. Crache misère

Maintenant ça suffit ! Oui, je sais, il y avait longtemps depuis mon dernier coup de gueule, mais que chacun se rassure, je vais me rattraper! Alors, c’est parti, accrochez-vous aux branches, ça va pas être triste, parce que j’en ai vraiment ras le Nespresso.
Je m’en vais d’abord vous narrer l’origine de mon juste courroux (coucou) par le menu (menu).
A défaut de l’autobus S, qui n’est plus en service depuis une paye, je prenais l’autre jour le métro. Ce sont des choses qui arrivent quand on est parisienne. Ou toulousaine, ou marseillaise soit dit en passant. En l’occurrence j’avais choisi le bleu de la ligne 2 direction Nation pour les ceusses que mes trajets souterrains passionneraient, même que je changeais à La Chapelle, histoire d’ajouter encore au folklore. Jusque là, vous avouerez que niveau scénario, on est loin de Piège de cristal.
Je longeais donc paisiblement les couloirs souterrains découvrant au hasard des affiches que Maître Gims assurait la bande originale de CAMPING 3, alliant ainsi le supplice musical au calvaire cinématographique ou encore que Michel Drucker serait dès la rentrée prochaine Seul… avec vous sur la scène des Bouffes Parisiens, me faisant au passage cette réflexion qu’à son âge, j’apprécierais plus volontiers qu’il restasse seul certes, mais chez lui.
J’en étais là de mes considérations quant à la richesse de notre beau paysage culturel et je m’apprêtais à grimper prestement et en souplesse – je me suis remise au sport – l’escalier qui mène au quai aérien quand (attention, préparez-vous, ça va secouer) un homme (un porc?) me bouscule brutalement. On bouscule rarement avec délicatesse, je sais, mais bon, j’essaie de créer un climat alors mettez y un peu du vôtre. Je reprends. Par les temps qui courent, je ne m’attendais pas à ce que l’individu (le pourceau?) demande pardon, ne rêvons pas. Mais je dois avouer que, même si les temps courent très vite, je ne m’attendais pas non plus à ce que ce bougre de cochonnou me crache dessus!!!! Oui, vous avez bien lu, cet individu immonde m’a CRACHE dessus! Oh attention, hein? Pas exprès. Non, non. Comme ça négligemment, en passant. Pour la beauté du geste sans doute. Son jet de salive blanchâtre a fendu l’air, dans un arc de cercle quasi parfait, et est  malencontreusement venu s’écraser sur le bas de mon jean propre. En effet, de nos jours, à l’instar des sportifs, certains messieurs (??) trouvent qu’il est « tendance » de cracher à tout vent. Eh bien vous saurez désormais que lorsque vous sortez d’une bouche de métro par temps – très – mauvais et que précisément, le vent est d’autant plus mauvais  qu’il est contre vous, lorsqu’on vous crache dessus, cela vient tout naturellement se coller sur le bas de votre pantalon et dégouline ensuite lentement sur vos chaussures. Quant à d’éventuelles excuses, encore une fois ne rêvons pas, il n’était pas question. Sa Majesté des Glaires a poursuivi son chemin, allégée des 5ml de l’écume baveuse qui encombrait vraisemblablement sa bouche et venue mollement s’échouer sur le rivage de mon ourlet. Ecrit comme ça, ça a l’air poétique, mais en fait c’était juste dégueu!
Dans un élan de  solidarité superbe,  je me dis qu’une telle mésaventure pourrait vous arriver un jour, et ce, même si vous habitez Roubaix ou Saint-Just-en-Chaussée et que vous ne prenez pas le métro. Je souhaite donc partager avec vous cette toute nouvelle (fraîche?) expérience afin que vous ne vous laissiez pas surprendre.
D’abord, il est probable que vous ne pourrez momentanément plus bouger, immobilisé que vous serez par un incommensurable dégoût. A peine si vous oserez jeter un œil à l’infâme spumation. Vous hésiterez sans doute un instant devant l’opportunité d’ôter prestement (grâce à votre récent entraînement sportif) et dans un espace public votre pantalon souillé.  Puis, dans un éclair de décence plus ou moins bienvenu, vous vous raviserez. Une pulsion haineuse s’emparera alors subitement de vous. Sur le quai, vous chercherez le responsable de votre déchéance visqueuse car l’envie de lui crier toutes sortes d’insultes colorées et de lui rendre la politesse en lui vomissant l’intégralité de votre Chirashi saumon de midi sur les chaussettes vous effleurera sans doute. Lorsque finalement vous identifierez l’Empereur du Mollard de l’autre côté du quai, si vous êtes femme et que vous ne pratiquez aucun sport de combat, vous renoncerez sans doute et vous contenterez de jurer piteusement « le connard! » en boucle jusqu’à l’arrivée de la rame. Si vous êtes homme et prompt à la castagne, le scénario change légèrement et vous jurerez : « Ça va chier! » avant d’aller faire bouffer ses glandes salivaires au lama du quai d’en face (avec ma bénédiction cela va de soi). Au final, que vous soyez homme valeureux ou femme poltronne (ou l’inverse!), vous poursuivrez votre route, tout en croyant percevoir la moiteur du glaviot transpercer l’étoffe de votre jean et courir doucement le long de votre mollet. En chemin, vous réaliserez que si Léo Ferré s’était pris un crachat gluant en pleine poire, il aurait peut-être trouvé ce « pèlerin gélatineux et froid » un peu moins poétique et renoncé à en faire une chanson…
Une fois chez vous, vous enlèverez dare-dare chaussures, chaussettes, jean et dans un comportement complètement irrationnel, tout le reste par la même occasion, vous hésiterez quelques secondes devant la poubelle avant de faire tourner illico une machine avec double dose de lessive. Enfin vous vous précipiterez sous la douche où vous resterez pendant une bonne demi-heure en envisageant de troquer exceptionnellement le gel douche contre le Monsieur Propre ou le White Spirit.
Hélas,  il me faut vous prévenir que malgré la douche et les vêtements propres, malgré le thé bien chaud pour retrouver votre calme, sans que rien ne puisse l’expliquer, l’étrange sentiment d’avoir été sali ne vous quittera pas. Un bref instant vous pourriez même devenir philosophe et vous interroger : « Ne faut-il pas voir dans cet événement un symbole de mon insignifiance? De ma médiocrité? Méritai-je ce crachat? »
A ce stade, il ne vous restera plus qu’à faire confiance au temps. Et à la médecine. Des fois que auriez chopé la tuberculose!
Voilà, je souhaite sincèrement que cette petite fiche préventive ne vous sera jamais d’une quelconque utilité, mais sait-on jamais.
Une prochaine fois, grâce à mon amie V. nous verrons comment il convien(drai)t de réagir quand un tocard/relou/gros nase (rayez les mentions inutiles) vous persécute à une heure tardive dans le métro en vous comparant à un crustacé brésilien. C’est promis. Juré craché!