Pas d’odeur d’aiguille de pin ou de cannelle, pas de parfum de vin chaud ou de chocolat chaud entre les cabanes des marchés de Noël. Pas de marchés d’ailleurs. Pas non plus de grelots ni de Ho ! Ho ! Ho ! Pas l’ombre d’une barbe blanche, d’un bonnet rouge ou d’un ceinturon sur les trottoirs déserts devant les Grands Magasins. Acroire que le Père Noël est confiné lui aussi, en Laponie ou aux Seychelles, allez savoir… Peut-être même qu’il est malade sans qu’on n’en ait rien su ? Les enfants lui écrivent malgré tout avant de demander pour la centième fois si on ira voir Papi et Mamie à Cheissoux comme chaque année pour le réveillon à des parents qui ne savent toujours pas quoi répondre et lâchent, agacés, « Tu vois pas que je suis en visio ! » Les supermarchés essayent aussi de nous convaincre que Noël c’est pour bientôt tandis que Mariah Carey fredonne inlassablement All I want for Christmas entre lesrayons gavés de chocolats, Panettone, foie gras et autres marrons glacés. Mais cette année l’esprit de Noël s’est fait la malle. En cette fin d’année, il est plutôt chagrin, brumeux l’esprit et le cœur, lui non plus, n’est pas aux fêtes. Chacun rechigne à faire une place à ce virus malpoli, qui s’est invité sans prévenir aux festivités et qui n’est franchement pas le bienvenu. Mais on n’a pas le choix, alors sous les masques, on s’organise comme on peut. La tradition, c’est la tradition. C’est Noël, merde ! On ne va pas laisser une bête de pandémie nous gâcher les fêtes ! Et si on se faisait un réveillon-Zoom ?

– Maman, t’as oublié d’activer ton micro ! En bas à gauche, clique !!!

– Salut tout le monde ! Allo ? Vous m’entendez ?

– T’aurais pu sortir de ton lit pour le réveillon !

– Je vous ai préparé un slide avec des dessins de Simon et Ludivine pour Noël… vous êtes prêts ?

– Euh… c’est ton bureau qu’on voit là !

– Ah et là ? 

– Maman, y a le micro-onde qui sonne, coupe ton micro… En bas à gauche… clique !

– Qui est-ce qui parle ? 

– C’est moi Maman ! 

– Allo ? Vous m’entendez ou pas ? 

– Papa, tu peux enfermer la chienne ? Elle va aboyer toute la soirée !

– Je vous laisse deux secondes, j’ai un autre réveillon-zoom chez mes beaux parents, à toute ! 

Franchement ça promet, le réveillon au coin du Zoom. On ne peut pas dire que ce soit très chaleureux ni très festif. Même avec un feu de cheminée en fond virtuel. Pour un peu, ce serait même pathétique.  Toute la  petite famille réunie sur l’écran, chacun devant sa caméra qui déguste sa demi-douzaine d’huîtres arrosée de jus de citron à 20h34 précises sous prétexte d’être bien synchrones afin de célébrer tous ensemble un Noël pas très joyeux au demeurant ? Car ce Noël 2020 n’a de Noël que le nom. Il n’en a ni le goût, ni l’odeur, comme s’il était lui-même contaminé. Il n’amène avec lui ni les trois flocons blancs habituels, ceux qui virent  en quelques heures à la gadoue grisâtre sur les trottoirs parisiens, et qui pourtant, me réjouissent et me font retomber en enfance dès que je les vois apparaître. Il n’amène pas les pintes de bière de Noël commandées au comptoir dans le brouhaha d’un bar chaleureux, pas plus que les pintades farcies, les mousselines de châtaignes et autres feuilletés de Saint-Jacques entre lesquels on hésite avant de se décider pour les paupiettes de sole au menu d’hiver d’un restaurant au décor feutré. Cette année, Le Père Noël a perdu sa pantoufle n’est pas l’affiche du Théâtre des Papillons Bleus pour faire la joie des plus petits (et accessoirement celle de quelques intermittents !) tous les mercredis et samedis de décembre et bien sûr, il n’y a pas de traditionnelle festival de gamelles escapade entre copains à la patinoire, tout juste peut-on se consoler autour de l’appareil à raclette, judicieusement conçu pour 6 convives (coïncidence ?).  

Pour résumer, l’arrivée de Noël cette année semble provoquer plus de soucis que d’excitation et de joie dans les familles. Comment va-t-on s’organiser, faut-il se faire tester, pourra-t-on voyager, pourra-t-on simplement se voir, sans parler des cadeaux. La bûche n’a pas encore été servie qu’elle pèse déjà sur les estomacs. Alors à quoi bon se mettre la rate au court bouillon ? Quitte à faire la fête, est-ce qu’il ne vaut pas mieux attendre d’avoir une bonne raison et surtout de pouvoir le faire bien ? Puisqu’on a réussi à décaler le Black Friday, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décaler Noël. On fait ça tranquillou, au printemps, quand l’effet de ressac des vagues se sera un peu calmé. Pour l’arbre on décore un buis ou un olivier, on peut même zapper la déco et profiter que le cerisier du Japon est en fleurs, pour la musique, on remplace Mon beau sapin par Le grand chêne de Brassens, pour le menu, on troque les huîtres pour des asperges, la dinde pour un gigot d’agneau, la bûche pour une tarte aux fraises et les cadeaux, ben… ça on garde. C’est pareil en fait ! A part la météo ! Et qu’on peut éventuellement mettre les gosses dans le jardin (si on en a un) comme ça, on est tranquilles pour l’apéro. Franchement, je ne sais pas ce qu’ils fabriquent au gouvernement, c’est pourtant simple ! 

La présence du père Noël dans les centres commerciaux fait réagir | Place  publique
Share Button
0 0 votes
Évaluation de l'article
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments