78. Famille… Je vous aime

Voilà, je sais.
C’est un peu comme un Mojito. 
Un savant mélange entre la chaleur du rhum, la douceur du sucre de canne, la fraîcheur de la menthe, le piquant des bulles d’eau gazeuse mais qui n’a aucun intérêt si l’on n’y ajoute pas le petit trait acide du citron vert… Pour bien l’apprécier, il faut être bien détendu, loin de ses petits tracas quotidiens.  Au soleil de préférence. S’il y a une piscine ou une plage alentour alors c’est encore mieux. Vous ne trouverez rien de plus rafraîchissant que ce cocktail délicieusement givré! Ceci étant, il ne perdra rien de sa saveur si vous vous trouvez sous la tempête en Normandie. Vous ne trouverez alors rien de de mieux pour vous réchauffer que ce cocktail subtilement dosé! A Paris, les occasions de goûter ce cocktail sont plutôt rares. Du reste, au quotidien, le goût ne serait pas le même. Trop de sucre… Pas assez de rhum… Et puis je crois que, à en boire trop souvent, à force, on se lasserait. Car  la recette mise à part, le plaisir vient aussi de ce léger parfum de surprise que portent avec elles les fêtes de famille. Du moins les fêtes de ma famille. 
Ma famille ce n’est ni Un air de famille  ni Festen. Ma famille est joyeuse et fait du bruit. Ma famille vient du Nord et du Sud. Aujourd’hui, ma famille est même devenue internationale. Dans ma famille on s’appelle sur Viber et sur Skype, on se Twitte et on se laisse des messages sur Facebook. Ma famille est de toutes les couleurs et de toutes les religions. Dans ma famille, il y a des profs, des metteurs en scène, des médecins, des journalistes, des avocats et même des flics. Dans ma famille, on a plutôt de la chance car il n’y a pas d’homme politique. Mais il y a des syndiqués, des retraités, des expatriés, des fonctionnaires, des lycéens, des chômeurs, des intermittents, des indépendants, des étudiants bref tout un tas de militants! Dans ma famille, il y a des enfants qui courent partout et tout plein d’oncles, de tantes et de cousins et des cousines de toutes les tailles : petits, normaux ou grands (je peux avoir un prénom s’il vous plaît?). Mais dans ma famille, il n’y a plus qu’une seule Mamita qui ne fait plus le Couscous ni la Dafina depuis longtemps, et quand on a envie de la Tarte au sucre ou du Cramique de Mamoune, maintenant, on les fait nous-mêmes. Après, on s’envoie des photos tout fiers du résultat, même si on est bien obligé de reconnaître que la tarte n’est pas exactement pareille que quand elle la faisait. Dans ma famille, il y a aussi les amis. C’est normal parce que dans le mot famille, au milieu, caché, il y a le mot ami. Mais attention! Pas n’importe lesquels, d’amis! Ceux qui sont sur les photos de classe et les photos de vacances. Ceux qui nous ont vu avant le café du matin et après le dernier petit verre du soir. Ceux avec qui on a partagé le Couscous, la Tarte au Sucre et aussi une petite cuite de temps en temps. Parce que  dans ma famille, que l’on soit 3, 7 ou 50 à table, on mange, on boit et puis quand on a fini, on se ressert une seconde fois! Quand on arrive par le Sud de ma famille, c’est la première question qu’on pose : « Tu as mangé? ». Inutile de répondre, l’assiette est déjà sur la table.  D’ailleurs, rares sont ceux qui ne cuisinent pas.
Mais dans ma famille, personne ne cuisine comme ma mère.
Ma mère vient du Sud et comme elle sa cuisine est colorée, piquante et généreuse. Mais surtout, la cuisine de ma mère est fameuse!
Dimanche dernier c’était la Fête des pères. C’était surtout la fête de mon père, car nous célébrions ses 70 ans. Pour lui, pour nous les 50 convives du Nord et du Sud joyeusement réunis pour cette occasion, ma mère a passé 3 semaines dans sa cuisine à mitonner un feu d’artifices de saveurs et de mets afin de nous régaler. Et nous n’avons pas manqué de faire honneur à son buffet gargantuesque (je mange les restes depuis une semaine!) tellement appétissant que même le soleil en a voulu sa part, bientôt délogé par les premières étoiles, venues accompagnées des musiciens brésiliens.
Repus, heureux d’être ensemble, nous avons évoqué tour à tour les souvenirs d’enfance, pris des nouvelles de ceux qui ne pouvaient pas être là et pensé à ceux qui ne pouvaient plus être là. Nous avons ri. Et pleuré un peu quand, bien sûr, j’ai chanté Petite. Nous avons dansé le Forro sur le bord de la piscine éclairée en buvant du Champagne. Nous avons fait la chenille. Dans ma famille on est un peu beaufs. Nous avons plongé tout habillés dans la piscine. Dans ma famille on est un peu couillons. Nous avons bu encore un petit coup en ressortant le fromage. Et puis après qu’Aretha nous aient demandé un peu plus de  Respect, on est allé se coucher.
Le lendemain à midi, après le petit-déjeuner on s’est remis à table et on a recommencé à piquer de la fourchette. Parce que dans ma famille, on n’est pas des mauviettes!
Ma famille n’a rien d’exceptionnel… Mais c’est la mienne. 
Ma famille est belle. Du Nord au Sud.
Je vous aime. 
Dieulefit, 20 Juin 2015

66. Travail de fourmi

Il y en a des qui disent que Intermittent c’est synonyme de Fainéant. Souvent ce sont des qui regardent TF1, écoutent RTL et/ou lisent L’Express mais tout de même ce n’est pas une excuse! En vérité, je vous le dis Intermittent est synonyme de Polyvalent, foi de lectrice assidue de Courrier International. D’ailleurs, si vous voulez bien avoir la gentillesse poursuivre votre lecture, vous le découvrirez par vous-même. 
De Septembre à Juin, dans la mesure du possible, j’exerce la profession doublement exaltante de comédienne et de chanteuse et, veinarde, je suis assujettie au joyeux régime de l’intermittence du spectacle. Pour ceux du fond qui jouaient à la bataille navale pendant la grève je le répète: Intermittent ce n’est pas un métier.  
Quand vient l’été, je dois cependant cesser de jouer les cigales et devenir fourmi, histoire de ne pas me retrouver trop dépourvue quand la bise et les impôts seront revenus!
Dans mon dernier post so swag, je vous narrais donc (non sans une certaine pétulance) ma déviation professionnelle de juillet: éducatrice britannicodramatique d’adolescents nantis élevés aux Miel Pops 100% Bio garantis sans OGM, sans gluten, sans sucre, sans miel voire sans céréales. Certains – qui peuvent bien regarder ce qu’ils veulent à la tévé, je m’en tamponne le balluchon – se sont alors dit : « Ah! Enseigner le théâtre… Transmettre le goût des arts… Comme c’est beau! Bravo STEF! Qui veut la dernière chipo? » C’est beau, c’est noble, c’est tout ce qu’on veut mais c’est avant tout le moyen de ragaillardir ma tirelire avant l’hiver. Et non merci je préfère les merguez. 
En août par contre, je ne joue plus à la maîtresse de théâtre. Non, je change encore de costume. « Ah bon? Encore une nouvelle activité? Mais tu n’arrêtes jamais… Y a rien à grignoter pour l’apéro? » Non, je n’arrête jamais car vraiment, je n’ai aucune envie d’aller crier famine chez Mme Rivet ma voisine fort peu sympathique au demeurant. Sinon, il doit y avoir des olives au frigo.
Ce mois-ci, je n’ai donc pas fait l’acquisition d’un maillot de bain panthère comme me le recommandait si vivement Femme Actuelle. J’ai préféré enfiler ma panoplie Barbie Marchande de Breloques Made in China, moins blonde et moins sexy que Barbie Chirurgie Esthétique, certes. Le rôle est moins noble, moins gratifiant et surtout moins amusant que prof de théâtre mais tout aussi lucratif. De plus, je peux profiter tout à la fois du soleil de la Drôme (oui, dans la Drôme cette année on a du soleil), de mes parents et du pittoresque local qui vaut son pesant de nougat aux pistaches. Pour apprécier pleinement ce pittoresque, je vous invite d’ailleurs à boire un café au comptoir du France chez Rosette. N’ayez crainte, c’est moi qui régale et non pas Rosette dont le café s’avèrera dégueulasse.
Aaaah les joies du commerce estival, c’est quelque chose savez-vous? De bon matin, dans les rues encore vides, je guette d’abord les cieux. Je sors ensuite tréteaux, tables et expose avec soin mes babioles importées. Les indigènes me connaissent, ils me saluent, et parfois ils vont jusqu’à me sourire. Alors, ensemble, nous faisons des paris météorologiques, parce que en 40 ans on n’a jamais vu un été pareil à Dieulefit….Pffiuuuu, nom de nom!
Viennent ensuite les premiers clients. Ils arrivent de Hollande, d’Angleterre, de Belgique, du camping parfois même de Vesoul et s’enquièrent auprès de moi de la météo du jour car cachée derrière mon stand, il va de soi que telle le Picodon, je suis moi-même du cru et de fait, initiée aux mystères du temps. Je m’abstiens de les détromper et prête à tout pour les satisfaire, je me suis enquis au préalable des prévisions de Météo France. J’en profite alors pour leur glisser un bracelet, un tire-bouchon, une pince à cheveux et de temps en temps, les trois en même temps! Ça leur fait tellement plaisir de faire travailler l’économie locale et de repartir avec un souvenir authentique. Vient ensuite l’heure sinistrement longue du déjeuner. A 13 heures, les rues se vident et chacun répond à l’appel des sardines du Super U ou à celui du saucisson bio local, cependant je reste fidèle à mon poste, il ne faudrait pas que je manque une vente de bracelet brésilien! A 15 heures, j’ai eu le temps de me préparer psychologiquement, je suis prête. Les touristes sont de retour, repus, la digestion a endormi leurs sens. Fourbe, j’en profite alors pour leur refourguer une ou deux bricoles de plus. Les transactions envisagées le matin se concrétisent, toutefois ils tentent une ultime négociation. En vain. Les lève-tard les ont rejoints, ainsi que quelques énergumènes ressemblant étrangement aux adolescents que j’ai fréquentés en juillet. De mon côté du comptoir j’emballe, j’encaisse, je conseille, je déconseille, je commente, je plaisante, j’échange parfois mais jamais ne rembourse! JAMAIS! C’est la règle. J’allège un peu plus la bourse de chacun, mais bien moins que l’an passé parce que dame, entre la crise et le mauvais temps, on n’est pas aidés cette année nous autres les commerçants…
Alors que la fin du mois et l’orage se profilent à l’horizon, ma maîtrise du rôle frôle perfection. Je commence pourtant à lorgner sérieusement du côté des coulisses… Mes neurones sont impatientes de redevenir cigale. Après seulement trois mois de labeur, mon côté fourmi commence à me les briser menus avec ses questions à la con!

– Que faisiez vous au temps chaud? 
– Qu’est-ce que vous croyez? Que Pôle Emploi m’a payé un séjour aux Seychelles? Je bossais!
– Vous bossiez???
– De nos jours, faut bien! Artiste c’est pas facile et puis l’intermittence c’est mal barré je crois…
– Faut pas désespérez ma bonne dame…Vous bossiez? J’en suis fort aise! Alors… Chantez maintenant!

 Je vais me gêner tiens!

62. Dans mon stylo…

J’ai mal au ventre.
Je sais, je sais, j’aurais pu trouver plus onirique comme entrée en matière que de bêtes maux d’estomac, mais que voulez-vous? Aujourd’hui l’inspiration me faisait défaut, alors comme souvent dans ces cas-là, j’ai ouvert mon dictionnaire de citations et je suis tombée sur celle-ci:
« Ecrire, c’est cuisiner avec des lettres. »
Dany Laferrière
Bon. C’est fastoche alors!  Il suffit de procéder comme en cuisine : on fait avec ce qu’on a. Notez qu’avec cette technique, on obtient parfois des résultats tout à fait surprenants dans sa cuisine. Quelquefois, je vous assure, j’obtiens même des résultats comestibles! A la limite du savoureux! Certes, ce n’est pas toujours le cas. Le plus souvent, le dimanche soir, affamée, je décide d’affronter le néant de mon frigo obstinément vide. Pleine d’une audace gourmande, je me lance alors  dans une improvisation culinaire à l’issue incertaine, mollement inspirée par le hareng fumé et solitaire sous-vide qui hante depuis 3 mois l’étagère de mon réfrigérateur, par ce vieil oignon triste que viennent consoler ces quelques petits pois oubliés au fond de leur boîte sous-vide, par ce yaourt tout à la fois nature actif et bifidé, et pour finir, par ces 2 cuillers à soupe de moutarde qui viendront relever le tout. J’ajoute enfin par acquis de conscience (et pour pas gâcher) les quelques grammes de parmesan qui seront périmés dans 3 jours, comme en atteste fermement le fumet qui s’échappe subitement du paquet. J’obtiens alors, sceptique, une mélasse infâme et nauséabonde que Rantanplan lui-même refuserait et qu’il me semble plus prudent de balancer illico de préférence à la poubelle car cette mixture étrange (et vivante?) risquerait de boucher les canalisations de l’immeuble.  Certes, pour finir je suis toujours affamée, malgré tout j’ai la satisfaction d’avoir enfin évacué les restes qui encombraient les tablettes de mon frigo depuis des semaines. Je me réjouis par ailleurs de m’être épargné une intoxication alimentaire et des douleurs abdominales probables.
Tout ça pour dire, que si la cuisine et l’écriture sont similaires, je m’interroge tout de même un brin de ciboulette. En matière de littérature, faire avec ce qu’on a dans son stylo, est-ce vraiment la recette idéale? En tout cas, il me semble que ça n’ouvre pas nécessairement la porte à la poésie et au lyrisme. D’autant moins si ce qu’on a à portée de plume se résume à des maux de ventre minables, sans aucune dimension dramatique pour étoffer la narration comme le feraient par exemple un ulcère carabiné, une péritonite ou au moins, une gastrite aigüe. Mais là, très franchement, je ne vois pas qui pourrait s’intéresser à mes brûlures d’estomac? Brûlures relativement tiédasses du reste. Peut-être un étudiant en gastroentérologie qui se serait perdu au hasard du web? Et encore… Au moins, si les causes de ces crampes avaient un quelconque intérêt narratif? Je ne sais pas moi… Par exemle : si possédée par le Malin, mes entrailles avaient peu à peu été dévorées par un démon effroyable? Ou si malgré tous mes efforts, mon estomac avait déclaré forfait devant la quinzième douzaine d’escargot alors que je tentais bravement de remporter le célèbre titre du Plus Gros Mangeur d’Escargot  de Ormoy dans l’Yonne? Ou si mes tripes s’étaient soudainement nouées devant l’horreur d’une araignée énorme, immonde et velue (ou mieux, radioactive!) montée sournoisement à l’assaut de mon tibia sous la chaleur moelleuse et rassurante de ma couette duvetteuse? J’aurais sans nul doute trouvé les mots et les phrases qui à leur tour auraient su captiver votre attention de lecteur passionné et attentif (ou l’inverse) et vous auraient donné l’envie de  revenir!
Mais quand sous prétexte de fêter Pâques dans la tradition (juive et chrétienne, tant qu’à faire!) on s’est bêtement empiffrée, voire on s’est carrément goinfrée, de pain azyme et de chocolat, comment voulez-vous faire de vos maux d’estomac le sujet d’une fable ou d’un épigramme valables?  D’une complainte à la rigueur… Par  contre, l’occasion de boire une bonne tisane bien chaude : sans doute! 

56. Attention(s)…

Bonjour les amis! 
Vous avez l’air en pleine forme! Quelle mine vous avez! Si, si, je vous trouve resplendissant! Vous avez maigri, non? Comment ça je souris bizarrement? C’est que je suis teeeeeeeeeeeeeeeellement contente de vous voir!!! Enfin de vous voir, façon de parler bien sûr. Je vous en prie, installez vous confortablement. Non, non pas sur le canapé… Pour lire, vous serez mieux sur le lit. Il ne fait pas très chaud dites-moi. Rentrez donc sous la couette. Vous voulez un pyjama? Non? Alors attendez, je vais vous border, j’ai peur que vous ne preniez froid. Là, vous êtes bien? Je peux aller vous chercher un autre coussin si vous voulez… ou un plaid? Je… Je vous fais un câlin? Un bisou peut-être? Détendez-vous, détendez-vous… Je sais: je vais vous chercher à boire. Thé? Café? Je vous mets combien 5? 6 sucres? Vous préférez peut-être un demi pot de miel dans votre thé, ça colle un peu, mais on n’est jamais trop poisseux! Mais non, vous ne me dérangez pas, ça me fait plaisir au contraire! Vous pouvez fumer vous savez… Chanvre indien? Opium? Qu’est-ce que je vous offre? A moins que vous ne préfériez grignoter une bricole. J’ai de la tarte banane-marrons-Nutella, ça vous dit? Non? Alors je vous prépare une petite crêpe nougat-calisson en vitesse? Rien? Vraiment? Même pas un petit loukoum au sirop d’érable? Allons, ne soyez pas timide, puisque je vous dis que ça me fait plaisir!!! Aujourd’hui, vous pouvez me demander ce que vous voulez! Je ferai tout pour contribuer à votre bien-être. Dans la limite de mes possibilités, cela va de soi. Alors quoi? Je peux vous masser les pieds, changer la litière du chat, déboucher la baignoire, vous raconter l’histoire de James et la Grosse Pêche… On peut même regarder Louis la Brocante si ça vous met en joie! 
Bon. C’est de l’argent que vous voulez? Combien? 
Mais dites-moi ce qui vous plairait enfin! Vous êtes pénible à force! Comment ça c’est moi qui suis pénible? Je vous harcèle? Tant de prévenance vous écœure? Alors ça c’est la meilleure! Pardon, mais vous vous méprenez complètement! Si vous suiviez un peu l’actualité, vous sauriez qu’aujourd’hui c’est la Journée de la Gentillesse. Alors si je dégouline de bonté, si je ruisselle d’altruisme c’est simplement que j’essaie de me mettre au diapason et ça n’est pas évident figurez-vous! Vous croyez peut-être que c’est facile d’être gentille? Vous croyez que c’est naturel?  Pas du tout! A force de me faire insulter dans le métro, de me faire injurier lorsque je suis au volant, de me faire engueuler par la caissière parce que je ne range pas mes courses assez vite au supermarché, de me faire houspiller par la concierge parce que j’ai marché sur le sol humide du hall de l’immeuble, de me faire assaisonner par mes voisins parce que j’ai ri un peu fort au cinéma, de me faire sonner les cloches parce que je n’ai pas pris de ticket pour retirer mon passeport, à force encore de me faire brocarder parce que je n’ai pas répondu aux œillades explicites et néanmoins rebutantes de Bob l’Éponge au comptoir de L’Assoiffé, de me faire savonner par la serveuse dudit Assoiffé parce que vu l’enseigne du bar, j’ai osé demandé un verre d’eau en plus du café dont la tasse est maculée de rouge à lèvres alors que je n’en porte pas moi-même, de me faire incendier par l’ado boutonneux à qui j’ai demandé poliment de baisser la musique de son appareil de téléphonie mobile car à mon grand regret, il semble que nous ne partagions pas les mêmes goûts musicaux et que Paris-Montélimar, c’est long…Eh bien à force, à force, à force, c’est terrible mais je crois que je l’ai un peu perdue, l’habitude d’être gentille. Je n’en suis pas très fière mais c’est comme ça: parfois la gentillesse me fait défaut. Fort heureusement, ce n’est pas un état permanent, mais c’est vrai, je suis quelquefois vilaine. D’ailleurs je dois bien reconnaître que tout d’abord, cette Journée de la Gentillesse, m’a semblé être une idée un peu niaiseuse. Mais en y réfléchissant à deux fois…
Cette semaine par exemple, le thème d’improvisation de mes élèves de théâtre était l’aéroport. Une petite fille, âgée de huit ans s’est alors adressée à sa camarade en ces termes : ‘Toi, tu es noire, alors tu feras le terroriste.’…
Dans une autre ville, j’entends qu’une autre petite fille a trouvé rigolo de traiter en public une femme de singe, de lui jeter des bananes. Papa et Maman étaient drôlement fiers paraît-il…
Ce matin un ‘journal’ a cru bon d’en rajouter une couche en première page…
On dirait bien que la méchanceté devient banane… pardon, banale… Hier, on sifflait un président alors qu’il rendait un hommage aux disparus. Pour comble d’ironie, alors que s’achève cette aimable journée, à la radio, Orelsan me traite gentiment de Sale pute. A moins que ce ne soit une charmante attention du programmateur musical? Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas très gentil tout ça… Non, vraiment ce n’est pas très gentil. Une journée ça me semble bien court, mais c’est un début, alors pourquoi pas?
Dites… Vous êtes vraiment sûr que vous n’en voulez pas de mes loukoums au sirop d’érable? Parce que vraiment, c’est offert de bon cœur…

44. Pas très cathodique

Le technicien chargé du relevé de mon compteur EDF n’en est pas revenu.
Sur la chemise – autrefois – blanche, là où battait son cœur, le badge de Boniface Blandamour (ça ne s’invente pas!) proclamait fièrement Technicien de contrôle. Quoique cela ne relevât pas de ses fonctions officiellement attribuées de releveur électrique, c’est sans doute pour ne pas trahir le glorieux insigne que ce bon Boniface non content de contrôler mon compteur a aussi jugé bon d’examiner tout mon appartement. Fort heureusement, « tout mon appartement », chez moi, c’est assez vite fait! Du salon à la chambre en passant par la salle de bain, parce qu’on ne sait jamais, il y a de ces orignaux parfois, tous les recoins ont été soigneusement inspectés. Mais rien. Non, rien de rien.
Éberlué, inquiet presque, Mr Blandamour a d’abord choisi d’emprunter le mode interrogatif. Avec une voix lente et posée, celle que l’on prendrait pour s’adresser aux tout petits enfants ou aux personnes âgées dont l’esprit vagabond bat gaiement la campagne, normande ou tourangelle, il a demandé « Mais… euh… vous… vous… vous n’avez pas la télé? « .
Un silence gêné a pesé entre nous avant que, prise en flagrant délit, je n’ai d’autre choix que de lui répondre par la négative. 
Incrédule, sonné je suppose par la brutalité de cet aveu, Boniface a répété sa question, craignant vraisemblablement que je ne l’ai pas comprise. Plus fermement cette fois. « Vous n’avez pas la télé?… Vous n’avez pas la télé??? VOUS N’AVEZ PAS LA TÉ-LÉ? ». Cette fois-ci, Boniface avait choisi d’emprunter le mode agressif, celui qu’on prendrait (en vain) pour s’adresser à un adolescent qui refuse obstinément de ranger sa chambre. En d’autres termes, il avait hurlé. De mon côté, j’avais sursauté. En un instant, j’avais eu peur  non seulement (du latin non tantum) que ma confession inattendue n’ait endommagé l’équilibre mental de ce pauvre garçon, mais aussi (du latin sed etiam) de me retrouver seule avec un releveur inconnu potentiellement détraqué.  
Sans doute, avait-il en criant quelque espoir que je ne sois sourde ou du moins, malentendante? Auxquels cas les hurlements s’imposaient et l’absence de poste à mon domicile pouvait éventuellement s’expliquer du fait de mon handicap.
Je m’empressai de détromper Boniface, j’entendais parfaitement. Je lui signalai donc qu’il était inutile de crier, d’autant plus inutile que, si j’avais réellement été sourde, je ne l’aurais pas entendu du tout, qu’il crie ou non. Pour finir, je le félicitai chaleureusement pour le professionnalisme, l’enthousiasme et l’efficacité avec lesquels il avait relevé les pleins et creux de mes consommations électriques, il était l’honneur de sa profession et tout en le complimentant, finaude, je l’invitai à regagner promptement la sortie, en lui indiquant significativement l’emplacement de la porte d’entrée laquelle se trouvait miraculeusement être aussi la porte de sortie.
Boniface, hélas, était peu finaud lui-même et vraisemblablement la porte, miraculeuse ou non, ne lui évoquait pas grand chose. L’absence de téléviseur dans mon salon par contre…
« C’est parce qu’elle est est tombée en panne? NON??? Ah bon??? Mais vous faites quoi le soir, alors? Et pour les infos? C’est important les infos quand même… Moi, je l’aime bien le père Pujadas. Pas de télé… Ben ça!  Moi, je pourrais pas… Rien que pour le foot! Pis la télé c’est instructif… Tenez, ma femme des fois elle regarde Arte… »
Fort heureusement, ma voisine choisit ce moment précis pour ouvrir sa porte détournant ainsi l’attention de Mr Blandamour qui s’empressa d’aller lui vérifier le compteur, vu que c’était bientôt l’heure de sa pause déjeuner. Je ne doute pas qu’il ait également contrôlé son équipement audiovisuel… 
Je n’ai pas pris le risque de répondre à Mr Blandamour de peur qu’il ne s’installe définitivement chez moi. Mais, non, je n’ai pas la tévé. 
Elle est effectivement tombée en panne. Il y a cinq ans. 
Qu’est-ce que je fais le soir, alors? Ça dépend. Un peu de la pluie, un peu du beau temps, un peu de mon humeur… Je regarde un DVD, je repasse (oui, je repasse!!!), je cuisine, je grattouille selon les jours ma baignoire ou ma guitare, je téléphone à ma sœur dans son pays loin là-bas, j’écoute Les grillons de Pierre Vassiliu et je mange du raisin, je vais applaudir à tout rompre Alain Souchon en concert au Trianon, je dîne entre amies avec Valérie ou Stéphanie et on se raconte nos petites vies, je blogue, je m’endors sur un bon bouquin, parfois même sur un mauvais…
Et pour les infos? J’écoute la radio, je lis les journaux, je surfe sur le net, même, je vais au bistro! Je n’ai aucun sentiment particulier pour Mr Pujadas. Mr Pujadas m’indiffère.
Quant au foot, je m’en passe, aisément du reste. Les amateurs voudront bien m’excuser.
Parfois, on me parle d’une émission, d’une série ou d’un documentaire, et c’est l’occasion d’aller regarder la télé en famille ou entre amis! Et puis si je suis curieuse, rien ne m’empêche d’aller chercher le programme sur le Net! Au final, j’ai beau ne pas avoir la télé, je la regarde tout de même, comme tout le monde!
Je ne suis pas de ces « militants » anti télé qui prétendent lire Homère dans le texte le soir, à la chandelle… Parce que, Camarades, la télévision est un horrible outil de propagande à la solde des méchants capitalistes! La télévision ramollit vos neurones! Le petit écran c’est la mort des relations humaines! Satan possède votre téléviseur! Vade retro TF1!
Non, je n’ai rien contre la télévision. Je n’ai rien non plus contre ceux qui la regardent. Contre certains de ceux qui la font, peut-être…  
Je fais simplement partie d’une bande d’originaux qui n’ont pas de télé chez eux et déconcertent les techniciens EDF envahissants.
Ce soir après le sacro saint JT du Père Pujadas, Boniface Blandamour aura un truc incroyable à raconter à sa femme. Quant à moi, à la lumière de ma lampe de chevet, je profiterai des heures creuses pour me plonger dans Freedom de Jonhatan Franzen…

39. Justes noces…

Quelle ironie!
Alors que j’entame le 39ème billet de ce blog toujours plus spirituel, je réalise, curieuse coïncidence, que tels les feuilles jaunies des robiniers majestueux de l’avenue Gambetta balayées par le vent d’automne, mes 39 ans achèvent imperceptiblement leur valse folle… Dites, si ce blog est toujours plus spirituel vous noterez qu’il est également toujours plus poétique et même, toujours plus instructif! Des robiniers, m’sieurs, ‘dames! Hein? Avouez qu’elles vous épatent un brin de cerfeuil  mes connaissances arboricoles! Tenez, j’en profite pour porter à la votre, de connaissance, que les robiniers sont également appelés sophoras. Et toc! Comme quoi, si certains chauffeurs de taxi affectionnent les balourdises de Rires & Chansons tandis que d’autres s’émeuvent aux gauloiseries des Grosses Têtes, d’autres encore,  plus rares certes,  semblent être un peu moins cons que leurs confrères voire bucoliques!
 
Mais je m’égare de l’Est (si vous avez un itinéraire préféré, indiquez le au chauffeur).
 
Revenons donc à notre équation de départ. Nous avions, je vous le rappelle, 39 blogs d’une part, 39 ans de l’autre. Ou l’inverse si vous préférez, je ne suis pas contrariante.  
Bon.
Et alors?
C’est vrai, au fond, quel rapport? J’ai beau me presser le pamplemousse, je n’en vois aucun. C’est bien dommage! Moi qui pensais tenir mon sujet avec une pareille entrée en matière… C’est malin! Maintenant il va falloir broder… Bien. Faisons comme si de rien n’était… Il se peut d’ailleurs qu’à ce stade de la lecture, personne n’ait encore remarqué mon désarroi rédactionnel?
 
Je disais donc, 39 ans…  Bientôt 40… Il n’y a pas là de quoi faire un roman… Une chanson tout au plus? Blague à part. 39… 40… Si vous voulez mon avis, c’est bonnet banc, blanc bonnet… Quoique? A 39 ans, je me suis rencardée, on fête les Noces de crêpe, et à 40 les Noces d’émeraude. Il y a une nuance. Et de taille. 1 carat tout au moins. A choisir, je préfère les émeraudes!  C’est tout de même nettement plus esthétique que des galettes sarrasines, qu’elles soient montées en bague ou en boucles d’oreilles! De toute façon, la question ne se pose pas vu que ces temps-ci, je ne suis pas exactement à la noce voyez-vous. Au propre comme au figuré. J’ai bien assisté à celle de ma cousine le weekend dernier, plutôt réussie d’ailleurs, mais ce n’est pas la même chose. Enfin vous me comprenez. De toute façon, papier, émeraude, enclume ou cotillon, la joaillerie ce n’est pas vraiment mon truc… Par contre, les crêpes au sucre…
 
Mon Dieu, vous avez remarqué? Ce billet fourmille de petites informations intimes! Certes, pour ceux qui connaissent  mes chansons, ce ne sont pas des infos de la toute première fraîcheur! Quoique, je l’ai déjà dit, je le répète, je le martèle: mes chansons ne sont pas autobiographiques, heureusement! Enfin pas toutes.
Tenez, par exemple,  En quarantaine ! Je n’ai pas écrit cette chanson agitée d’une crise d’angoisse existentielle alors qu’il me faudra bientôt ajouter une bougies, poser le pire, retenir le meilleur, pour obtenir quatre dizaines pleines et rebondies. Non, bizarrement, je crois  pouvoir dire que je m’en tamponne un peu. A vrai dire, je n’ai jamais été fâchée avec les mathématiques. En réalité, je l’ai écrite pour ma copine Valérie qui méritait bien que je lui consacre une chanson! Quadragénaire resplendissante, rigolote et généreuse, sexy en diable, actuellement crêpière de son état et qui a un penchant prononcé pour la bijouterie en général et les émeraudes en particulier! Comme quoi, des galettes aux pierre précieuses, finalement, il n’y a qu’un pas!

Tout ça pour vous dire que 39 messages ça n’est pas rien! En quelque sorte, c’est un peu comme si  nous fêtions nos  Noces de crêpes à nous! Alors trinquons, voulez-vous? Très chers lecteurs, très chers amis, curieux, habitués et/ou anonymes, je lève mon bol de cidre à votre santé! Merci pour vos plus de7000 visites (franchement, 7000??? Je n’en reviens toujours pas!), et puis surtout, merci de votre fidélité! On a beau dire, ça n’est pas rien dans un couple!

Pourvu que ça dure!

29. Et voilà, c’est fini…

Oui, oui, ok, j’avoue. Je ne me suis pas trop foulée pour le titre de ce message. Je l’ai piqué à Jean-Louis Aubert, qui ne m’en voudra pas trop j’espère, d’autant que, entre nous, il a quand même fait mieux.
Mais c’est simple, concis, efficace alors  pourquoi me torturer le cortex pour trouver un titre spirituel? Là, on comprend d’emblée.
Donc…
Si vous avez un tout petit peu suivi, dimanche dernier, c’était la dernière de mes Chansons à voir aux Théâtre les Blancs Manteaux. Il serait franchement inexact de qualifier ce moment de triste. Et vous savez comme je n’aime pas l’inexactitude! Pourt résumer sobrement, c »était d’enfer! Du monde, des fous rires, un pianiste en pleine forme, une chaleur abominable, une bière infecte, tiède de surcroît, des rappels je ne vous dis que ça, bref tout ce que j’aime!  Pour autant, je me dois d’être honnête et d’avouer, peu fière, qu’une fois rentrée à la maison, j’avais au choix, soit du shampoing, soit du piment dans les yeux. Remarquez, pourquoi voir petit? Les deux peut-être? Je ne suis pas spécialiste. J’ai cependant des doutes quant aux vertus capillaires de la harissa… Quoique?
Passons. J’ai actuellement d’autres préoccupations que mes cheveux surtout que pour une fois, ma teinture Cerise écrasées resplendit dans les reflets du soleil de printemps! D’autant que au final, je n’avais rien dans les yeux… Il s’est avéré que j’avais tout simplement le coeur qui pique un peu…
– C’est grave docteur?
– Ça arrive, Mademoiselle (J’en profite ici pour glisser subrepticement  le terme  Mademoiselle, que l’administration souhaite faire disparaître de nos dictionnaires et que je trouve pour ma part  très joli! )
– Et que dois-je faire? 
– Pas grand’chose hélas. Prenez peut-être un verre de ce délicieux Mâcon? Vous verrez, ça ira déjà un peu mieux…
J’obéis docilement…
Et maintenant me demanderez-vous poliment?
Tout d’abord, je vous prierais de parler moins fort parce que le délicieux Mâcon, c’est bon, mais de bon matin, c’est traître. Ensuite, je vous serais reconnaissante de ne pas être désagréable! Est-ce que je vous en pose moi des questions? Je vous demande si votre cousine Adélaide aime le curling ou si votre oncle Albert est diabétique? Non. Bon. Alors?
Pardon. Je m’emporte. Mettez ça sur le compte du Mâcon. Et puis non! C’est vrai quoi, c’est rageant – c’est ma grand-mère qui utilisait ce mot, rageant, grr! On avait pris du temps pour prendre  nos marques, c’est vrai, mais depuis quelques semaines, je m’y habituais très bien aux salles quasi pleines, impatientes, aux rires, aux applaudissements, aux retours chaleureux, aux critiques élogieuses sur Billetreduc, et même aux quelques journalistes (deux pour être tout à fait exact, mais on ne va pas compter!) curieux d’abord, puis séduits, tout prêts à dégainer leur plume…
Et puis là, tout d’un coup, en route pour  un petit succès à défaut de la gloire, il faudrait s’arrêter. Pour d’obscures histoires d’argent parce que oui, il en faut tout de même un peu (si ce n’est beaucoup!) pour faire le troubadour, surtout si on veut que ça décolle,  peut-être…
Allez, ne soyons pas défaitiste… Voyons ce que nous réserve la suite!
Il paraît que certaines attendent le prince charmant. Pour ma part, j’attends le charmant producteur qui, curieux, s’intéressera à mes chansonnettes et fera, d’un coup de chéquier magique, de ces Chansons à voir, un conte de fête!
Il était une fois chanteuse qui s’appelait Stef!