140. La positive attitude

Cher Monsieur Bastien Angermüller,  Vous m’avez officiellement délivré mon certificat de positivité au Covid, je ne vous remercie pas. Je n’aurais jamais cru qu’un jour, je regretterais autant de réussir un examen. Je ne remercie pas non plus le Secret Santa qui m’a refilé ce joli cadeau de Noël que je ne peux ni rendre, ni échanger, ni revendre sur Le bon Coin vu quetout le monde l’a déjà. Grâce à vous deux, cette année se terminera pour moi encore plus mal qu’elle n’avait commencé ce que, en toute honnêteté, je n’aurais pas cru possible.

Quand les premiers maux de gorge se sont manifestés, j’ai pensé que j’avais peut-être avalé un ou deux coquillages avariés le soir du réveillon. J’ai rapidement écarté cette hypothèse, je n’ai pas pour habitude de manger les crustacés avec leur coquille, encore moins quand il s’agit d’oursins. C’est entre ma septième et ma huitième sieste que les courbatures m’ont alertée. Certes, je ne m’étais pas échauffée avant le dîner néanmoins l’effort que j’avais déployé la veille pour lever ma coupe de Champagne ou découper le saumon n’était pas surhumain. Quant à cette soif persistante, j’aurais pu la prendre pour la manifestation d’une vulgaire gueule de bois, du latin vulgaris crapulam, à ceci près que je n’avais pas abusé du Saint-Emilion à table car sachez, Monsieur Angermüller, que je ne me cuite pas au Saint-Emilion, j’ai de l’éducation. 

C’est ainsi que, un peu patraque, j’ai poussé la porte de votre officine de pharmacie un lendemain de Noël. Nous n’étions pas nombreux, entre les couches et les shampoings anti-pelliculaires, à vous rendre visite et je n’ai pas eu à attendre longtemps avant de rejoindre votre collègue sous le barnum auquel une modeste guirlande donnait un air de fêtes. A l’abri des regards, je l’ai laissée visiter furtivement ma fosse nasale puis nous nous sommes quittées et j’ai rejoint mon domicile à la lueur des lampadaires. Hélas, je n’ai pas non plus attendu longtemps le résultat funeste de notre intimité. A peine quinze minutes plus tard, j’étais non seulement malade mais aussi démoralisée.  

Vous ne le savez pas, Monsieur Anger… je peux vous appeler Bastien ? Donc, vous ne le savez pas parce qu’on ne se voit pas souvent, Bastien, mais je suis artiste de mon état. Comédienne, chanteuse… non, non, ne cherchez pas vous ne m’avez pas vue à la télé, je suis plutôt du genre confidentiel, tout particulièrement cette année. Je suppose qu’entre deux séries Netflix vous écoutez les infos, je ne vous ferai donc pas un état des lieux de la Culture, disons sobrement qu’elle a subi quelques dégradations. Tout ça pour vous dire qu’en cette fin d’année, je devais jouer. Vous n’imaginez pas, Bastien, la joie enfantine et l’excitation que provoque désormais pour moi la perspective de chaque représentation. La peur aussi. Tant que je n’ai pas un pied sur la scène, que je n’entends pas le murmure de spectateurs dans la salle, j’attends à présent malgré moi l’annonce officielle, le coup de fil – ou du sort, c’est une question de point de vue – qui annulera tout.

Je devais partir ce matin pour Toulouse. Ce Nouvel An, c’était mon Noël à moi ! Si vous saviez comme j’attendais de commencer l’année en beauté, sur la scène du Bijou, Sur la Bonne Voix ! Entourée de ceux que j’aime… C’aurait été le plus beau des cadeaux, le réveillon le plus parfait. J’y étais presque ! Sans doute était-ce trop beau… trop parfait… Encore une fois, il faut tout annuler et encore une fois, avoir le cœur brisé. Pardon Bastien, si je ne suis pas aussi « positive » que vous semblez le croire. J’aimerais bien. Mais j’ai comme un goût amer dans la bouche… C’est bon signe remarquez, je n’ai pas perdu le goût… 

Avec ma plus sincère affliction,

Stéphanie

139. Un taxi nommé désir…

D’accord, il était 21h. D’accord, nous avions l’air de deux touristes dans nos cirés jaunes assortis. D’accord, le bonheur sur nos visages pouvait paraître indécent. D’accord, nous venions de passer à l’heure d’hiver entraînant chez certains des troubles du sommeil, de l’irritabilité et une baisse de la capacité de travail. Et d’accord, d’accord, nous arrivions à Paris qui n’est pas précisément connue pour la courtoisie de ses habitants. Il n’empêche, ce ne sont pas des excuses. 

Je rentrais donc de Noirmoutier avec mes camarades par le TGV INOUI 8926 en provenance de Nantes. Nous venions de passer trois jours sur une île entre la terre et la mer, entre le soleil et la pluie, entre les huîtres et les patates bref une île, entre le sel et l’eau. Un parfum d’iode et de moules marinières s’accrochait à nos cheveux emmêlés par le vent… Le chant des vagues, le cri des mouettes et la voix de Cabrel fredonnant Hors-saison continuaient de résonner harmonieusement à nos oreilles… Nous avions encore les yeux tout éblouis – et les pieds tout engourdis – de nos balades en bord de mer et de nos déambulations au cœur des marais salants… Bref, nous étions heureux, ivres de sel, d’océan et de Chardonnay Vendéen, et nous n’avions qu’une ambition (après 1h45 de voiture et 2h11 de train) : rentrer chez nous. 

Fatigués par nos trois jours de repos, avec mon camarade Hervé nous décidons de partager un taxi puisque nous habitons à quelques rues l’un de l’autre dans ce chouette quartier qu’est le vingtième arrondissement. Il faut avouer que la perspective d’un dernier voyage en métro, à arpenter couloirs et escaliers chargés de nos bagages, nous enthousiasmait assez modérément. Et à quoi bon appeler Uber ou je ne sais qui quand à peine descendu du train, des chauffeurs de taxi attendent de vous conduire si ce n’est au bout du monde du moins à l’autre bout de Paris. 

Arrivés en gare Montparnasse, nous nous mettons donc en quête de la station de taxis la plus proche et suivons docilement les flèches des panneaux ornés d’une petite voiture verte disséminés dans la gare. Les  trois panneaux semblant avoir été accrochés au hasard soit par un employé dyslexique ayant abusé d’alcool, soit par le commissaire de l’expo Léonard de Vinci du Louvre, nous nous lassons finalement de ce jeu de piste infructueux et décidons de sortir par la grande porte. Nous nous débrouillerons tous seuls, sans l’aide du responsable chargé de la signalétique de la Gare Montparnasse. 

Sur le parvis de la gare, au coin de la rue du Départ, deux chauffeurs discutent près de leurs bagnoles, peinards… Telles deux émeraudes, la lumière verte du lumineux TAXI qui surmonte leurs voitures noires brille dans la nuit, noire itou. Eh ben ! La voilà la station ! C’était pourtant pas compliqué de flécher la sortie principale ! Pleins d’assurance, Hervé et moi-même nous dirigeons vers ces nobles travailleurs de la nuit et nous adressons à celui visiblement en tête : « Bonsoir monsieur, nous allons dans le vingtième ?  » L’homme nous ignore ou presque. Il est vrai que nous l’interrompons au milieu de sa cigarette et d’une conversation visiblement passionnante avec son collègue. Nous renouvelons timidement notre requête. Il se retourne, agacé, avant de nous indiquer mollement que la station se trouve quelques mètres plus loin, « par là ». Satanés lumineux verts qui nous ont induits en erreur, nouilles que nous sommes. Nous remercions ce chaleureux chauffeur pour ses aimables renseignements et poursuivons donc notre quête. 

« Par là » il n’y a aucune station. En revanche, nous découvrons l’accès du parking de  la gare. Bingo ! Sous l’éclairage sordide, nous repérons que notre ami responsable de la signalétique a « oublié » un panneau au dessus de la rampe d’accès des voitures. Nous hésitons avant de renoncer à gravir avec nos bagages le charmant colimaçon bétonné parfumé à l’essence. Le cœur gonflé d’audace, nous rejoignons le bord du trottoir de la Rue du Départ dans nos cirés jaunes assortis, prêts à héler le premier taxi venu. Après moins d’une minute d’attente, une superbe citadine ornée du logo G7 ralentit et s’arrête à notre hauteur. Le chauffeur baisse la vitre passager avant de baragouiner avec l’aménité d’un CRS avec une rage de dents  » Z’allez où ?  » Nous lui indiquons poliment notre double destination et après une brève réflexion ce Taxi Driver de seconde zone, bien moins sexy que De Niro mais tout aussi fondu que Travis Bickle, aboie « J’ai fini mon service, ce sera 60 euros. » Euh… pardon ? Are you talkin’ to me ? Et le compteur alors ? Il est là pour la déco ? Tu veux pas qu’on te paye à l’avance non plus ? Comme nous restons sans voix, devant nos mines (ahuries sans aucun doute), Travis n’attend pas notre réponse. Il remonte sa vitre et fonce dans la nuit blouser d’autres clients plus naïfs…

Nous sommes finalement montés à bord d’un taxi de la société G7. De vert, le lumineux est devenu rouge. Joe le Taxi était charmant, il ne connaissait peut-être pas toutes les rues par cœur mais grâce à son GPS, il nous a fait traverser Paris en discutant aimablement, faisant mentir la mauvaise réputation des Parisiens. Les lumières scintillaient le long du Boulevard Montparnasse… Par la fenêtre défilaient le Boulevard Saint Marcel.. la Seine… le Génie de la Bastille… C’était beau. Joe nous a finalement ramenés à bon port pour une vingtaine d’euros et je n’ai jamais eu autant envie de donner un pourboire à quelqu’un. 

Avant de vous quitter, je n’ai pas rapporté d’huîtres ni de patates de Noirmoumoute, mais je partage quand même ces jolies vues d’automne…

138. Un Marx et ça repart !

Ça y est, j’ai fait ma rentrée politique. L’été s’en est allé et il a bien fallu se résoudre à ranger les vacances dans les valoches (à roulettes, désolée Brigitte). En général la rentrée, je trouve ça excitant, mais cette année, allez savoir pourquoi, je n’étais pas trop motivée. Peut-être la perspective de devoir se coltiner les mêmes bras cassés que d’habitude ? Avec les mêmes programmes en plus… Je ne sais pas vous, mais j’ai l’étrange sensation que je n’en finis plus de redoubler. Je crois que je suis en situation d’échec politique. Mais ne dramatisons pas, finalement ça ne s’est pas si mal passé. J’ai même réussi à ne pas pleurer, ce n’est pourtant pas l’envie qui m’a manqué. C’est peut-être ça la maturité politique ? Ou la désillusion allez savoir... Mais que je vous raconte un peu. 

Le weekend dernier, je baguenaudais  au Parc Floral (en vrai je travaillais, mais ça fait moins bucolique) quand par un hasard fortuit et malencontreux, entre les oies sauvages et les nénuphars, une horde de jeunes républicains a surgi devant moi – sans les armes mais avec les bagages (!) – effrayant jusqu’au paon du parc qui est allé se réfugier sur le toit du Pavillon 21, me laissant affronter seule et pantoise la Rentrée des Jeunesses Républicaines. Si mon miroir se charge de me rappeler  chaque jour que je n’ai plus rien d’une jeunesse, ces militants supposés être dans la fleur de l’âge non plus, visiblement. N’ayons pas peur des mots, ils avaient la fleur quelque peu défraîchie pour ne pas dire carrément flétrie. L’espace d’un instant, je me suis même demandé si ce n’était pas un critère d’adhésion ? Giscard et Juppé n’étaient-ils pas chauves à quinze ans ? Toujours est-il que le look Fillon et le look Bachelot étaient très tendance cette année dans les allées du Parc Floral, on ne peut pas vraiment dire qu’on se serait cru à la Fashion Week entre les bijoux clinquants, les foulards Hermès, les serre-têtes velours, et les vestes forestières (malgré les 34°C !). Sans doute attirée par ma combinaison bleu royal, Rachida Dati en personne est venue me saluer toutes dents dehors et malgré mes cheveux gris, pendant un court instant, j’ai pu retrouver ma jeunesse, républicaine de surcroit ! Son sourire botoxé et carnassier n’étant pas sans rappeler celui de Jack Nicholson dans Shining, notre échange a été des plus brefs. 

Les plus observateurs d’entre vous auront peut-être remarqué que je n’ai rien d’une Républicaine. Enfin si, pardon. Conformément à la définition de ce bon vieux Larousse, je suis en effet favorable à la République. En revanche, je ne suis pas un moineau d’Afrique Australe qui édifie un nid collectif où se reproduisent plusieurs dizaines de couples, ce qui est bien dommage, ça a l’air sympa. Je ne suis pas non plus membre du Parti des Républicains, ce qui d’après ce que j’ai vu ce weekend a l’air un peu moins sympa et beaucoup plus bruyant qu’un moineau. D’ailleurs, après avoir entendu ces jeunes militants crier tous en chœur On est de droite ! On est de droite ! tout le weekend, je m’interroge : peut-être que le nid collectif c’est leur truc aux Républicains ? Sardou, Montagné et Bruel, oui apparemment. Ils nous l’ont démontré à pleins poumons. Hélas. En revanche, pour les dizaines de couples, je crois que non… La reproduction communautaire, à mon avis, c’est plutôt un truc de gauchos. Du reste, ce weekend, à la Fête de l’Huma, j’ai croisé quelques camarades qui avaient l’air plutôt partants… Oui j’étais à la Courneuve ! Eh ! C’est qu’il me fallait bien quelques litres de binouze tiède pour me remettre de ma rentrée inopinée à Droite (même si j’ai été un peu déçue de ne pas voir les Balkany). 

Ce qu’il y a de bien avec la Fête de l’Huma, c’est qu’on a ses repères. D’abord tout le monde te tutoie et t’appelle Camarade et ça fait chaud au cœur ce petit folklore.Bon, je dis tout le monde, mais pas les types à l’entrée payés deux ronds de serviettes  qui te disent « Pass Sanitaire siouplé! ». Tu peux assister à des débats avec des titres qui te rappellent que le monde ça pourrait être vachement chouette si on faisait un effort et quand tu t’arrêtes pour écouter les Camarades, tu te rend compte que c’est pas gagné cette affaire… Cette année, Fabien Roussel a été très sympa, il nous a fait tout plein de promesses pour quand il sera le Président de la République. Et puis la Fête de l’Huma, c’est un peu le Salon de la Gastro (dans tous les sens du terme). Tu passes trois jours à manger et à boire des spécialités de toutes les fédérations (mention spéciale au Punch Coco de la Martinique). Avant, on buvait se torchait à la Kro en mangeant des merguez. Maintenant, on boit de la bière bio – à la verveine ou à la réglisse – et les assiettes sont vegan… Ah la la, tout se perd Camarade… Moi mon truc, c’est les douzaines d’huîtres. Enquiller les stands de Bretagne et de Loire Atlantique (22, 29, 56, 44, 85, 17) sans oublier celles de Bouzigues en Hérault (34). Enfin ça c’est d’habitude parce que cette année, l’Humanité avait réduit de moitié : la moitié des stands n’étaient pas là…. et l’autre moitié n’avait pas prévu assez d’huîtres ! Dès le samedi, il y avait pénurie. Idem pour la choucroute, le cassoulet, les tripoux et l’andouillette. Enfin pour la bière on a évité le drame et c’était beau de voir, comme chaque année, tous ces messieurs pisser au vent, entre deux stands, plutôt qua dans les – nombreux – sanitaires prévus à cet effet ! Côté concert la Fête de l’Huma, c’est un peu la Fête de la Musique. Et cette année, on n’a pas été déçus, Trust nous a régalé de son célèbre Antisocial et sur la grande scène, Alain Souchon a fait chanter et rire jeunes et vieux à l’unisson pendant plus d’une heure… il devait jouer 45 minutes ! Merci Camarade ! Et puis au détour des stands, des inconnus se sont retrouvés autour d’autres inconnus qui grattaient plus ou moins bien des guitares en criant leur colère, rêvant d’un monde meilleur et parlant d’amour… A minuit, les Camarades épuisés se sont dirigés vers la sortie pour rejoindre le RER… ou prendre un Uber.

N’empêche, à la Fête de l’Humanité, chaque année, je retrouve un goût de liberté, d’égalité et de fraternité. Dommage que ça ne dure que trois jours… 

Ma Rentrée Républicaine
Ma Rentrée Communiste

134. Liste de vœux

La voici donc la nouvelle année qu’on attendait avec tant d’impatience. Jusqu’ici, je ne sais pas vous, mais pour ma part je ne peux pas dire que je sois franchement emballée. Que ce soit par le nouveau calendrier des pompiers, le nouveau couvre-feu ou le nouveau baguette-bag de chez Moschino qu’on peut se procurer pour la somme modique (normal, c’est de la mode) de 795€.Personnellement, j’achète ma baguette à la boulangerie de la rue Sorbier pour la somme encore plus modique de 0,95cts et j’en suis très satisfaite. Certes, je ne peux pas y glisser mes clés ou mon portable (j’avoue honteusement que je n’ai jamais essayé), mais  je peux vous garantir qu’avec un imperméable, l’effet est tout simplement le même que sur la photo. Enfin je suppose, je n’ai pas d’imperméable. Et je peux même agrémenter  ma baguette de chocolat ou de pecorino. Pas sûre qu’on puisse fourrer le baguette-bag de rillettes ou de confiture de myrtilles…

Mais s’il est vrai que les égarements boulangers des créateurs de mode italiens constituent pour moi une véritable énigme, ce n’est pas ce qui me déroute le plus en ce début 2021. En effet, cette année, j’ai reçu moult cartes SMS de vœux on ne peut plus insolites :  « Bonne année confinée ! »  » Bonne Coronannée ! » « En 2021, vive le vaccin ! » « Je te souhaite une année démasquée… » qui m’ont presque fait regretter le facétieux « Bananier et pommes sautées ! » ou le piquant « Beaux nénés et bonne tétée ! »

J’ai bien compris que les auteurs se voulaient cocasses voire spirituels pourtant leurs messages ont eu l’effet inverse et m’ont carrément flanqué le bourdon ce qui est plus ou moins l’opposé du concept. On ne peut pas dire que leurs vœux 2.0 m’aient laissé espérer le meilleur pour l’année à venir. Très honnêtement, si c’est pour commencer 2021 avec le virus, les masques ou un (re)confinement – un peu comme j’ai fini la précédente en somme – inutile de m’adresser des vœux :  je n’ai qu’à sortir de chez moi – lorsqu’on m’y autorise aimablement cela va de soi – ou à allumer les informations. Hors, précisément, en 2021, s’il y a une chose que j’aimerais bien pouvoir faire, c’est débrancher Radio Corona une fois de temps en temps…  

Et puis j’aimerais savoir… Depuis quand cette manie de la rime s’impose-t-elle quand on veut souhaiter la bonne année ? Après 2019 l’année de la teuf, 2017 l’année des pépettes sans parler de la très glorieuse 2016 année de la baise, le concept de vœux « poétiques » a montré ses limites je crois. Il n’y a rien là de très baudelairien ni de très convaincant et il serait temps d’y renoncer (exception faite pour les élèves des écoles élémentaires). 

De même, tous les ans, je reçois les vœux de Jacques Brel. Enfin, je ne reçois pas chaque année une carte de vœux de Jacques dans ma boîte aux lettres, de toute façon plus personne n’envoie de carte à part  Domino’s Pizza  et  Yves Rocher. Pourtant, Jacques et moi sommes amis depuis plusieurs années sur Facebook, encore récemment il m’a souhaité un joyeux anniversaire alors que Jean Yanne a encore oublié ! Enfin tout ça pour dire que chaque année, il y a toujours quelqu’un pour me transférer les vœux de Jacquot qui datent quand même du 1er Janvier 1968. Ils sont très beaux je le reconnais. Mais peut-on impunément s’approprier les vœux d’autrui ? Des vœux, c’est quand même intime, non ? « Comme j’étais pas inspiré, je t’envoie les vœux de Jacques Brel… »  Et pourquoi pas « Comme j’étais pas inspiré, je vous envoie la déclaration fiscale de mon beau-frère… »  ? Et puis 33 ans ça commence à dater…  Il serait peut-être temps d’emprunter les vœux de quelqu’un d’autre…. Est-ce qu’Alain Souchon ou Francis Cabrel ne pourraient pas se dévouer et nous souhaiter la bonne année dans une envolée pleine de lyrisme qu’on pourra leur piquer pendant les trente années à venir histoire de changer un peu (même en étant pour la parité ça me semble difficile de solliciter Mylène Farmer ou Aya Nakamura pour ce genre d’exercice) ? Je leur adresse d’avance toute ma gratitude.

Enfin à quoi bon envoyer le même message à tout son carnet d’adresse ? J’ai reçu des SMS d’inconnus ou presque. Quel est l’intérêt de souhaiter une bonne année à son toiletteur canin ou à Thaï Tanic, livreur à domicile ? Est-ce qu’un SMS groupé c’est plus facile ? C’est pour ne vexer personne ? Ou pour se sentir moins seul ?  Ou c’est peut-être une fausse manip’ ? A moins que ce ne soit pour avoir une remise sur les pad thai crevette ? 

Souhaiter une bonne année, pour de vrai, à ceux qu’on aime (ce qui réduit considérablement le carnet d’adresse) ce n’est pas grand-chose et puis ça fait drôlement plaisir. Mais ça prend plus de temps, forcément. Surtout si on y ajoute une pointe d’optimisme, par les temps qui courent ce n’est pas négligeable, et un brin de personnalisation. Pour ma part, j’aurais aimé qu’on me souhaite une année pleine de dimanches au chaud sous la couette, de chansons de Patti Smith ou de Diane Dufresne  au choix je ne suis pas contrariante, de spectacles en vrai de vrai et de toutes les couleurs, de soirées entre potes (sanitairement safe) qui s’éternisent jusqu’au milieu de la nuit, de tricots en laine mérinos, de milliers de mille-feuilles avec du thé fumé fumant, de grains de pop-corn qui éclatent avant que je m’installe pour re-re-regarder La fin du jour, de fausses notes grattées sur ma guitare, de paysages exotiques à l’autre bout du monde et de balades sans but au bout de ma rue… bref de petits riens du tout qui me rendront l’année plus douce malgré tous les flashs infos Radio Corona. 

Pour finir, je souhaite donc à chacun de vous une année parfumée de cafés du matin et de pain sorti du four, de chansons sous la douche, de poulets rôtis partagés en famille, de raclettes entre amis (et de Spasfon aussi), d’amoureux amoureux, de nuits pleines de rêves, de binge-watching, de farniente dans le sable et… de Blog de Stef ! Bonne année à tous !

133. Esprit, es-tu là ?

Pas d’odeur d’aiguille de pin ou de cannelle, pas de parfum de vin chaud ou de chocolat chaud entre les cabanes des marchés de Noël. Pas de marchés d’ailleurs. Pas non plus de grelots ni de Ho ! Ho ! Ho ! Pas l’ombre d’une barbe blanche, d’un bonnet rouge ou d’un ceinturon sur les trottoirs déserts devant les Grands Magasins. Acroire que le Père Noël est confiné lui aussi, en Laponie ou aux Seychelles, allez savoir… Peut-être même qu’il est malade sans qu’on n’en ait rien su ? Les enfants lui écrivent malgré tout avant de demander pour la centième fois si on ira voir Papi et Mamie à Cheissoux comme chaque année pour le réveillon à des parents qui ne savent toujours pas quoi répondre et lâchent, agacés, « Tu vois pas que je suis en visio ! » Les supermarchés essayent aussi de nous convaincre que Noël c’est pour bientôt tandis que Mariah Carey fredonne inlassablement All I want for Christmas entre lesrayons gavés de chocolats, Panettone, foie gras et autres marrons glacés. Mais cette année l’esprit de Noël s’est fait la malle. En cette fin d’année, il est plutôt chagrin, brumeux l’esprit et le cœur, lui non plus, n’est pas aux fêtes. Chacun rechigne à faire une place à ce virus malpoli, qui s’est invité sans prévenir aux festivités et qui n’est franchement pas le bienvenu. Mais on n’a pas le choix, alors sous les masques, on s’organise comme on peut. La tradition, c’est la tradition. C’est Noël, merde ! On ne va pas laisser une bête de pandémie nous gâcher les fêtes ! Et si on se faisait un réveillon-Zoom ?

– Maman, t’as oublié d’activer ton micro ! En bas à gauche, clique !!!

– Salut tout le monde ! Allo ? Vous m’entendez ?

– T’aurais pu sortir de ton lit pour le réveillon !

– Je vous ai préparé un slide avec des dessins de Simon et Ludivine pour Noël… vous êtes prêts ?

– Euh… c’est ton bureau qu’on voit là !

– Ah et là ? 

– Maman, y a le micro-onde qui sonne, coupe ton micro… En bas à gauche… clique !

– Qui est-ce qui parle ? 

– C’est moi Maman ! 

– Allo ? Vous m’entendez ou pas ? 

– Papa, tu peux enfermer la chienne ? Elle va aboyer toute la soirée !

– Je vous laisse deux secondes, j’ai un autre réveillon-zoom chez mes beaux parents, à toute ! 

Franchement ça promet, le réveillon au coin du Zoom. On ne peut pas dire que ce soit très chaleureux ni très festif. Même avec un feu de cheminée en fond virtuel. Pour un peu, ce serait même pathétique.  Toute la  petite famille réunie sur l’écran, chacun devant sa caméra qui déguste sa demi-douzaine d’huîtres arrosée de jus de citron à 20h34 précises sous prétexte d’être bien synchrones afin de célébrer tous ensemble un Noël pas très joyeux au demeurant ? Car ce Noël 2020 n’a de Noël que le nom. Il n’en a ni le goût, ni l’odeur, comme s’il était lui-même contaminé. Il n’amène avec lui ni les trois flocons blancs habituels, ceux qui virent  en quelques heures à la gadoue grisâtre sur les trottoirs parisiens, et qui pourtant, me réjouissent et me font retomber en enfance dès que je les vois apparaître. Il n’amène pas les pintes de bière de Noël commandées au comptoir dans le brouhaha d’un bar chaleureux, pas plus que les pintades farcies, les mousselines de châtaignes et autres feuilletés de Saint-Jacques entre lesquels on hésite avant de se décider pour les paupiettes de sole au menu d’hiver d’un restaurant au décor feutré. Cette année, Le Père Noël a perdu sa pantoufle n’est pas l’affiche du Théâtre des Papillons Bleus pour faire la joie des plus petits (et accessoirement celle de quelques intermittents !) tous les mercredis et samedis de décembre et bien sûr, il n’y a pas de traditionnelle festival de gamelles escapade entre copains à la patinoire, tout juste peut-on se consoler autour de l’appareil à raclette, judicieusement conçu pour 6 convives (coïncidence ?).  

Pour résumer, l’arrivée de Noël cette année semble provoquer plus de soucis que d’excitation et de joie dans les familles. Comment va-t-on s’organiser, faut-il se faire tester, pourra-t-on voyager, pourra-t-on simplement se voir, sans parler des cadeaux. La bûche n’a pas encore été servie qu’elle pèse déjà sur les estomacs. Alors à quoi bon se mettre la rate au court bouillon ? Quitte à faire la fête, est-ce qu’il ne vaut pas mieux attendre d’avoir une bonne raison et surtout de pouvoir le faire bien ? Puisqu’on a réussi à décaler le Black Friday, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décaler Noël. On fait ça tranquillou, au printemps, quand l’effet de ressac des vagues se sera un peu calmé. Pour l’arbre on décore un buis ou un olivier, on peut même zapper la déco et profiter que le cerisier du Japon est en fleurs, pour la musique, on remplace Mon beau sapin par Le grand chêne de Brassens, pour le menu, on troque les huîtres pour des asperges, la dinde pour un gigot d’agneau, la bûche pour une tarte aux fraises et les cadeaux, ben… ça on garde. C’est pareil en fait ! A part la météo ! Et qu’on peut éventuellement mettre les gosses dans le jardin (si on en a un) comme ça, on est tranquilles pour l’apéro. Franchement, je ne sais pas ce qu’ils fabriquent au gouvernement, c’est pourtant simple ! 

La présence du père Noël dans les centres commerciaux fait réagir | Place  publique

132. Clip coton !

Ça y est ! Depuis deux jours, j’ai mes règles – d’or –  sur Youtube ! J’avais un peu mal au ventre pendant le téléchargement, mais il parait que c’est normal. Enfin bon : je suis une Grande. Comme Madonna, Beyonce et Lady Gaga. Bon… Grande… Tout est question de perspective. Et de costumes. Et de danseurs. Et de brushing. Bref de moyens. Oh et puis zut ! Certaines ont simplement besoin de plus de temps que d’autres pour s’épanouir virtuellement. Et puis ma notoriété étant encore relativement confidentielle, je préfère ne pas trop brusquer les choses. Chacun a son propre rythme technologique, le mien c’est un clip tous les sept ans. Il faut savoir se faire désirer. Et avoir des abdos. Ce qui a pu accessoirement retarder les choses d’une année, peut-être deux.

Le jour du tournage, pour garantir mon succès sur le Net, à l’instar de Madonna, Beyonce et Lady Gaga, j’ai enfilé body et collants sexys. Je  ne suis pas une andouillette, j’ai vu et revu les millions de vues de Hung up, Singles ladies et  Bad Romance et ma tenue bien sûr (qui étrangement, n’est pas sans rappeler l’andouillette ?) s’est immédiatement imposée. En revanche, j’ai fait l’impasse sur les escarpins pailletés de 28 cm. Une fracture de la cheville ainsi que le ridicule se sont quant à eux immédiatement imposés comme des risques inutiles à courir, surtout en talons. Certes, on risquait de me reprocher de ne pas être sexy jusqu’au bout des ongles de pieds. Mais d’abord, qui fait du fitness perchée sur des escarpins ? A part Beyonce, s’entend. Personne. Dans les salles de sport que j’ai fréquentées en tout cas. Et puis la mauvaise foi, ce n’est pas fait pour les chiens. Si on allait me reprocher quoi que ce soit, je pourrais toujours déguiser le confort de mes vieilles baskets en acte féministe, en militantisme actif contre la dictature médiatique, abusive et patriarcale des Stilettos à bout ouvert.

J’étais donc bien dans mes baskets, plantée devant le miroir dans mon body rose bonbon, et plutôt satisfaite. Force m’était de constater que localement, je pouvais sans doute rivaliser avec Beyonce quant au diamètre de mon bassin pour ne pas dire la surpasser (je n’aime pas me vanter), ma chevelure quant à elle avait des airs de liégeois chocolat premier prix qui n’étaient pas sans rappeler les extravagances capillaires de Lady Gaga, enfin, comparativement à la Madonna d’aujourd’hui, je trouvais mon maquillage camouflage plutôt réussi. Hormis de fameux abdominaux brillants par leur absence, je n’avais donc rien à envier aux plus grandes des Divas et ce tournage s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Pleine d’assurance, plus rose qu’un bouquet d’hortensias, je me suis avancée on ne peut plus grâcieusement le tapis de sol – c’est idiot cette expression ! Vous les mettez où, vous, vos tapis ? Au plafond ? – de la salle de sport At the Good Place  en compagnie de Jérémy, le maître des lieux, tout en muscles et en sourire, qui avait généreusement mis ledit tapis, le sol ainsi que les murs de sa salle à notre entière disposition pour le tournage. Marie s’occupait du cadrage, Robin des lumières, Lucas faisait semblant de pianoter, moi de chanter… Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des clips, jusqu’à ce que Marie me demande… de faire des abdos. A moi ! Désolée, Marie, mais je n’ai pas apporté le matériel avec moi. Pour le plan tablettes de chocolat, c’est avec Jérémy qu’il faudrait voir ça… Moi, je serais plutôt du genre à boulotter la première boîte de Quality Streets venue, mais s’il fallait tourner un plan flan aux œufs, dans ce cas, j’étais parfaitement équipée ! Non ? Il fallait que ce soit moi ? Dire que je n’avais pas mis de talons pour sauver ma dignité et que j’allais maintenant me ridiculiser à tenter faire trois ciseaux ! Résignée, je m’installais… au sol… pour pédaler avec tout à la fois la grâce, la graisse et le souffle d’un veau marin sur la Baie de Somme. Quelle tristesse ! Toutes ces calories laborieusement accumulées, brûlées d’un seul coup ! Ah non, on pourra bien dire ce qu’on veut mais vraiment la Culture… c’est physique !

STEF ! Règles d’or

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