129. Quatrevingt-treize

Chers amis, je ne vais pas y aller par quatre chemins (c’est déjà tout juste si j’ai réussi à en trouver un !) : hier, j’étais à B.
C’était ce qu’on appelle une expérience. Pour la parisienne que je suis, partir en banlieue, c’est partir en voyage. La banlieue, très honnêtement, je connais un tout petit peu.  Et puis, je l’avoue, surtout les banlieues de fiction, bourgeoises, modestes, populaires… La vie est un long fleuve tranquille… Tout ce qui brille… L’esquive… Divine… Les Misérables….  Mais en vrai de vrai, Les Misérables jusque hier je ne connaissais pas du tout du tout…
Cette année, épidémie oblige, on ne tracte pas sur le Pont d’Avignon, à moins de livrer des quatre fromages ou de proposer 20% sur les épilations demi-jambe. J’occupe donc mon mois de juillet à sillonner la Seine Saint Denis pour lire des livres aux enfants. Ils n’ont quasi pas eu d’école, ils n’ont pas eu de copains, ils n’auront pas de vacances (d’ailleurs je me demande s’ils en ont les autres années, des vacances ?), ils ont déjà été bien assez punis comme ça ! Cet été, ils auront donc des histoires, des jeux et plein de livres grâce aux ParcoTruc(k)s du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse. Je vous le dis tout net, c’est drôlement chouette de retomber en enfance, et d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je m’ennuie.
Bon, côté dépaysement, je dois l’admettre, la Seine Saint Denis, ça n’est pas la Provence : ici point d’aïoli, de mistral, d’Ignace et son petit nom charmant ou de César pour te fendre le cœur ! En revanche pour l’exotisme, je peux te dire que tu es copieusement servi (et pour ce qui est de te fendre le cœur, crois-moi, y a de quoi) ! Ici, les boubous, les saris, les turbans et les masques sont de toutes les couleurs et colorent joyeusement le bitume triste des Cités, les parfums de wolof, de mafé, de couscous flottent entre les fenêtres ouvertes des tours A, B et C et on s’interpelle sans faire de manières en Bambara, Algérien ou Bengali…  D’ailleurs, les enfants m’ont appris à dire bonjour dans leurs langues et me voilà qui apostrophe à mon tour les fenêtres ouvertes : Ani Sogoma ! Salam ! Hyalo ! Comme par magie, des dames en couleurs apparaissent et me répondent en souriant.
Bon d’accord. Les dames enturbannées qui sourient, la cuisine aux mille parfums… Lorsqu’on arrive à B. ce n’est pas le Club Med non plus. Ou bien alors l’équipe d’animation est celle qui a coaché Vincent Kassel et  Mathieu Kassovitz  pour le tournage de La Haine. Mais bizarrement, le matin, lorsque je suis arrivée par le parking où agonisaient les cadavres de voitures désossées, il y avait plus de monde pour me saluer que dans mon propre immeuble ! Lorsqu’on est arrivés avec les copains, entre les immeubles aux murs sales de cette Cité en U (je dirais fin 1970 début 1971), j’ai cru que la gardienne accourait pour nous offrir un Lexomil mais c’était un café, une corne de gazelle et la clé du local des toilettes qu’il ne fallait surtout pas oublier de fermer à clé (quand j’y suis finalement allée après le café, la citronnade, le thé à la menthe, l’eau et le soda au parfum chimique indéfinissable, le canapé éventré et la fenêtre à la vitre cassée avec vue sur la cuvette m’ont coupé l’envie d’y retourner pour le reste de la journée). Avec les copains, on l’a remerciée et on s’est mis au boulot. Sous un arbre, seuls subsistaient les deux pieds en fonte d’un banc public dont on avait volé l’assise (?). Le sol était jonché de mégots de pétards (ceux qui font rigoler, pas les feux d’artifice…). On a retiré ce qu’on a pu, et puis on a installé les livres, les tables, les cerceaux les masques, le gel hydroalcoolique. Au premier étage, une dame en tunique violette a ouvert sa fenêtre  : « Vous faites quoi ? » je le lui ai expliqué. Elle nous a répondu que nous aurions dû faire une nocturne, ici « les enfants ils sont pas dehors avant dix heures… minuit… » Étonnée, j’ai répondu qu’on n’était pas là pour les ados… « Oui, j’ai compris, mais les petits, ils sont pas dans la rue avant le soir… »
Avec le technicien, une affiche a alors attiré notre attention sur le mur. C’était un menu qui ressemblerait à celui d’un kebab ou d’un fast-food, hormis qu’il ne s’agissait pas de commander de la nourriture. Le menu affichait des tarifs de weed ou de shit, en livraison ou à emporter, le numéro de téléphone pour commander était en gras, et au bas du menu figurait la mention insolite (mais rassurante !) « Tous nos livreurs sont équipés de masques et de gel hydroalcoolique. »
Ça tombait bien, un « guetteur » qui nous guettait justement depuis un moment est venu nous demander ce que nous faisions là. Une fois de plus, nous lui avons expliqué. Docteur Bedo a paru enchanté. D’abord, nous ne risquions pas de porter préjudice à son petit commerce en lui volant sa clientèle. Ensuite, les enfants c’est important. Il avait des neveux, des nièces, et apparemment des valeurs : y a que les raclûres qu’aiment pas la lecture. Il allait donc nous envoyer sa famille. C’était gratuit ? Tout ?  Parfait. On n’avait besoin de rien ? C’est sûr ? Fallait pas hésiter…. Il nous ferait un prix. Merci Docteur Bedo !
Devant les tentes, deux petits garçons nous attendaient timidement. Maman les avaient envoyés. Elle leur avait dit qu’on faisait des jeux. Mais des livres… Pffffff…. Ça c’était vraiment trop nul  !  Ils étaient venus s’amuser ! Pas écouter des histoires ! Et puis d’abord, le foot, c’est mieux ! Alors ça j’étais bien d’accord, d’ailleurs, ça tombait bien, justement, j’avais une histoire sur le foot… « Vous connaissez Akissi ? Elle habite en Côte d’Ivoire ? » « Ah Bon ? Nous on est du Mali ? C’est à côté…. mais nous, on n’est plus forts au foot… ! En plus… c’est une fiiiiiiiiiiiiiiiille !  » Donc on a découvert une aventure de Akissi… et puis une deuxième… et puis ensuite, Akim et Moussa sont allés chercher leur petite sœur et aussi leur cousin parce qu’il s’ennuyait à la maison. Et puis Chandra et Fahima nous ont rejoints. Et petit à petit, les dames en couleur ont ouvert leurs fenêtres pour voir ce qui se passait et alors elles sont descendues avec leurs enfants…. et leurs assiettes ! Et alors on a lu ! On a lu :  Le Tracas de Blaise,  La vieille herbe folle, Björn et bien sûûûûr  Le loup en slip (deux fois !). Et surtout on a bien ri ! Entre les livres, les jeux, la citronnade et les 102 parts de gâteau au chocolat, de sablés confiture, de crêpes, de quatre-quart et même d’acras (délicieux!) c’est vrai qu’on ne l’a pas vue passer cette journée. Quand il a été l’heure de tout ranger, Hakim et Moussa m’ont demandé si demain il y aurait encore des histoires. J’ai répondu « Non. Juste aujourd’hui ». Quand ils ont chouiné « S’te plaîîîît ! » j’avais les yeux qui piquent, et j’ai failli répondre « Mais siiiiiiiii ! »
Ce n’est sûrement pas facile la vie en banlieue.
Mais hier à B., sous les arbres, près du banc disparu, j’ai passé une journée magnifique. Merci Hakim, Moussa, tous les enfants et tous les parents (j’ai pris 3 kilos !) 
Cambé ! Beslama ! Bidaya !

    120. Fête de l’Estomac

     

    Ce week-end, avec mon copain Patrick, on est allés en Loire-Atlantique (44). Et en Charente-Maritime (17). Dans les Côtes d’Armor aussi (22). Et au Finistère (29). On a même fait un léger détour par le Vaucluse (84) et l’Ariège (09). Quelles villes on a visitées ? Ben… La Courneuve. Parce que 3200 km en 48h, ça se fait, certes… quand on est chauffeur poids lourd ! Non, nous nous sommes allés à la Fête de l’Humanité. Maintenant on dit plutôt Fête de l’Huma‘. C’est idiot de vouloir amputer l’ Humanité comme ça, déjà qu’elle est pas très en forme. Je sais bien qu’on est trop nombreux, mais tout de même. On pourrait tout aussi bien dire Fête de l’Humain, non ?  Quel que soit son nom, ça rappelle beaucoup le Salon de l’Agriculture tout ça. On est tout plein de moutons à revenir chaque année, on mange comme des porcs et on finit plein comme des vaches ! Avec les concerts et les débats en plus et Trompette la Prim’Holstein, la visite du Président et l’Entarteur en moins.
    Aller à la Fête de l’Humanité, c’est comme s’offrir un petit voyage pour le weekend. On y vient à pied, en car ou en voiture, en famille, entre amis ou en amoureux pour (re)découvrir son folklore, ses coutumes tel le débat incontournable Y a-t-il encore une Gauche en France aujourd’hui ?, s’enivrer de ses parfums enchanteurs entre graillon, urine et ganja, savourer ses spécialités locales : bière tiède, frites grasses et merguez (avec mayo ou ketchup ?)… Et surtout, on ne repart pas sans sa cuite son petit souvenir : T-shirt à l’effigie du Che, biographie du Che, coque Iphone du Che, tapis d’éveil Che, poil du nez du Che… C’est aussi et surtout un voyage musical alors qu’on passe d’une scène à l’autre et qui vous entraine du blues créole (Delgres), à un zouk endiablé (Kassav), en passant  par des rythmes africano-latino-manouches (Zoufris Maracas), ou du slam militant émouvant (Govrache). Et c’est sans compter les compositions rageuses et néanmoins originales (à tout point de vue!) du sympathique Marche ou Grève  au stand de l’Allier, ou au hasard des allées, les nombreuses reprises accoustique, a capella, reggae ou musette du  Temps des Cerises  et de  L’Internationale dont celles approximatives et inspirées de l’obscur Jean-Paul Souffre (à l’instar de son maigre public) au stand ardéchois.
    La Fête de l’Humanité, c’est aussi pratiquer le patois local. On s’appelle « Camarade », on se tutoie chaleureusement. On commence ses phrases par « Pour que la lutte continue… » et on les ponctue par « ces enculés du gouvernement! »
    Et puis, quand on a fait le tour des Allée Jean Jaurés, Georges Marchais, Olympe de Gouge et Joséphine Baker, après les concerts et tout de même, quelques débats revigorants, il est enfin l’heure de passer aux tables ! Aligot, Cassoulet, Gouline*, Tripoux, Mafé, Colombo, Falafel et même Couscous laïque (qui ressemble étrangement à un couscous normal) ! Il y en a pour tous les goûts  et sans se ruiner !

    Si nous allons chaque année Patrick et moi à la Fête de l’Humanité, c’est peut-être parce qu’on n’a pas tout à fait viré à Droite. Et peut-être aussi parce qu’on aime la musique. Mais c’est aussi parce qu’on aime… les huîtres! La Fête de l’Humanité, pour nous, c’est le Finedeclairoscope ! C’est Belonland ! Et pendant que d’autres  courent les 10km de L’Humanité, nous, nous faisons le marathon de la Bretonne, de la Marenne d’Oléron et  de la Bouzigue ! En quarante-huit heures, nous éclusons tous les stands de coquillages pour consommer les douzaines d’huîtres à la douzaine  arrosées de Gros-Plant ou de Muscadet Nantais, de Picpoul du Languedoc ou de Minervois ! Mais nous ne sommes pas exclusifs et visitons volontiers la Guyane quand il s’agit de nous offrir un petit Planteur ou un sorbet coco, la Haute-Saône quand Patrick succombe à l’appel de la cancoillotte, ou l’Indonésie pour piquer une brochette de poulet au piment ! Nous finissons même le samedi en beauté par un crochet Ariégeois entre foie gras, cassoulet et croustade aux pommes arrosée d’un petit Cabernet bio avant de nous attaquer à nouveau aux huîtres mais aussi aux bulots, crevettes et autres bigorneaux de la côte Bretonne le dimanche midi et de finir par une bonne galette au beurre salé arrosée de cidre (bio!)…
    La Fête de l’Humanité, enfin, c’est sentir ses vêtements rétrécir en temps réel, se prendre pour Kane à bord du Nostromo et se demander si une huître géante ne va pas nous ouvrir le bide, rentrer chez soi, se laisser – lourdement – tomber sur son lit, le ventre plein, gavé, saturé de gras et de sucres et se coucher avec 1,7 kilos de plaisir en plus, toucher à l’extase et se dire que ce serait vraiment dommage si la Gauche disparaissait en France… 
    Ce weekend, ce sont les Journées du Patrimoine. 
    Patrick et moi, on ira plutôt voir Anne Sylvestre en concert.
    Fête de l’Humanité 2019, La Courneuve
    * Tourte angevine aux rillauds, Saumur, champignons et crème fraîche !😱

    119. Mes copains d’abord

     A Laurent, Lucas, Stéphane, Hervé, Carole et David

    Deux mois déjà depuis mon dernier billet et personne ne s’inquiète ? Pas un mail pour s’enquérir de mes nouvelles ? Pas même un spam inquiet de KetoPharmacy pour me proposer du Diazepam ou du Poconeol ? Merci les copains. D’aucuns m’imaginent sans doute désœuvrée, tournant distraitement les 465 pages de L’empreinte de Alexandria Marzano-Lesnevich, baignant dans les rayons du soleil ou dans l’eau bleu céruléen de la piscine familiale quand les premiers, canicule oblige, deviennent trop intenses… Mais d’aucuns ont tout faux, ou presque. Je baigne en effet, mais depuis quelques jours seulement. Et si je n’ai pas donné signe de vie c’est  qu’une fois de plus, en juillet, je suis repartie dans le tourbillon de ma vie à savoir celui du Festival d’Avignon. Avec Laurent mon metteur en scène et Lucas mon pianiste. On a affiché, on a paradé, on a tracté, on a retracté, puis on a joué, on a démonté… et on s’est séparés. Un peu crevés, un peu grisés, encore un peu plus soudés, si c’était possible et puis un peu tristes aussi. Alors pour se consoler, on a dîné sous l’étoile de La Mirande. Voilà ce que c’est de partager la scène avec des copains. Copain… Il n’est pas un peu petit ce mot ? Un cours de latin me remonte soudain du fin fond de la 6ème B ! Cum Panem, avec qui on partage le pain. En l’occurrence, on a partagé le pain, le vin, les fous rires et puis le sorbet betterave-framboise, la ventrèche de thon braisé et le ris-de-veau brioché. C’était pas dégueu et puis on l’avait bien mérité ! Et je crois bien que c’était d’autant meilleur qu’on était tous ensemble…

    J’aurais pu en rester là, repue, prendre mes 15 valises, mon dernier carton de flyers, mon ampli, mon pied de micro, mon Kakemono et me mettre enfin au vert. Ou plutôt au bleu céruléen. Que nenni. C’est avec l’Artiste Pitre – Stéphane pour les intimes – venu me rejoindre en fin de festival, que je remonte à Dieulefit pour la toute première édition de Dieulafête
    Dans le garage, Stéphane prépare son exposition. Il découpe, colle, assemble ses figurines géantes qui habilleront les rues de Dieulefit pendant trois jours.  De mon côté, je m’agite avec Florence avec qui j’ai conçu ce festival. On multiplie les allers-retours : où sont les flyers ? A quelle heure la réunion bénévoles ? Qui gère les courses pour la buvette ? Où est passé le régisseur ?
    Quand sonne enfin l’heure de l’apéro en terrasse, voilà que directement de Paris, sous le soleil déclinant, débarquent nos cum panem à Stéphane et moi : ceux avec qui, au comptoir du Mange-Disque, je partage les bières, les Spritz, et peut-être bien une ou deux cuites à l’occasion… pour être exact je devrais les appeler mes cum cervisiam (mon vieux Gaffiot ne donne aucune traduction littérale de Spritz, c’est agaçant) ! Je serre Hervé, David et Carole dans mes bras. Le Club des Cinq est au complet ! Mademoiselle ? Tournée générale… une deuxième ! Mais après on va dîner ! 
    La cuisine de ma mère n’a pas d’étoile. Elle n’en a pas besoin. Elle a des saveurs et des parfums à nuls autres pareils et sa générosité fait qu’autour de sa table chacun se sent comme chez soi et n’a qu’une envie… y revenir et tout le long de son séjour, le Club des Cinq ne fait pas exception. Convivialité et détente deviennent vite les maitres mots de cette escapade drômoise.
    Pendant 5 jours, on partage les souvenirs…  cum memoriae… Depuis l’organisation du festival au farniente au bord de la piscine, des barbecues ratés aux restos médiévaux, sans oublier les bains de minuit trois heures du matin…  
    Au moment de se dire au revoir, sous l’olivier, j’ai la gorge serrée. J’attends d’être dans la voiture pour pleurer. Je me rappelle une fois encore ma 6ème B, le mois de juillet cette fois, les cours de latin étaient finis, je ne voulais pas quitter mes  copains de colo, j’entends encore les « on s’écrira, dis ? ». 
    Mon téléphone bip. C’est une dernière photo des copains. J’en envoie une autre…. et c’est reparti pour un tour. Mon manège à moi c’est ça, je suis toujours à la fête quand j’ai mes potes avec moi.
    Merci les copains !
    Le Club des Cinq en vacances

    98. En chaleur !

    J- 9 Mais qu’est-ce qui m’a pris. 
    Ce matin Joël Collado m’a affirmé que la canicule avait cédé la place à de violents orages. A Cancale peut-être, mais à Dieulefit il est à peine 11h et je le vois bien que le thermomètre affiche nonchalamment 34°C! Alors Jojo, avec ce genre de prévisions je te le dis tout net c’est toi qui va bientôt devoir céder la place! Car ici, d’orage, point. Je m’étais mis en tête de franchir les 100 mètres qui me séparent de  la boulangerie, après 50 mètres, j’ai renoncé. Vite fait. Enfin vite fait c’est une expression… A quoi bon un croissant par cette chaleur? A moins que…  Dans la piscine?
    Dans un peu plus d’une semaine, je serai au Festival d’Avignon. Si j’osais un jeu de mot trivial, je  vous dirais même que je suis en marche pour le Festival. Trivial, je vous avais prévenu. Eh ! S’offrir un Virage à Droite au Théâtre de la Bourse du Travail CGT ça n’est pas donné à tout le monde. Certes, je ne suis pas tout le monde. Dans l’absolu, météo mise à part, j’irais jusqu’à dire que je me réjouis de retrouver les remparts. Même si je sais que ce n’est pas qu’une partie de franche rigolade. Qu’on va pas seulement retrouver les copains pour chanter du Michel Sardou et du Didier Barbelivien. Qu’on va pas seulement partager des fous rires et des tranches de melons. Qu’on va aussi se casser les ongles à coller des affiches, les cordes vocales à parader, la tête à rameuter du monde, la gueule même peut-être?  Qu’on n’aura pas le temps d’aller voir les spectacles des copains (les autres!) tellement on sera lessivés même si on se promet le contraire à tous les coins de parades. Qu’on sera peut-être bien content d’échapper à  Tu ronfles trop fort Théodore.  Qu’on regrettera sans doute de ne pas pouvoir jeter un œil à l’ Antigone de Satoshi Miyagi dans la Cour du Palais des Papes vu qu’on joue en même temps. Qu’on s’engueulera sûrement une fois ou deux parce que c’est la vie et qu’on avait bien dit qu’on laisserait pas trainer sa vaisselle sale dans l’évier parce que ça attire les mouches! Qu’on se demandera sans doute une fois ou deux si ça valait bien la peine tout ça? Qu’on se découragera d’ailleurs… un peu probablement… Tout ça je le sais. Ça me va. Je signe. Par contre les 34°C, je les avais un peu mis de côté. Senor Météo, ‘scuse…  mais ta grenouille elle a tout faux! Et moi, quelques années plus tard, je ne suis pas sûr de tenir le choc thermique. Tu me diras ça me fait un bon entraînement pour la ménopause.
    Oui, voyons le bon côté des choses. Dans le Marie-Claire du dentiste fallait chercher des raisons de positiver. Chez le dentiste… tu m’étonnes! Bon. D’abord, logiquement entre marche et sauna, je devrais fondre, non? D’autant qu’on n’a rarement envie d’un veau marengo ou d’une raclette par de telles températures. Voilà qui va me réconcilier avec ma balance, nous étions un peu fâchées. Et puis désormais les théâtres avignonnais sont climatisés et on ne peut pas dire que ce soit un luxe. La mairie ne pourrait-elle songer à faire climatiser ses rues? Oh ! Je ne dis pas toute l’année bien sûr, mais ne serait-ce que pour la durée du Festival? C’est que j’appréhende un peu de défiler en Stéphanie de Morano… Oh j’assume le personnage ! Disons…  à peu près!  Mais de la Place de l’Horloge à la rue de la Bonneterie, le tailleur cintré, doublé, à manches longues je l’assume moins ! Même s’il est vrai que j’ai choisi une petite cotonnade estivale pour les parades. Toutefois, j’ai pris la liberté de remiser ma marmotte et mes collants. Je ne pense pas qu’on m’en tienne rigueur. Du moins je l’espère. S’il y avait des plaintes, j’aviserai. Le maquillage par contre risque de couler…. Si le style coulure Ripolin est actuellement en vogue je risque de connaître mon petit succès…. Sinon…. je pourrais peut-être faire passer ça pour une nouveauté dermatologique?
    C’est un spectacle de natation synchronisée que j’aurais dû présenter. Un maillot de bain et basta! Bon de toute façon j’ai tout prévu dans mon sac : un thermos d’eau glacée, un spray d’eau minérale, des lunettes de soleil,  un éventail, des lingettes démaquillantes. Et puis des tracts (on ne sait jamais!). Le hic c’est qu’il risque de peser une tonne… Je vais mourir je vous dis!  Je le savais pourtant que c’était dangereux… un Virage à Droite! Tant pis! En marche!
    PS : Je vous écrirai tout plein de mots purs au fur et à mesure pour vous raconter le Festival. 
    Pis si vous passez dans le coin… Venez me faire un coucou…  à Droite ou ailleurs!

    94. Ca déchire grave!

    En tout cas, mes petits élèves de  CE2 pourront dire qu’ils auront eu cette année une prof de théâtre qui déchire. Au sens propre. Qu’on ne vienne pas dire après ça que l’enseignement n’est pas un métier dangereux. Toutefois, que chacun se rassure (ou pas?) il ne s’agit pas d’un acte terroriste, aucun troll hyperactif ne m’ayant poignardée avec ses ciseaux à bout rond au nom de Constantin Stanislavski ou de Lee Strasberg et mon pronostic vital n’étant pas engagé. Simplement, j’ai mis – sans même m’en rendre compte – un peu trop d’ardeur à la tâche et le muscle de mon mollet que j’ai pourtant fort à défaut d’être fort beau n’a pas résisté : il s’est tout simplement déchiré, tel la feuille de papier Clairefontaine 80g (toucher satin) subitement coincée dans les rouages mystérieux de l’imprimante, sur laquelle on s’acharne inutilement, qui finit par se rompre tout aussi subitement et se retrouve en lambeaux (toucher confettis). On appréciera la métaphore.
    Bref, tout ça pour dire que dans un élan de noblesse superbe j’ai tout de même fini mon cours estropiée (mon côté Sarah Bernhardt sans doute) mais assise, pour plus de commodité. Du reste, à 8 ans, mes élèves ne m’en ont pas trop tenu rancune, encore loin qu’ils sont des mystères des monologues de Phèdre ou celui du Roi Lear. De toute façon, comme le dit si bien Marin : « Le théâtre, ça craint » Exceptionnellement, ce jour-là je n’étais pas loin d’être d’accord avec lui. Toutefois, nous avons profité du reste du cours pour faire un travail passionnant sur la féminité des girafes et des autruches. Et puis la cloche a sonné et j’ai été à deux doigts de sauter à pieds joints pour entonner mais oui, mais oui, l’école est finie!!! Mais un double éclair tant de lucidité que de douleur m’ayant foudroyée au même instant, j’ai préféré me traîner lamentablement depuis le préau jusqu’à la sortie avec un grand sourire et prétendre crispée « Non, non, tout va très bien merci. ». Je suis prof de théâtre après tout! En y repensant, je crois que deux ou trois CP m’ont crue. Et encore. Je me demande si ce n’était pas juste pour me faire plaisir…
    J’ai beau chercher comment rendre cet évènement spectaculaire, en faire un objet de narration valable, je ne vois pas. Cet accident est tout bonnement minable. Nul de chez nul. Même pas la petite touche de ridicule qui apporterait la pointe d’humour, d’autodérision, qui relèverait le tout aux yeux du lecteur. Aux Urgences, je me suis sentie simplement gourde avec mon aventure qui n’en n’était pas une… Je ne demandais pas le script d’Indiana Jones! Mais enfin  pas celui de Pause-café  non plus! Dans ces moments là, il faut voir le bon côté : et là c’est la famille et les copains. Parce que heureusement, j’en ai plein, pis des bien! Déjà, il y a ceux à qui il est arrivé plus ou moins pire. Entre Pierre qui s’est luxé la mâchoire en mangeant un nem et Sylvie qui s’est brûlé le mollet au second degré en laissant tomber son fer à repasser, je me sens déjà moins seule. (Toute ressemblance avec des personnages existants seraient purement normale, je n’ai pas changé les prénoms.
    Il y a aussi les inquiets qui, pensent que le premier des symptômes de la déchirure musculaire est sans aucun doute possible la malnutrition. Ils oublient que je pèse déjà mon poids sans le plâtre, que celui-ci pèse environ 30 kg au mètre carré, et ont donc collectivement décidé de m’engraisser à coup de sushis, pizzas (aux ananas!!!), confiture, gâteaux au chocolat, croissants, lasagnes, couscous… Mais je ne me plains pas. Il ne faut surtout pas jouer avec la santé! Me manquent simplement les odeurs et les saveurs maternelles pour une guérison optimale…
    Il y a ceux qui appellent du bout du monde de Bruxelles, de Hong Kong, de Tel Aviv, de Genève et de Bangkok…
    Il y a ceux qui se préoccupent de ma nourriture intellectuelle, inquiets de me savoir sans lecture, ils me livrent à domicile, journaux et bouquins et me font la chronique des spectacles parisiens…
    Il y a les coquettes qui se soucient de mon apparence et de mon hygiène capillaire et viennent improviser un salon de coiffure au-dessus de la baignoire, magazines et potins mondains inclus…
    Il y a ceux qui passent pour rien, pour un café, pour un sourire, pour un air de guitare et qui repartent comme ils sont venus, comme un rayon de soleil…
    Il y a cet inconnu hier, alors que je m’étais glorieusement traînée jusqu’à la boulangerie, que je soufflais comme un chameau, incarnant le glamour et la séduction, qui m’a offert une crêpe. Juste parce que les béquilles c’est pas marrant et qu’une crêpe ça fait toujours plaisir!
    Et puis il y a Marin. Dans ma boîte email, il me fait savoir par sa maîtresse qu’il a réfléchi. « Finalement, le théâtre, c’est bien. Quand est-ce que tu reviens? »

    Bientôt Marin. Parce qu’un plâtre, j’en ai qu’un.
    Parce que des copains, j’en ai plein… Pis des bien.

    93. Peine de morts

    Chers lecteurs, l’année débute à peine que déjà, je me félicite. Vous allez dire que je vais un peu vite en besogne, mais le proverbe a bien raison qui dit : on n’est jamais si bien servi que par moi-même ! D’ailleurs, c’est pas moi qu’ai commencé. Au Lycée Molière déjà, Madame Flaive ma prof d’anglais accessoirement principale, ainsi que tous mes autres professeurs d’ailleurs, ne manquaient pas de me féliciter chaque fin de trimestre, éblouis qu’ils étaient tant par mon appareil dentaire que par la précocité de mes innombrables talents. Élève studieuse et disciplinée, je me suis rapidement rangée à l’avis du corps enseignant.
    Avec le temps, j’ai bien été forcée d’admettre qu’ils n’avaient pas tort et que les raisons de chanter mes propres louanges ne manquaient pas. Du reste, soucieuse de n’embarrasser personne, je me suis tant bien que mal retenue jusqu’ici de composer un opéra en trois actes à ma seule gloire. Preuve en est que je ne vous ai pas menti : ce souci névrotique de mon prochain, cette générosité immense qui m’animent… Avouez qu’ils mériteraient bien une petite cantate!
    Mais je me dois de rester fidèle à ma modestie illustre (qui à elle seule ferait l’objet d’un magnifique madrigal). Et si aujourd’hui, je range malgré tout ma pudeur dans mon tiroir à chaussettes pour me féliciter devant vous, je ne veux pourtant pas abuser. Je résumerai donc cette auto congratulation à un sujet unique. D’autant que ça ira plus vite!

    Alors donc voilà. A l’instar de nombreuses personnalités qui l’avait précédée, 2016 s’en est allée  le 31 décembre dernier. Elle nous a quittés libérée délivrée, les étoiles lui ont tendu les bras, libérée délivrée, non ne pleurez pas. On a pu entendre certains soupirer soulagés « Enfin! »d’autres « Déjà? » et d’autres encore, l’esprit probablement embrumé par la douleur soudaine ont même murmuré « Je me demande si elles étaient fraîches les gambas? » avant de s’isoler pour cacher leur peine aux toilettes. 
    Et pourtant, malgré son lot de bonnes nouvelles, entre autres la sortie de mon merveilleux album En pleines formes disponible sur les plateformes et sur Bacchanales Productions pour la somme raisonnable de 15€2016 fut une hécatombe… De Nice à Magnanville, de Istanbul à Bruxelles, De Berlin à Orlando, la liste des victimes d’attentats s’est allongée au point qu’on entendait certains hésiter lorsqu’il s’agissait de choisir l’avatar pour témoigner leur sympathie sur les réseaux sociaux… La macabre pêche des corps de migrants anonymes qui tentaient de rejoindre l’Europe, s’est elle aussi avérée un peu trop fructueuse… 
    On a pleuré au cinéma, beaucoup. La fin de tournage a sonné, entre autres pour Ettore Scola, Jacques Rivette, Michel Galabru, Michele Morgan, Claude Gensac, la princesse Leia ou Debbie Reynolds… Monsieur Cinéma lui-même nous a tiré sa révérence, emportant avec lui un peu de  mon enfance. Umberto Ecco, Dario Fo, Elie Wiesel ou Michel Tournier ont décidé de tourner définitivement la page et émus, on s’est dit qu’on les relirait bien leur bouquins, un de ces jours… 
    De leur côté Bowie, Michel Delpech, Prince, Papa Wemba et George Michael se sont filé rendez-vous pour un dernier bœuf à l‘Hotel California, il a donc fallu se résoudre à créer une playlist des plus éclectiques qu’on a élégamment baptisée Post Mortem sur Itunes. On a aussi croisé les doigts très fort pour qu’aucune maison de disque ne sollicite Christophe Mae, Louane, Matt Pokora et Coeur de pirate pour un dernier hommage à Léonard Cohen… 
    Mohammed Ali est tombé KO… Courrèges et Sonia Rykiel sont allés se rhabiller… Shimon Peres a fini par trouver un accord de paix… Gotlib a rangé ses Dingodossiers… Siné est allé retrouvé Cabu et Wolinski, sans doute que les copains lui manquaient trop…. Pierre Etaix a fait son dernier numéro mais ça n’a fait rire personne… La lune est morte quand Paul Tourenne est allé rejoindre les Frères Jacques… Rocard a définitivement passé l’arme gauche… et Benoite Groult a brûlé son dernier soutien gorge… Et j’en oublie. 
    Si on veut voir les choses du bon côté, on peut toujours se dire qu’en 2016 l’industrie du funéraire a connu une belle période de prospérité économique. Avec une telle croissance dans ce secteur, des filières longtemps délaissées telles que marbrier, fossoyeur ou thanatopracteur devraient connaître un nouvel essor. 
    On peut aussi se dire que à vue de nez, La Mort semble être une personne de goût, raffinée et cultivée. Pour un peu, on aurait presque envie de la rencontrer. De l’accompagner au cinoche ou au concert et d’échanger avec elle un ou deux bouquins… Cependant, sans vouloir l’offenser, je tiens à me féliciter comme je l’avais annoncé plus haut. Chaleureusement même. D’avoir échappé à sa vague mortuaire sinistre et jalouse qui nous a ôté ces nobles personnalités comme ça sans prévenir, sans même un mot d’excuse. D’aucuns diront sans doute que je suis jeune et pleine de vie, à quoi bon m’inquiéter? Ils n’auront pas tort (j’ajouterais simplement qu’ils ont oublié de dire que je suis également une quadragénaire d’une beauté à couper le souffle). Que si je suis une artiste, ma notoriété est toute relative, pour ne pas dire confinée, voire familiale. J’en conviens. mais enfin je suis une artiste tout de même, par conséquent j’avais toutes les raisons de me sentir menacée! 
    Je ne vois pas toujours la vie en rose fuchsia, la plupart du temps je me contente d’une jolie nuance rose framboise, parfois de rose pétard et plus rarement d’un rose pelure d’oignon…. Mon côté Barbie sans doute. En 2016, Barbie n’est pas morte. Au contraire. Elle a eu 57 ans et pour fêter ça, Barbie Curvy a fait son entrée au rayon jouets. Elle est bien en chair, dodue, pulpeuse… Comme moi en somme… et je m’en félicite! 

    81. Terrassée…

    Aujourd’hui, c’est mardi. Paris pleut. Ou plutôt, Paris pleure. Moi, j’en ai assez de pleurer. Assez de promener ma peine le long du macadam entre les fleurs, les hashtags, les paraboles des camions des télés internationales et les bougies. Assez depuis trois jours, de cette envie de vomir, de ne pas pouvoir dormir et de ce funeste refrain qui me tourne dans la tête Ah… Ah… Ah… Je me sens pas bien. Ah.. Ah…. Daech ça craint. Pour une fois que j’ai rien bu, j’aurais peut-être dû… Pourquoi je me sens si mal? 
    Facebook m’a suggéré de me peinturlurer en bleu, blanc, rouge. Twitter m’a conseillé de mettre une bougie à ma fenêtre. Instagram m’a encouragée à boire des coups en terrasse. Le Président de la République m’a incitée à faire une minute de silence. Et même, de New York à Londres en passant par Le Caire et Berlin, le monde entier a tenté de me consoler en me chantant la Marseillaise. 
    Tout ça, c’est gentil. Mais vain. Rien ne marche. J’ai toujours mal. Là. Juste ici, vous voyez? Du côté du cœur. Du côté de ma France. La télé a dit que c’était une attaque. Qu’il me fallait du repos. Faut dire que j’ai des antécédents. Ça m’est déjà arrivé en janvier. D’ailleurs, j’ai tout de suite reconnu les symptômes: la douleur foudroyante au creux de la poitrine, le souffle coupé, la sensation de panique, les palpitations… Je me croyais remise mais visiblement non. Pourtant, j’avais fait tout bien comme il faut. Je m’étais mise au rameau d’olivier, j’avais manifesté dans les rues pour faire de l’exercice, j’avais résilié mon abonnement à Biba pour éviter les émotions trop fortes et j’en avais pris un à Charlie Hebdo, dont la lecture était chaudement recommandée pour ma convalescence. Je commençais à me dire que, si je n’étais pas totalement guérie, du moins j’avais survécu au choc et qu’avec le temps, la douleur finirait par s’atténuer. Et puis sans prévenir, la voilà qui se réveille! Pour de vrai! Atroce, injuste et fulgurante! A cause d’une bande d’illuminés qui se sont mis en tête de tourner un remake sanglant et pourri de Timbuktu au coin de la rue. Ça fait mal je vous dis! Tellement mal! Je voudrais bien crier mais ça demande trop d’effort et je me sens curieusement vide.
    Je me sens seule aussi. Même au milieu des gens que j’aime. Même au milieu de tous ces inconnus que j’ai envie d’aimer. C’est ma ville ça? Vous êtes sûrs? Pourtant je vous jure que les rues, les arbres, les gens ne sont plus les mêmes. Je me sens perdue dans ce Paris de lendemain d’apocalypse. Malgré toutes ces formidables démonstrations patriotiques, aussi belles et émouvantes soient-elles. Avec mon p’tit bouquet et ma p’tite bougie je sais pas de quoi j’ai l’air mais une chose et sûre, je ne suis pas très vaillante.
    Alors ce soir, bon gré, mal gré, je prends la direction de la terrasse du Mange Disque. Pas parce que c’est politique ou militant de s’asseoir en terrasse pour boire du Chiroubles. Ni pour chier à la gueule de ces cons d’enfoirés de terroristes. C’est pas mon truc la scatologie. Non. C’est plus simplement parce que ça fait chaud de retrouver les copains et que là tout de suite, j’ai besoin de pleurer encore un tout petit peu au creux de leurs bras. Et puis en plus, l’intérieur du Mange Disque c’est tout petit et en terrasse, y a plus de place!
    Au Mange Disque c’est le bar de mon chouette copain RV dans le Marais. En arrivant ce soir, je l’embrasse, je l’aime un peu plus fort que d’habitude et puis je lui commande un Martini. Je le laisse choisir la couleur et se moquer gentiment de moi. Ce soir, un autre chouette copain d’amour, l’Artiste Pitre, un artiste dingue un peu peintre, vernit ses sacs et nous on est là, fidèles au transistor, pour boire des coups, écouter Luna Parker, et nous empiffrer de Car en Sac (parce que Pitre il vernit ses sacs, pas des tableaux, mais j’ai compris la blague que après plusieurs Martini). Pendant que Daniel, Alexis, Jessy  descendent allègrement les vodkas cranberry, je me dis que la vodka c’est dégueulasse, mais quand même, c’est moi qui suis vernie de pouvoir me réchauffer et rigoler dans les bars et les bras des copains. C’est rien peut-être. Mais c’est bien.  
    Et puis… y a Romain qui débarque. Le mien à moi. Il est pas beau comme un soleil, mais je l’aime pareil que Brel aime Frida. Parce qu’avec lui, même les mots sont parfois de trop. Parce qu’avec lui, je peux pleurer sans compter les kleenex. De rire, de chagrin, ça dépend… De la vie ou du film… Romain est là. Avec moi. Nous sommes en terrasse. Je n’ai pas peur. Je me dis simplement que la peine, c’est comme la vie, la musique, les verres d’Irancy et le saucisson, c’est meilleur quand on partage. 
    Et quand ça ira mieux, on retournera dans les théâtres, les musées, les salles de concerts et pourquoi pas allez, même dans les stades!
    Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. 
    Jacques Prévert dans Les enfants du paradis

    76. La maladie d’humour

    C’est quoi au juste l’humour? Très sincèrement. Je m’interroge.
    Quand je ne sais pas ce que signifie un mot, j’ai pris la bête habitude d’aller voir dans le dictionnaire.  Cela paraîtra un peu dépassé sans doute, mais je l’aime bien Robert! Je peux même dire que c’est un vieux copain. Un ami d’enfance pour ainsi dire. Et en amitié du moins, je suis fidèle. Ou presque. Je ne peux pas nier que, faible femme que je suis, j’ai parfois succombé au charme des pages de son cousin, le petit Larousse. Le pouvoir mystérieux de ses illustrations colorées sans doute… Mais Robert n’est pas jaloux, il ne m’en a jamais tenu rigueur. La preuve! Alors que je le feuillette délicatement, cet ami de toujours m’offre sans façon la définition exacte du mot Humour (nom masculin, issu du vieux français humor) et je pense que Robert ne m’en voudra pas si je la partage avec vous. 

    Humour :  
    1. Forme d’esprit qui cherche à mettre en valeur avec drôlerie le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité.
    2. Caractère d’une situation, d’un événement qui, bien que comportant un inconvénient, peut prêter à rire.

    C’est une blague Robert? Une forme d’esprit? Tu déconnes!
    Ne le prends pas mal surtout, d’habitude je te fais confiance les yeux fermés mais là… J’ai comme l’impression que tu te moques de moi. Je t’assure! 
    Ou alors c’est peut-être que mon esprit  n’a pas la forme requise?
    Je t’accorde qu’aujourd’hui, les humoristes sont partout. Impossible de leur échapper : sur scène, à la télé, à la radio, dans les journaux, sur le Net, ils envahissent désormais nos écrans de cinéma et certains s’approprient même le Théâtre du Châtelet ! Ne va pas te méprendre Robert. Je ne dis pas qu’aucun de ces amuseurs public ne sait faire preuve de drôlerie, bien au contraire. Mais tout de même… Je ne sais pas ce qu’il en est pour toi, personnellement je sature.  
    Faut-il absolument que tout devienne prétexte à une chronique cocasse ou un sketch hilarant? 
    Attention, je ne te parle pas de la forme. Comme toi, je sais bien que le rire n’est pas universel et que c’est une notion subjective…. J’ai lu Bergson. Oh! Ne va pas croire que je me vante, j’étais forcée! Par mon prof de philo en Terminale. Si tu crois que ça m’a fait rire tu te trompes sérieusement (jeu de mot, force 2). Je n’ai rien compris et le jour du bac j’ai sauvé l’honneur avec un piètre 12, que mes parents n’avaient pas trouvé drôle tu peux me croire. Par contre Rabelais, Groucho Marx, François Morel et Fluide Glacial, là je maîtrise! Je sais bien que le rire ne se conjugue pas toujours au présent de l’indicatif et que Je ris n’implique pas nécessairement que Tu ris ou que Nous rions… Oui, oui, Robert, tu me l’as dit que certains adjectifs s’accordent bien avec l’humour : absurde, noir, juif, gras, grinçant, bête… Tu m’as même appris que médical peut parfois s’accorder avec humour. A ce propos,  je t’avoue que je cerne mal le concept? Passons. Ma question n’est pas Peut-on rire de tout? Desproges a déjà répondu, merci à lui. Ma question serait plutôt : POURQUOI rire de tout?
    Faut-il absolument qu’on nous serve un humoriste avec le café tous les matins pendant les infos? Est-il nécessaire de faire appel à un comique pour vendre les services d’une banque ou ceux d’une assurance? Et en politique? Faut-il désormais absolument que en plus de leur orientation droitière ou gauchère, nos (ex/présents et/ou futurs) dirigeants aient aussi le sens de l’humour et parsèment leurs discours de bonnes blagues pour séduire l’électeur? Est-il obligatoire de rire quand la terre vient à peine de trembler? L’enseignement (envisagé) du stand-up et de l’improvisation au collège sera-t-il plus utile à un enfant que celui de l’histoire? Enfin, les théâtres de France et de Navarre n’ont-ils plus d’autre choix que de programmer des spectacles (prétendument) hilarants? Et je ne te parle pas de tous ces humoristes improvisés qui, de Paris à Douarnenez, font du Trempoline sur les scènes ouvertes des arrières salles de bistros!
    Tu me diras, que je suis moi-même la première à écrire des chansons et spectacles comiques. Je te répondrais à l’instar de ma chouette copine Nathalie Miravette : comiques oui, mais pas que!
    L’humour c’est un peu comme la nourriture, trop de sucre à force ça écœure… Un peu de fromage ou une bonne blanquette de temps en temps, ça change et puis ça varie les plaisirs!
    Regarde-les comme ils rayonnent encore, ceux qu’on appelle aujourd’hui non plus Artistes, mais avec une dévotion inspirée « Grands de l’Humour » : Chaplin, De Funès, Bourvil, Maillan, Coluche, Desproges… Les prétendants(us?) humoristes actuels s’en gargarisent autant qu’ils peuvent et tant mieux. Mais croient-ils que ces virtuoses de la fantaisie passaient leurs journées à se taper le fondement sur la moquette? N’ont-ils pas montré que pour être clown on n’en est pas moins triste pour autant? Il n’y a pas que les businessmen qui aient parfois le blues…
    Bien sûr, comme tout le monde, j’adore partager une franche rigolade entre copains. J’aime peiner  à reprendre mon souffle au cinéma, glousser au théâtre et me gondoler devant un artiste… Le rire est une sensation merveilleuse, magique, impromptue, parfois même inexpliquée. Du reste c’est ce qui le rend si précieux, à mon sens. Et en matière de marrade, je te prie de croire que je n’ai jamais été avare. Encore aujourd’hui on me reproche mes éclats de rires généreux et sonores!
    Mais tu vois Robert, à présent, j’ai cette drôle d’impression qu’il faudrait que je rie du lever au coucher… Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit comme dirait l’autre. Et je trouve ça fatigant. Je ne fais pas d’abdos à la salle de sport ce n’est pour en faire en écoutant la radio! Qu’on me laisse écouter les catastrophes naturelles, les magouilles politiques et la météo sans fantaisie, merci! C’est comme si les médias ou les producteurs de spectacle, ne sollicitaient qu’une part de mon esprit du matin au soir… Pourtant aussi surprenant que ça puisse leur paraître, je sais aussi réfléchir. Je sais même penser, analyser, ressentir, pleurer, me révolter et encore tout un tas d’autres trucs qu’ils n’imaginent même pas. 
    Ou alors? Non… Et si… ?  Dis Robert… Tu crois que je n’ai pas d’humour?

    58. Comme en 14!

    Nous y revoilà! Encore un tour de calendrier qui s’achève. Revoici donc le temps, pluvieux en l’occurrence, des vœux jolis et  des résolutions sinon bonnes, du moins envisageables… Déjà un an que 2013 nous faisait mille et une promesses avec son cortège de rimes plus ou moins séduisantes. Plus ou moins poétiques aussi. Qui n’a pas alors reçu (envoyé?) son lot de SMS types ou personnalisés selon les forfaits mobiles, souhaitant avec finesse, humour ou vulgarité une année non seulement réussie mais surtout généreusement garnie de pèze, de baise et de mayonnaise? Oui, mayonnaise!!! Quelqu’un qui n’avait probablement lu ni Rimbaud ni Apollinaire avait alors porté à mon attention aiguisée d’auteure interprète que ‘2013, ça rime avec… mayonnaise! Bonne année :-)’. L’auteur de ce SMS gras, anonyme et probablement collectif n’avait pas signé et je n’ai jamais su s’il s’agissait du serrurier ou du livreur DHL…
    En ce premier jour de l’année, je jette donc un œil en arrière et je constate que, pour ce qui me concerne, 2013 ne fut finalement pas un si mauvais cru. En l’occurrence, je ferais volontiers rimer 2013 avec ‘pas mauvaise’. Certes, elle n’a pas tenu toutes ses ardentes promesses… Mais pourquoi la blâmer? Elle n’est pas la première à décevoir certaines de mes espérances. Eh! J’ai connu des hommes avant elle! Politiques et autres… Et je ne suis pas rancunière.
    Non, à défaut de mayonnaise, je retiendrai de cette année des rencontres décisives, des risques audacieux, des expériences inédites, le concert de Jonasz et celui de Souchon, d’excellents dîners, quelques larmes, quelques gifles aussi, mon interprétation très libre de Ferrat à la guitare, deux ou trois bons livres, la Roue de la Mort du Cirque du Soleil, et puis surtout la chaleur et le bonheur d’écrire, de répéter, de créer, de jouer, plaisirs renouvelés encore, encore, ENCORE! Dalida voulait mourir sur scène? Je me contente volontiers d’y vivre, quoique modestement. D’ailleurs, je ne pouvais pas rêver finir l’année de façon plus jolie que sur scène, en musique du Champagne plein la tête, de la fête plein le cœur… Au final,  j’ai terminé 2013 fatiguée, sereine, heureuse. 
    Un peu pompette aussi… 
    Comme tout le monde, ce matin je me suis donc réveillée en 2014. J’avais un mal de crâne prononcé, la marque de ma montre sur la joue et du noir plein les yeux, parce que quand on finit 2013 pompette, on n’enlève pas sa montre et on ne se démaquille pas avant d’aller dormir. Que voulez-vous, on ne peut pas tout finir en beauté. J’ai mis deux aspirines dans mon café, je me suis regardée dans le miroir et j’ai dit: « Stop! Halte-là! Mauvais départ! ».  J’ai aussi dit : « Oh la la, c’est quoi ces cheveux?!? ».
    J’imagine que comme moi, on a du vous notifier une trentaine de fois depuis minuit par SMS, mails, Facebook, Twitter et autres voix électroniques que 2014 est une rime orpheline. Pour résumer, c’est une année qui ne rime à rien. Surtout pas avec Gribiche ou Béchamel ! Pour ma part je trouve ça très bien car de deux choses l’une: ou bien le livreur DHL et le serrurier ont effacé mon numéro de leurs contacts, ou bien cette année ne leur a pas inspiré de vœux spirituels. Dans un cas comme dans l’autre, je me réjouis et je vois là un signe que l’année s’annonce bien!
    De plus, une année qui ne rime à rien c’est une année qui ne fait pas de promesses. Par conséquent,  c’est une année qui ne pourra pas me décevoir, même un tout petit peu… Pas de promesses, ça signifie aussi que c’est une année qui ne réserve que des surprises! Des surprises? Youpi! J’adore les surprises!  
    Pour attaquer 2014 du bon pied… Une minute, c’est peu agressif cette expression, non? Je n’ai pas l’habitude de donner des coups de pieds ni d’attaquer qui que ce soit, ne serait-ce que verbalement. En général, je  suis d’une nature plutôt pacifique, je reprends donc… Pour aborder 2014 dans de bonnes dispositions (avouez que c’est plus amical!),  j’ai  commencé par reprendre allure humaine, j’ai fait le ménage en grand, j’ai souhaité de belles choses à ceux que j’aime et puis j’ai invité des amis à dîner car pour finir ou commencer l’année, rien de mieux que de se mettre à table avec des amis! Ensuite, comme j’avais fini l’année sur scène, je me suis dit (je me dis beaucoup de choses comme vous pouvez le remarquer) si je commençais aussi l’année par faire une des choses que je préfère? Comme je ne pouvais pas improviser un concert toute seule dans mon salon, j’ai laissé Nicole Croisille fredonner doucement Tout recommencer sur la platine, pendant que de mon côté, je commençais tout naturellement d’écrire cet article. Mercredi 1er Janvier 2014, une nouvelle année commence… bien!
    Au fait, je viens de consulter mon dictionnaire de rimes, et en particulier les rimes orphelines. Figurez-vous que je viens de découvrir qu’être Belge ou être Pauvre ça ne rime à rien. Être un Goinfre, une Larve ou un Monstre non plus. Même le Triomphe, ça ne rime à rien. Comme Quatorze et… tiens? Comme Quinze ! Seize par contre, ça rime avec Treize. Flûte… de Champagne! 

    52. Un sac de fille

    Cette semaine, une fois n’est pas coutume, je vous propose de faire court.
    Inutile de protester: c’est le 15 août, c’est le pont, je ponte! Comment ça je suis déjà en vacances? Et alors? Excusez-moi mais je ne vois pas bien où vous voulez en venir? Vous voudriez peut-être que je profite de cet immuable weekend de congé pour travailler? Vous êtes sérieux? Travailler? Ha! Ha! Alors vous, comme déconneur! J’ai failli me faire avoir! 
    Le temps de faire ma valise et je pars! Enfin ma valise… Un sac suffira. Pour trois jours en bord de mer je n’emporte que l’essentiel. Alors chemise de nuit… Brosse à dents… Une ou deux pièces le maillot? Dans le doute, je prends les deux! Ce n’est pas ça qui va prendre de la place! Le paréo pour la plage, un jean et 5 ou 6 Tshirts si on décide de faire une balade… Comment ça 5 ou 6 c’est beaucoup? J’aime avoir le choix, pas vous? Et puis ne soyez pas de mauvaise foi, ce ne sont pas un ou deux Tshirts supplménetaires qui m’empêcheront de fermer mon sac. D’autant que je n’ai pris qu’un seul jean! Et si on sort? Je prends une robe au cas où! Les chaussures! J’allais oublier les chaussures! Je prends les tongs pour la plage, les baskets (et des chaussettes!) si on décide de faire une balade… Et si on sort? Je prends les talons au cas où! J’y suis presque. Plus que la crème solaire et le lait hydratant après soleil, le gel douche, le shampoing et l’après-shampoing… Pour 3 jours, une seule serviette? Non, 2! Une pour la plage, une pour la toilette! Je déteste m’essuyer avec le sable de la plage après ma douche! Ça gratte, beurk! Un (bon!) bouquin, l’appareil photo et son chargeur, l’ipod et son chargeur, le téléphone et son chargeur… Voilà! Je crois que je n’oublie rien. Si! La bouteille de Château Fiesta pour mes hôtes: j’ai des manières, je n’aime pas arriver les mains vides.
    C’est étrange, à peine quelques bricoles et le sac ne ferme pas? J’ai dû mal les agencer. Je ne vais quand même pas tout ressortir! Un petit effort, je pousse fermement tout mon barda dans les entrailles du sac pendant que je le comprime fermement entre mes genoux… hmmpf… Non?
    Bon, et si je m’asseois dessus? J’écrase… haaan… je comprime… pff…. je compresse… arggg… Mais enfin, c’est dingue! Je n’ai quasiment rien pris! En sueur, ahanante, j’ai beau tirer sur la toile du sac en tous sens et sautiller allégrement du potin impossible de le fermer! Bon, après tout le Château Fiesta ne s’impose pas, je trouverai sûrement un cadeau sur place. Rebelote, c’est reparti pour une séance de Zumbagagite! Miracle, la fermeture éclair remonte!!!! Mon sac est bouclé! Mais comment un maillot et une brosse à dents peuvent-ils peser si lourd? Mystère… 
    Moi qui voulais faire court! C’est raté! Enfin, je vous quitte, à moi les joies des embouteillages! Juste le temps de vérifier mon sac à main et je file…