99. Festival estival !

Bon d’accord je vous ai un peu laissé tombés. Mais j’ai une vie aussi. Ou plutôt une laaaaïfe comme le disent fort à propos (et fort théâtralement!) mes petits élèves anglophones. Si vous croyez que c’est easyyyy de décrocher, de prendre le temps d’un blog, juste comme ça, parce que l’envie m’en prend. Eh bien non. C’est très compliqué. Ça demande de l’organisation, de la planification; de l’inspiration même! Et puis, j’ai des obligations. Jouer les cigales, quoiqu’en pense Monsieur De la Fontaine, c’est du boulot. A moins de vous mitonner une lazagne entre trois et cinq du mat’, je ne vois pas comment j’aurais pu vous poster quoique ce soit depuis le mois de juin. Alors inutile de me faire tout un flan aux œufs. D’autant que ces jours-ci, les œufs, vous feriez mieux de faire attention (sans pour autant virer vegan, ce serait excessif et fort peu convivial, surtout lors d’un barbecue entre amis, cf post 97) ! 
Si je suis un peu speeeeeed, veuillez m’en excuser mais c’est que des vacances, cette année j’en ai pas eu bézef! Alors quand terrassée par une angine sortie de nulle part pendant mes seuls jours de repos, la piscine et le soleil se sont unis pour me narguer derrière la fenêtre, je reconnais que je suis devenue quelque peu chatouilleuse et que ça m’a fait moyennent rigoler.
Ma nature joviale a pourtant repris le dessus et me voilà shootée, requinquée, les globules en fête, prête à taquiner le clavier. 
Je vous avais donc laissé au carrefour des vacances pour prendre un Virage à droite  ou plutôt à l’Est direction Avignon. Je ne sais pas ce qu’il en a été de votre côté de l’autoroute A6, mais pour ce qui me concerne, l’étape fut belle, CGTiste, et ensoleillée ! Après une année électorale, disons le tout de go, le pari de porter Michel Sardou entre les remparts c’était un peu comme la candidature de Jean-François (Copé pas Derec), audacieux et pas vraiment gagné. Mais dans la famille Virage à Droite, on a le tempérament joueur. Et sagace. On le sait bien que faire Avignon ce n’est jamais « gagner ». C’est plutôt la garantie de perdre ses économies dans une mesure plus ou moins conséquente. De ce côté là, on peut dire que nous avons honorablement rempli le contrat. Conformément à la tradition, nous avons sué sang et eau 12 heures par jour, nous n’avons pas gagné un euro, nous avons dépensé plus que de raison et nous affichons fièrement un solde déficitaire, modéré toutefois (ouf!). Je vous entends qui murmurez déconcertés « mais pourquoi » ? Eh bien une fois n’est pas coutume, je vais oser l’écrire… pour le PLAISIR. Celui de jouer devant une salle pleine tous les soirs un spectacle qu’on a créé, porté, aimé, amélioré et défendu pendant trois ans. Parce que contre toute attente, ils ont été nombreux les spectateurs sensibles à ce répertoire improbable tout à la fois tendancieux et patriote et que nous n’avons pas joué – que – pour les égarés du catalogue et la belle-famille du technicien. On a beau avoir un spectacle pleins de jolis participes passés, mettons les chose au point : Avignon c’est la jungle, pire c’est le Salon de l’Agriculture du spectacle avec moins de ministres et sans le stand raclette de l’Amicale des Fromagers d’Abondance.  Certes, initialement c’était LE festival de Théâtre par excellence, merci Monsieur Vilar… Mais le temps a passé… Le IN snobe le OFF, ils ne sont pas du même monde… Dans le premier La mégère apprivoisée dure 5h dans une mise en scène iranienne sur fond d’émancipation féminine… Dans le second, le dressage de la diablesse dure à peine 1h10 avec 3 comédiens éclairés par deux projecteurs de chantier… Dans le OFF, Edward Bond et Yasmina Reza côtoient les prometteurs Faites l’amour avec un belgeMa patronne est un fumier et  Mon cul c’est pas du poulet, parce qu’il faut bien que les spectateurs de TF1 aussi élargissent leur culture… Et puis il faut encore compter avec les humoristes, les danseurs, les clowns, les circassiens et avec tout ceux du catalogue dont on ne reconnaît même pas l’étiquette sur l’emballage (c’est quoi au juste un clown thérapiste?) ! Et au milieu de tout ce beau monde, faire de la Chanson à Avignon – bien que de Droite – c’est coton ! J’en ai fait la l’expérience en solo, je sais de quoi je parle. Et pourtant… Contre toute attente, entre les 1484 spectacles du OFF, chanter Sardou et Barbelivien s’est avéré beaucoup plus porteur qu’interpréter mes propres refrains forgés à coups de dictionnaires de rimes et d’anatoles habilement détournés par l’ami François. Que faut-il en conclure? Que mes chansons ne valent pas tripette à côté des  Lacs du Connemara ou du France? Que je devrais me lancer dans la Chanson géographique? Que j’aurais dû voter Fillon? Bah non. Juste que c’était bien. Qu’on a bien bossé avec les copains. Qu’on a bien rigolé même. Qu’on s’en est fait des nouveaux de copains à l’ombre des canisses du Théâtre de la Bourse du Travail CGT. Pis des bien. Qu’on s’est mis du spectacle plein les yeux et les oreilles et qu’ on a pleuré (La voix des sans voix, Rue de la Belle écume), rit (Hobobo, Emma la clown), réfléchit (8h30 rue des Écoles, Une cosmonaute n’est pas un souci dans notre galaxie), rêvé (Driftwood, Zorozora, Gaston moins le quart), dansé le rigodon (Marionele), tapé des mains (Garance), qu’on est retombé en enfance (Histoire d’une mouette et du chat qui lui appris à voler,  Zèbre à trois) et pis qu’on  a regretté d’en rater quelques autres de spectacles tellement y en avait dans le labyrinthe des salles climatisées. Et puis qu’on reviendra… encore et encore, parce que le spectacle, c’est bon quand c’est beau. Ou l’inverse.
Alors les vacances? Tant pis ! Peut-être l’année prochaine ! Moi je préfère passer l’été à bosser. Mince! Est-ce que je serais pas en train de virer à droite pour de bon?

Avignon – L’album souvenir 

98. En chaleur !

J- 9 Mais qu’est-ce qui m’a pris. 
Ce matin Joël Collado m’a affirmé que la canicule avait cédé la place à de violents orages. A Cancale peut-être, mais à Dieulefit il est à peine 11h et je le vois bien que le thermomètre affiche nonchalamment 34°C! Alors Jojo, avec ce genre de prévisions je te le dis tout net c’est toi qui va bientôt devoir céder la place! Car ici, d’orage, point. Je m’étais mis en tête de franchir les 100 mètres qui me séparent de  la boulangerie, après 50 mètres, j’ai renoncé. Vite fait. Enfin vite fait c’est une expression… A quoi bon un croissant par cette chaleur? A moins que…  Dans la piscine?
Dans un peu plus d’une semaine, je serai au Festival d’Avignon. Si j’osais un jeu de mot trivial, je  vous dirais même que je suis en marche pour le Festival. Trivial, je vous avais prévenu. Eh ! S’offrir un Virage à Droite au Théâtre de la Bourse du Travail CGT ça n’est pas donné à tout le monde. Certes, je ne suis pas tout le monde. Dans l’absolu, météo mise à part, j’irais jusqu’à dire que je me réjouis de retrouver les remparts. Même si je sais que ce n’est pas qu’une partie de franche rigolade. Qu’on va pas seulement retrouver les copains pour chanter du Michel Sardou et du Didier Barbelivien. Qu’on va pas seulement partager des fous rires et des tranches de melons. Qu’on va aussi se casser les ongles à coller des affiches, les cordes vocales à parader, la tête à rameuter du monde, la gueule même peut-être?  Qu’on n’aura pas le temps d’aller voir les spectacles des copains (les autres!) tellement on sera lessivés même si on se promet le contraire à tous les coins de parades. Qu’on sera peut-être bien content d’échapper à  Tu ronfles trop fort Théodore.  Qu’on regrettera sans doute de ne pas pouvoir jeter un œil à l’ Antigone de Satoshi Miyagi dans la Cour du Palais des Papes vu qu’on joue en même temps. Qu’on s’engueulera sûrement une fois ou deux parce que c’est la vie et qu’on avait bien dit qu’on laisserait pas trainer sa vaisselle sale dans l’évier parce que ça attire les mouches! Qu’on se demandera sans doute une fois ou deux si ça valait bien la peine tout ça? Qu’on se découragera d’ailleurs… un peu probablement… Tout ça je le sais. Ça me va. Je signe. Par contre les 34°C, je les avais un peu mis de côté. Senor Météo, ‘scuse…  mais ta grenouille elle a tout faux! Et moi, quelques années plus tard, je ne suis pas sûr de tenir le choc thermique. Tu me diras ça me fait un bon entraînement pour la ménopause.
Oui, voyons le bon côté des choses. Dans le Marie-Claire du dentiste fallait chercher des raisons de positiver. Chez le dentiste… tu m’étonnes! Bon. D’abord, logiquement entre marche et sauna, je devrais fondre, non? D’autant qu’on n’a rarement envie d’un veau marengo ou d’une raclette par de telles températures. Voilà qui va me réconcilier avec ma balance, nous étions un peu fâchées. Et puis désormais les théâtres avignonnais sont climatisés et on ne peut pas dire que ce soit un luxe. La mairie ne pourrait-elle songer à faire climatiser ses rues? Oh ! Je ne dis pas toute l’année bien sûr, mais ne serait-ce que pour la durée du Festival? C’est que j’appréhende un peu de défiler en Stéphanie de Morano… Oh j’assume le personnage ! Disons…  à peu près!  Mais de la Place de l’Horloge à la rue de la Bonneterie, le tailleur cintré, doublé, à manches longues je l’assume moins ! Même s’il est vrai que j’ai choisi une petite cotonnade estivale pour les parades. Toutefois, j’ai pris la liberté de remiser ma marmotte et mes collants. Je ne pense pas qu’on m’en tienne rigueur. Du moins je l’espère. S’il y avait des plaintes, j’aviserai. Le maquillage par contre risque de couler…. Si le style coulure Ripolin est actuellement en vogue je risque de connaître mon petit succès…. Sinon…. je pourrais peut-être faire passer ça pour une nouveauté dermatologique?
C’est un spectacle de natation synchronisée que j’aurais dû présenter. Un maillot de bain et basta! Bon de toute façon j’ai tout prévu dans mon sac : un thermos d’eau glacée, un spray d’eau minérale, des lunettes de soleil,  un éventail, des lingettes démaquillantes. Et puis des tracts (on ne sait jamais!). Le hic c’est qu’il risque de peser une tonne… Je vais mourir je vous dis!  Je le savais pourtant que c’était dangereux… un Virage à Droite! Tant pis! En marche!
PS : Je vous écrirai tout plein de mots purs au fur et à mesure pour vous raconter le Festival. 
Pis si vous passez dans le coin… Venez me faire un coucou…  à Droite ou ailleurs!

69. Confession infâme

Cher lecteur, je dois te faire une confession. Ce ne sera pas facile et sans doute je vais te décevoir. Il y aura des cris, des reproches, des larmes, et tu m’en voudras, c’est certain. Tant pis. Ce sera douloureux, mais il faut en passer par là. Et je préfère que tu l’apprennes par moi plutôt que par un autre. Je te dois bien ça. 
Cher lecteur… Je… Je chante du Michel Sardou.
… 
Pardon.
Attends, attends! Ne pars pas! Écoute-moi… Oui bon ça va, tu m’as comprise… Lis-moi au moins! Allez, je t’en prie, laisse-moi t’expliquer! Michel et moi ce n’est pas du sérieux! Je t’assure. C’est pour rire! Je te jure, je n’ai rien fait pour que ça arrive. Michel m’est tombé dessus sans que je m’y attende. Euh… c’est une image, tu l’as bien compris? Dans le doute, je préfère préciser, on ne sait jamais.
C’était un soir de mai. J’étais à Toulouse, un ami – dont je préfère préserver l’anonymat afin de lui éviter des ennuis à son tour – m’avait invité à participer à une soirée collective (a posteriori, je t’avoue que je m’interroge : était-ce bien un ami?). Une soirée chansons s’entend! Ne va pas en plus t’imaginer des choses! Bref, j’étais loin de chez moi et je me sentais vulnérable… Je veux dire, plus fragile qu’à l’habitude parmi tous ces chouettes chanteurs que je ne connaissais pas. J’ai bu un verre de Gaillac (ou deux, je ne sais plus) et avant de pouvoir m’en rendre compte, je me suis retrouvée sur la scène de Chez ta mère à côté du piano à chanter Les lacs du Connemara à pleins poumons… C’est aussi bête que ça.
Le lendemain, en route pour Paris dans l’interminable train SNCF Intercités 100% Eco et 0% Confort, j’étais un peu sonnée. C’est à peine si je pouvais avaler mon sandwich en carton. Comment t’avouer mon infidélité? J’avais honte, tu comprends? Si, si, je t’assure. Au moins un peu. Mais comment te dire… Ce soir là à Toulouse, j’ai éprouvé comme un plaisir étrange et pervers… Un peu comme celui qu’éprouve l’adolescent boutonneux à l’heure de percer l’énorme bubon blanc et acnéique qui lui orne le front. Cher lecteur saurais-tu me comprendre? Probablement non. C’était juste un soir après tout… Qui le saurait? A quoi bon te faire souffrir inutilement? J’ai préféré ne rien te dire et le temps a passé. Tu ne t’es douté de rien et les concerts ont repris entre nous comme si de rien n’était.
Et puis… Un an plus tard… C’était un soir d’Avril cette fois-là, j’ai remis ça. Je voulais dire non. Vraiment. Mais l’attirance était trop forte. Le souvenir de ce plaisir malsain brulait encore au fond de moi. J’en voulais encore! Une fois de plus, c’était  à Toulouse, au Bijou cette fois. Ce soir-là, nous n’étions plus que quatre sur la scène. Nos anciens compagnons, plus sages, avaient su dire non à Michel. Sans doute étions nous plus faibles. Nous n’avons pas su résister. La salle quant à elle était comble pour venir assister à notre déchéance musicale. Pour ce second écart, autant te le dire tu finiras par l’apprendre de toute façon, je ne me suis pas contenté de chanter Michel, j’ai aussi fredonné Bernard Tapie. Et Chimène Badi. Et Didier Barbelivien.
Un concert en entraînant un autre, aujourd’hui Virage à Droite, c’est le nom de notre groupe, m’entraîne de scène en scène à Paris, Lyon ou Lille et comme tôt ou tard tu aurais fini par l’apprendre, j’ai préféré tout te dire.
Cher lecteur, je sais comme cet aveu doit te paraître brutal. Après tout, tu n ‘as rien vu venir. Tu avais confiance en moi et j’ai tout gâché. A présent, tu n’as probablement plus aucune estime pour la chanteuse à texte que je suis. Du moins que j’étais jusqu’ici. Tu découvres ces lignes et j’imagine ou plutôt je sais les nausées qui te saisissent. Je les connais, j’ai eu les mêmes. Au début. Prends du Spasfon. Je t’ai déçu. Excuse-moi. Je veux pourtant que tu saches, que ce qui m’arrive, ce qui nous arrive, n’a rien à voir avec toi. Tu as toujours été un public attentif, généreux et aimant envers moi. Tu m’as donné confiance, tu m’as aidée à me sentir drôle, belle même. Tu m’as accompagnée dans les bars, les théâtres, dans la rue, le métro même. Et je t’ai trahi. C’est moi la fautive. Je ne te mérite pas. Allons, ne pleure pas s’il te plaît…. Tu n’as rien à te reprocher.
Je veux que tu saches que je suis prête à tout pour  racheter ta confiance. Car malgré Michel (Sardou), et comme dirait Michèle (Torr), je suis restée la même… Celle qui fredonne Barbara dans les allées du Père Lachaise… Celle qui murmure Pierre Perret sous sa douche… Celle qui gazouille Les Frères Jacques sur son vélo… Et celle qui gribouille rimes et refrains au crayon noir dans son vieux carnet usé en espérant qu’ils te plairont peut-être…
Ne m’en veux pas je t’en prie. Je te l’ai dit, au début de ce post, Michel et moi c’est pas sérieux. On a tous nos petits travers après tout. Toi-même, n’as tu jamais fredonné La Java de Broadway ou  La maladie d’amour coincé dans les embouteillages ou au mariage de ta belle-sœur Josette? Tu vois bien…  Les goûts de chiottes, c’est humain tu sais… Nous ne sommes pas si différents après tout. Simplement, moi je le fais en public. Alors plutôt que de faire ça en cachette, pourquoi ne partagerions-nous pas notre vicieux plaisir? Je sais cher lecteur, tu es probablement de gauche, du moins tu l’étais… Avant…  Et Michel Sardou est contraire à tes idéaux. Moi aussi. Mais je préfère en rire alors cher lecteur, jette une oreille à ce Virage à Droite, je t’assure qu’en musique, ça passe – un peu – mieux… Fais-le… Pour toi, pour moi, pour nous!

Virage à Droite
 avec Nicolas Bacchus, Lucas Lemauff, Manu Galure et Stef!
Une vidéo réalisée par le webzine Hexagone