138. Un Marx et ça repart !

Ça y est, j’ai fait ma rentrée politique. L’été s’en est allé et il a bien fallu se résoudre à ranger les vacances dans les valoches (à roulettes, désolée Brigitte). En général la rentrée, je trouve ça excitant, mais cette année, allez savoir pourquoi, je n’étais pas trop motivée. Peut-être la perspective de devoir se coltiner les mêmes bras cassés que d’habitude ? Avec les mêmes programmes en plus… Je ne sais pas vous, mais j’ai l’étrange sensation que je n’en finis plus de redoubler. Je crois que je suis en situation d’échec politique. Mais ne dramatisons pas, finalement ça ne s’est pas si mal passé. J’ai même réussi à ne pas pleurer, ce n’est pourtant pas l’envie qui m’a manqué. C’est peut-être ça la maturité politique ? Ou la désillusion allez savoir... Mais que je vous raconte un peu. 

Le weekend dernier, je baguenaudais  au Parc Floral (en vrai je travaillais, mais ça fait moins bucolique) quand par un hasard fortuit et malencontreux, entre les oies sauvages et les nénuphars, une horde de jeunes républicains a surgi devant moi – sans les armes mais avec les bagages (!) – effrayant jusqu’au paon du parc qui est allé se réfugier sur le toit du Pavillon 21, me laissant affronter seule et pantoise la Rentrée des Jeunesses Républicaines. Si mon miroir se charge de me rappeler  chaque jour que je n’ai plus rien d’une jeunesse, ces militants supposés être dans la fleur de l’âge non plus, visiblement. N’ayons pas peur des mots, ils avaient la fleur quelque peu défraîchie pour ne pas dire carrément flétrie. L’espace d’un instant, je me suis même demandé si ce n’était pas un critère d’adhésion ? Giscard et Juppé n’étaient-ils pas chauves à quinze ans ? Toujours est-il que le look Fillon et le look Bachelot étaient très tendance cette année dans les allées du Parc Floral, on ne peut pas vraiment dire qu’on se serait cru à la Fashion Week entre les bijoux clinquants, les foulards Hermès, les serre-têtes velours, et les vestes forestières (malgré les 34°C !). Sans doute attirée par ma combinaison bleu royal, Rachida Dati en personne est venue me saluer toutes dents dehors et malgré mes cheveux gris, pendant un court instant, j’ai pu retrouver ma jeunesse, républicaine de surcroit ! Son sourire botoxé et carnassier n’étant pas sans rappeler celui de Jack Nicholson dans Shining, notre échange a été des plus brefs. 

Les plus observateurs d’entre vous auront peut-être remarqué que je n’ai rien d’une Républicaine. Enfin si, pardon. Conformément à la définition de ce bon vieux Larousse, je suis en effet favorable à la République. En revanche, je ne suis pas un moineau d’Afrique Australe qui édifie un nid collectif où se reproduisent plusieurs dizaines de couples, ce qui est bien dommage, ça a l’air sympa. Je ne suis pas non plus membre du Parti des Républicains, ce qui d’après ce que j’ai vu ce weekend a l’air un peu moins sympa et beaucoup plus bruyant qu’un moineau. D’ailleurs, après avoir entendu ces jeunes militants crier tous en chœur On est de droite ! On est de droite ! tout le weekend, je m’interroge : peut-être que le nid collectif c’est leur truc aux Républicains ? Sardou, Montagné et Bruel, oui apparemment. Ils nous l’ont démontré à pleins poumons. Hélas. En revanche, pour les dizaines de couples, je crois que non… La reproduction communautaire, à mon avis, c’est plutôt un truc de gauchos. Du reste, ce weekend, à la Fête de l’Huma, j’ai croisé quelques camarades qui avaient l’air plutôt partants… Oui j’étais à la Courneuve ! Eh ! C’est qu’il me fallait bien quelques litres de binouze tiède pour me remettre de ma rentrée inopinée à Droite (même si j’ai été un peu déçue de ne pas voir les Balkany). 

Ce qu’il y a de bien avec la Fête de l’Huma, c’est qu’on a ses repères. D’abord tout le monde te tutoie et t’appelle Camarade et ça fait chaud au cœur ce petit folklore.Bon, je dis tout le monde, mais pas les types à l’entrée payés deux ronds de serviettes  qui te disent « Pass Sanitaire siouplé! ». Tu peux assister à des débats avec des titres qui te rappellent que le monde ça pourrait être vachement chouette si on faisait un effort et quand tu t’arrêtes pour écouter les Camarades, tu te rend compte que c’est pas gagné cette affaire… Cette année, Fabien Roussel a été très sympa, il nous a fait tout plein de promesses pour quand il sera le Président de la République. Et puis la Fête de l’Huma, c’est un peu le Salon de la Gastro (dans tous les sens du terme). Tu passes trois jours à manger et à boire des spécialités de toutes les fédérations (mention spéciale au Punch Coco de la Martinique). Avant, on buvait se torchait à la Kro en mangeant des merguez. Maintenant, on boit de la bière bio – à la verveine ou à la réglisse – et les assiettes sont vegan… Ah la la, tout se perd Camarade… Moi mon truc, c’est les douzaines d’huîtres. Enquiller les stands de Bretagne et de Loire Atlantique (22, 29, 56, 44, 85, 17) sans oublier celles de Bouzigues en Hérault (34). Enfin ça c’est d’habitude parce que cette année, l’Humanité avait réduit de moitié : la moitié des stands n’étaient pas là…. et l’autre moitié n’avait pas prévu assez d’huîtres ! Dès le samedi, il y avait pénurie. Idem pour la choucroute, le cassoulet, les tripoux et l’andouillette. Enfin pour la bière on a évité le drame et c’était beau de voir, comme chaque année, tous ces messieurs pisser au vent, entre deux stands, plutôt qua dans les – nombreux – sanitaires prévus à cet effet ! Côté concert la Fête de l’Huma, c’est un peu la Fête de la Musique. Et cette année, on n’a pas été déçus, Trust nous a régalé de son célèbre Antisocial et sur la grande scène, Alain Souchon a fait chanter et rire jeunes et vieux à l’unisson pendant plus d’une heure… il devait jouer 45 minutes ! Merci Camarade ! Et puis au détour des stands, des inconnus se sont retrouvés autour d’autres inconnus qui grattaient plus ou moins bien des guitares en criant leur colère, rêvant d’un monde meilleur et parlant d’amour… A minuit, les Camarades épuisés se sont dirigés vers la sortie pour rejoindre le RER… ou prendre un Uber.

N’empêche, à la Fête de l’Humanité, chaque année, je retrouve un goût de liberté, d’égalité et de fraternité. Dommage que ça ne dure que trois jours… 

Ma Rentrée Républicaine
Ma Rentrée Communiste

134. Liste de vœux

La voici donc la nouvelle année qu’on attendait avec tant d’impatience. Jusqu’ici, je ne sais pas vous, mais pour ma part je ne peux pas dire que je sois franchement emballée. Que ce soit par le nouveau calendrier des pompiers, le nouveau couvre-feu ou le nouveau baguette-bag de chez Moschino qu’on peut se procurer pour la somme modique (normal, c’est de la mode) de 795€.Personnellement, j’achète ma baguette à la boulangerie de la rue Sorbier pour la somme encore plus modique de 0,95cts et j’en suis très satisfaite. Certes, je ne peux pas y glisser mes clés ou mon portable (j’avoue honteusement que je n’ai jamais essayé), mais  je peux vous garantir qu’avec un imperméable, l’effet est tout simplement le même que sur la photo. Enfin je suppose, je n’ai pas d’imperméable. Et je peux même agrémenter  ma baguette de chocolat ou de pecorino. Pas sûre qu’on puisse fourrer le baguette-bag de rillettes ou de confiture de myrtilles…

Mais s’il est vrai que les égarements boulangers des créateurs de mode italiens constituent pour moi une véritable énigme, ce n’est pas ce qui me déroute le plus en ce début 2021. En effet, cette année, j’ai reçu moult cartes SMS de vœux on ne peut plus insolites :  « Bonne année confinée ! »  » Bonne Coronannée ! » « En 2021, vive le vaccin ! » « Je te souhaite une année démasquée… » qui m’ont presque fait regretter le facétieux « Bananier et pommes sautées ! » ou le piquant « Beaux nénés et bonne tétée ! »

J’ai bien compris que les auteurs se voulaient cocasses voire spirituels pourtant leurs messages ont eu l’effet inverse et m’ont carrément flanqué le bourdon ce qui est plus ou moins l’opposé du concept. On ne peut pas dire que leurs vœux 2.0 m’aient laissé espérer le meilleur pour l’année à venir. Très honnêtement, si c’est pour commencer 2021 avec le virus, les masques ou un (re)confinement – un peu comme j’ai fini la précédente en somme – inutile de m’adresser des vœux :  je n’ai qu’à sortir de chez moi – lorsqu’on m’y autorise aimablement cela va de soi – ou à allumer les informations. Hors, précisément, en 2021, s’il y a une chose que j’aimerais bien pouvoir faire, c’est débrancher Radio Corona une fois de temps en temps…  

Et puis j’aimerais savoir… Depuis quand cette manie de la rime s’impose-t-elle quand on veut souhaiter la bonne année ? Après 2019 l’année de la teuf, 2017 l’année des pépettes sans parler de la très glorieuse 2016 année de la baise, le concept de vœux « poétiques » a montré ses limites je crois. Il n’y a rien là de très baudelairien ni de très convaincant et il serait temps d’y renoncer (exception faite pour les élèves des écoles élémentaires). 

De même, tous les ans, je reçois les vœux de Jacques Brel. Enfin, je ne reçois pas chaque année une carte de vœux de Jacques dans ma boîte aux lettres, de toute façon plus personne n’envoie de carte à part  Domino’s Pizza  et  Yves Rocher. Pourtant, Jacques et moi sommes amis depuis plusieurs années sur Facebook, encore récemment il m’a souhaité un joyeux anniversaire alors que Jean Yanne a encore oublié ! Enfin tout ça pour dire que chaque année, il y a toujours quelqu’un pour me transférer les vœux de Jacquot qui datent quand même du 1er Janvier 1968. Ils sont très beaux je le reconnais. Mais peut-on impunément s’approprier les vœux d’autrui ? Des vœux, c’est quand même intime, non ? « Comme j’étais pas inspiré, je t’envoie les vœux de Jacques Brel… »  Et pourquoi pas « Comme j’étais pas inspiré, je vous envoie la déclaration fiscale de mon beau-frère… »  ? Et puis 33 ans ça commence à dater…  Il serait peut-être temps d’emprunter les vœux de quelqu’un d’autre…. Est-ce qu’Alain Souchon ou Francis Cabrel ne pourraient pas se dévouer et nous souhaiter la bonne année dans une envolée pleine de lyrisme qu’on pourra leur piquer pendant les trente années à venir histoire de changer un peu (même en étant pour la parité ça me semble difficile de solliciter Mylène Farmer ou Aya Nakamura pour ce genre d’exercice) ? Je leur adresse d’avance toute ma gratitude.

Enfin à quoi bon envoyer le même message à tout son carnet d’adresse ? J’ai reçu des SMS d’inconnus ou presque. Quel est l’intérêt de souhaiter une bonne année à son toiletteur canin ou à Thaï Tanic, livreur à domicile ? Est-ce qu’un SMS groupé c’est plus facile ? C’est pour ne vexer personne ? Ou pour se sentir moins seul ?  Ou c’est peut-être une fausse manip’ ? A moins que ce ne soit pour avoir une remise sur les pad thai crevette ? 

Souhaiter une bonne année, pour de vrai, à ceux qu’on aime (ce qui réduit considérablement le carnet d’adresse) ce n’est pas grand-chose et puis ça fait drôlement plaisir. Mais ça prend plus de temps, forcément. Surtout si on y ajoute une pointe d’optimisme, par les temps qui courent ce n’est pas négligeable, et un brin de personnalisation. Pour ma part, j’aurais aimé qu’on me souhaite une année pleine de dimanches au chaud sous la couette, de chansons de Patti Smith ou de Diane Dufresne  au choix je ne suis pas contrariante, de spectacles en vrai de vrai et de toutes les couleurs, de soirées entre potes (sanitairement safe) qui s’éternisent jusqu’au milieu de la nuit, de tricots en laine mérinos, de milliers de mille-feuilles avec du thé fumé fumant, de grains de pop-corn qui éclatent avant que je m’installe pour re-re-regarder La fin du jour, de fausses notes grattées sur ma guitare, de paysages exotiques à l’autre bout du monde et de balades sans but au bout de ma rue… bref de petits riens du tout qui me rendront l’année plus douce malgré tous les flashs infos Radio Corona. 

Pour finir, je souhaite donc à chacun de vous une année parfumée de cafés du matin et de pain sorti du four, de chansons sous la douche, de poulets rôtis partagés en famille, de raclettes entre amis (et de Spasfon aussi), d’amoureux amoureux, de nuits pleines de rêves, de binge-watching, de farniente dans le sable et… de Blog de Stef ! Bonne année à tous !

133. Esprit, es-tu là ?

Pas d’odeur d’aiguille de pin ou de cannelle, pas de parfum de vin chaud ou de chocolat chaud entre les cabanes des marchés de Noël. Pas de marchés d’ailleurs. Pas non plus de grelots ni de Ho ! Ho ! Ho ! Pas l’ombre d’une barbe blanche, d’un bonnet rouge ou d’un ceinturon sur les trottoirs déserts devant les Grands Magasins. Acroire que le Père Noël est confiné lui aussi, en Laponie ou aux Seychelles, allez savoir… Peut-être même qu’il est malade sans qu’on n’en ait rien su ? Les enfants lui écrivent malgré tout avant de demander pour la centième fois si on ira voir Papi et Mamie à Cheissoux comme chaque année pour le réveillon à des parents qui ne savent toujours pas quoi répondre et lâchent, agacés, « Tu vois pas que je suis en visio ! » Les supermarchés essayent aussi de nous convaincre que Noël c’est pour bientôt tandis que Mariah Carey fredonne inlassablement All I want for Christmas entre lesrayons gavés de chocolats, Panettone, foie gras et autres marrons glacés. Mais cette année l’esprit de Noël s’est fait la malle. En cette fin d’année, il est plutôt chagrin, brumeux l’esprit et le cœur, lui non plus, n’est pas aux fêtes. Chacun rechigne à faire une place à ce virus malpoli, qui s’est invité sans prévenir aux festivités et qui n’est franchement pas le bienvenu. Mais on n’a pas le choix, alors sous les masques, on s’organise comme on peut. La tradition, c’est la tradition. C’est Noël, merde ! On ne va pas laisser une bête de pandémie nous gâcher les fêtes ! Et si on se faisait un réveillon-Zoom ?

– Maman, t’as oublié d’activer ton micro ! En bas à gauche, clique !!!

– Salut tout le monde ! Allo ? Vous m’entendez ?

– T’aurais pu sortir de ton lit pour le réveillon !

– Je vous ai préparé un slide avec des dessins de Simon et Ludivine pour Noël… vous êtes prêts ?

– Euh… c’est ton bureau qu’on voit là !

– Ah et là ? 

– Maman, y a le micro-onde qui sonne, coupe ton micro… En bas à gauche… clique !

– Qui est-ce qui parle ? 

– C’est moi Maman ! 

– Allo ? Vous m’entendez ou pas ? 

– Papa, tu peux enfermer la chienne ? Elle va aboyer toute la soirée !

– Je vous laisse deux secondes, j’ai un autre réveillon-zoom chez mes beaux parents, à toute ! 

Franchement ça promet, le réveillon au coin du Zoom. On ne peut pas dire que ce soit très chaleureux ni très festif. Même avec un feu de cheminée en fond virtuel. Pour un peu, ce serait même pathétique.  Toute la  petite famille réunie sur l’écran, chacun devant sa caméra qui déguste sa demi-douzaine d’huîtres arrosée de jus de citron à 20h34 précises sous prétexte d’être bien synchrones afin de célébrer tous ensemble un Noël pas très joyeux au demeurant ? Car ce Noël 2020 n’a de Noël que le nom. Il n’en a ni le goût, ni l’odeur, comme s’il était lui-même contaminé. Il n’amène avec lui ni les trois flocons blancs habituels, ceux qui virent  en quelques heures à la gadoue grisâtre sur les trottoirs parisiens, et qui pourtant, me réjouissent et me font retomber en enfance dès que je les vois apparaître. Il n’amène pas les pintes de bière de Noël commandées au comptoir dans le brouhaha d’un bar chaleureux, pas plus que les pintades farcies, les mousselines de châtaignes et autres feuilletés de Saint-Jacques entre lesquels on hésite avant de se décider pour les paupiettes de sole au menu d’hiver d’un restaurant au décor feutré. Cette année, Le Père Noël a perdu sa pantoufle n’est pas l’affiche du Théâtre des Papillons Bleus pour faire la joie des plus petits (et accessoirement celle de quelques intermittents !) tous les mercredis et samedis de décembre et bien sûr, il n’y a pas de traditionnelle festival de gamelles escapade entre copains à la patinoire, tout juste peut-on se consoler autour de l’appareil à raclette, judicieusement conçu pour 6 convives (coïncidence ?).  

Pour résumer, l’arrivée de Noël cette année semble provoquer plus de soucis que d’excitation et de joie dans les familles. Comment va-t-on s’organiser, faut-il se faire tester, pourra-t-on voyager, pourra-t-on simplement se voir, sans parler des cadeaux. La bûche n’a pas encore été servie qu’elle pèse déjà sur les estomacs. Alors à quoi bon se mettre la rate au court bouillon ? Quitte à faire la fête, est-ce qu’il ne vaut pas mieux attendre d’avoir une bonne raison et surtout de pouvoir le faire bien ? Puisqu’on a réussi à décaler le Black Friday, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décaler Noël. On fait ça tranquillou, au printemps, quand l’effet de ressac des vagues se sera un peu calmé. Pour l’arbre on décore un buis ou un olivier, on peut même zapper la déco et profiter que le cerisier du Japon est en fleurs, pour la musique, on remplace Mon beau sapin par Le grand chêne de Brassens, pour le menu, on troque les huîtres pour des asperges, la dinde pour un gigot d’agneau, la bûche pour une tarte aux fraises et les cadeaux, ben… ça on garde. C’est pareil en fait ! A part la météo ! Et qu’on peut éventuellement mettre les gosses dans le jardin (si on en a un) comme ça, on est tranquilles pour l’apéro. Franchement, je ne sais pas ce qu’ils fabriquent au gouvernement, c’est pourtant simple ! 

La présence du père Noël dans les centres commerciaux fait réagir | Place  publique

132. Clip coton !

Ça y est ! Depuis deux jours, j’ai mes règles – d’or –  sur Youtube ! J’avais un peu mal au ventre pendant le téléchargement, mais il parait que c’est normal. Enfin bon : je suis une Grande. Comme Madonna, Beyonce et Lady Gaga. Bon… Grande… Tout est question de perspective. Et de costumes. Et de danseurs. Et de brushing. Bref de moyens. Oh et puis zut ! Certaines ont simplement besoin de plus de temps que d’autres pour s’épanouir virtuellement. Et puis ma notoriété étant encore relativement confidentielle, je préfère ne pas trop brusquer les choses. Chacun a son propre rythme technologique, le mien c’est un clip tous les sept ans. Il faut savoir se faire désirer. Et avoir des abdos. Ce qui a pu accessoirement retarder les choses d’une année, peut-être deux.

Le jour du tournage, pour garantir mon succès sur le Net, à l’instar de Madonna, Beyonce et Lady Gaga, j’ai enfilé body et collants sexys. Je  ne suis pas une andouillette, j’ai vu et revu les millions de vues de Hung up, Singles ladies et  Bad Romance et ma tenue bien sûr (qui étrangement, n’est pas sans rappeler l’andouillette ?) s’est immédiatement imposée. En revanche, j’ai fait l’impasse sur les escarpins pailletés de 28 cm. Une fracture de la cheville ainsi que le ridicule se sont quant à eux immédiatement imposés comme des risques inutiles à courir, surtout en talons. Certes, on risquait de me reprocher de ne pas être sexy jusqu’au bout des ongles de pieds. Mais d’abord, qui fait du fitness perchée sur des escarpins ? A part Beyonce, s’entend. Personne. Dans les salles de sport que j’ai fréquentées en tout cas. Et puis la mauvaise foi, ce n’est pas fait pour les chiens. Si on allait me reprocher quoi que ce soit, je pourrais toujours déguiser le confort de mes vieilles baskets en acte féministe, en militantisme actif contre la dictature médiatique, abusive et patriarcale des Stilettos à bout ouvert.

J’étais donc bien dans mes baskets, plantée devant le miroir dans mon body rose bonbon, et plutôt satisfaite. Force m’était de constater que localement, je pouvais sans doute rivaliser avec Beyonce quant au diamètre de mon bassin pour ne pas dire la surpasser (je n’aime pas me vanter), ma chevelure quant à elle avait des airs de liégeois chocolat premier prix qui n’étaient pas sans rappeler les extravagances capillaires de Lady Gaga, enfin, comparativement à la Madonna d’aujourd’hui, je trouvais mon maquillage camouflage plutôt réussi. Hormis de fameux abdominaux brillants par leur absence, je n’avais donc rien à envier aux plus grandes des Divas et ce tournage s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Pleine d’assurance, plus rose qu’un bouquet d’hortensias, je me suis avancée on ne peut plus grâcieusement le tapis de sol – c’est idiot cette expression ! Vous les mettez où, vous, vos tapis ? Au plafond ? – de la salle de sport At the Good Place  en compagnie de Jérémy, le maître des lieux, tout en muscles et en sourire, qui avait généreusement mis ledit tapis, le sol ainsi que les murs de sa salle à notre entière disposition pour le tournage. Marie s’occupait du cadrage, Robin des lumières, Lucas faisait semblant de pianoter, moi de chanter… Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des clips, jusqu’à ce que Marie me demande… de faire des abdos. A moi ! Désolée, Marie, mais je n’ai pas apporté le matériel avec moi. Pour le plan tablettes de chocolat, c’est avec Jérémy qu’il faudrait voir ça… Moi, je serais plutôt du genre à boulotter la première boîte de Quality Streets venue, mais s’il fallait tourner un plan flan aux œufs, dans ce cas, j’étais parfaitement équipée ! Non ? Il fallait que ce soit moi ? Dire que je n’avais pas mis de talons pour sauver ma dignité et que j’allais maintenant me ridiculiser à tenter faire trois ciseaux ! Résignée, je m’installais… au sol… pour pédaler avec tout à la fois la grâce, la graisse et le souffle d’un veau marin sur la Baie de Somme. Quelle tristesse ! Toutes ces calories laborieusement accumulées, brûlées d’un seul coup ! Ah non, on pourra bien dire ce qu’on veut mais vraiment la Culture… c’est physique !

STEF ! Règles d’or

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CULTURE PHYSIQUE

131. Stef-Annie

Le paquet n’était pas très épais.  Un étui fait maison, de deux, peut-être trois centimètres…. Il était un peu plus grand qu’une enveloppe A4 et bricolé avec du carton épais. Plusieurs tours de gros Scotch marron le protégeait soigneusement. L’expéditeur s’était apparemment appliqué mais j’avais beau chercher, son nom sur l’étiquette n’allumait aucune lanterne qui puisse éclairer les couloirs obscurs du fond de ma mémoire. Pourtant pas d’erreur possible, c’était bien mon nom et mon adresse qui figuraient sur le paquet. Bien que ce colis fut on ne peut plus suspect, je renonçais toutefois à contacter les autorités. Dévorée de curiosité, j’hésitai même à déchiqueter avec les dents le ruban adhésif qui l’entourait et finis par utiliser une bête paire de ciseaux avant d’écarter les bords du carton. A l’intérieur, du papier bulle protégeait encore le contenu. Rogntudju ! Mais que renfermait donc ce paquet qui nécessitait une telle cuirasse ? Une assiette en porcelaine de Limoges ? Des jambières en dentelle de Chantilly ?  Mes maigres droits d’auteur ? Avant toute chose, je lisais la carte qui accompagnait l’envoi. « Chère Stef ! Il y a quelques années, tu nous avais fait passer une bien belle soirée à  La Coccinelle. T’en souviens-tu ? La Coccinelle n’est plus, mais j’ai pensé à toi dès que j’ai su la nouvelle. […] » Ma lanterne s’éclairât enfin ! Sylvie et Pierre… Pithiviers !  Bien sûr que je me souvenais ! Une frangipane pareille, ça ne s’oublie pas ! Mais de quelle nouvelle parlait donc Pierre ? Et que m’envoyait-il ? Un masque chirurgical ? Une galette ? Je dépliais délicatement le papier bulle et découvris alors son précieux cadeau. Le paquet contenait une affiche d’origine d’Annie Cordy datant de 1983 que j’avais effrontément convoitée lors de mon passage à La Coccinelle. Et sous le papier bulle, le paquet contenait aussi un peu de mon enfance et beaucoup de toute ma vie. 

En 1983, j’avais 10 ans. Si j’en crois Google (qui se fiche bien de savoir l’âge que j’avais alors), pendant que je finissais mon CM2, cela faisait déjà trois ans, depuis 1980, qu’Annie avait établi un lien de parenté indéfectible avec toutes les familles de France et de Belgique en devenant leur Tata Yoyo préférée. Sans doute qu’elle en avait un peu ras-le-bol, à force, d’aller faire le ménage dans tous les presbytères et de trinquer avec tous les brasseurs de Munich… 1980. Autrement dit, quarante ans. Déjà ?  Quarante ans, qu’un beau jour, j’ai dit à mon Tonton Alain (à défaut de Tata !) « Quand je serai grande, je serai Annie Cordy !  » Parce que c’était décidé ! Dans ma tête, j’aurais des tas d’oiseaux, des bongos et puis même un (ou deux !) grelots. Comme elle, je saurais tout faire : chanter, danser, jouer la comédie… Je ferais des chansons comme des histoires, ou l’inverse ! Pis j’aurais des costumes de toutes les couleurs, pis je m’en ficherais d’être ridicule du moment que je ferais rigoler les gens. Et d’ailleurs, ce serait mon super pouvoir, quand j’arriverais quelque part, tout le monde serait de bonne humeur ! « Allez tonton ! Viens on chante encore Jane la tarzane ! »

Quarante ans plus tard, sur le mur de mon salon, Annie est en concert dimanche 10 Juillet  à 15h30 du côté de Luçay-le-Mâle (l’affiche précise près de Valençay, dans l’Indre). Le spectacle sera précédé du Sensationnel Ballet de French-Cancan et suivi d’un dîner champêtre, composé de Spécialités Berrichonnes le tout pour 38 Francs sans le repas et 45 Francs le repas inclus (notons que ça ne fait pas cher l’Andouillette et le Crottin de Chavignol, sans doute arrosés de Quincy !). Dans sa robe Charleston à paillettes, Annie lève une gambette et m’invite à la rejoindre. Son sourire immense et sa joie de vivre débordent du cadre et illuminent mon salon tout entier. Dehors les températures refroidissent et c’est comme si cette affiche réchauffait mon salon !  Mais oui Annie ! Bien sûr que je veux chanter avec toi !  Mais depuis sept mois, les concerts s’annulent. A Paris, à Toulouse, à Avignon, à Charly-sur-Marne, à Nemours, à Saintes… Et à Luçay-le-Male, je pense qu’ils vont t’attendre un moment… Dommage pour le Crottin et l’Andouillette… J’ai beau fredonner Ça ira mieux demain, ça sonne pas aussi bien que quand c’est toi qui chante… Pourtant, je suis pas du genre à voir la vie en morose tu sais et le dernier disque, Culture Physique,  je l’ai fait tout rose justement, t’as vu ? Même que pour le ridicule, j’ai pas eu peur ! Tu crois que j’aurais dû mettre des paillettes ? Des noix de coco ? Un hélicon ?  Je pense pas que ça aurait changé grand-chose à l’humeur ambiante tu sais… N’empêche, ça fait du bien de t’avoir à la maison tu sais. J’ai l’impression d’avoir une coloc’ ! Dis-donc, vu que t’es Belge, ça te dit qu’on se fasse des frites ? Oh, je sens qu’on va bien s’entendre toi et moi… Au fait, il parait que t’as dit : « Après ma mort, je reviendrai et je serai la plus grande pianiste du monde ». Annie… ça te dirait pas de m’accompagner ? 

 

 

130. Rentrée au bercail

D’habitude, j’aime bien ça, moi, la rentrée. Retrouver mon petit chez-moi, demander des nouvelles du quartier à la concierge. Ou l’inverse. J’aime bien ça, reprendre mes petites habitudes, d’habitude. Faire mon jogging du matin… écrire mon blog… aller chercher ma baguette bien cuite à la boulangerie… Parfois, le bronzage éclatant en bandoulière, je pouffe même sournoisement, entre les croissants et les pains aux chocolatine, devant le teint meringue immaculée de la vendeuse… 
Tous les ans, histoire de remplir le frigo resté désespérément vide pendant que je m’empiffrais à l’autre bout de la France de brochettes, de gambas, de glaces ou de gaspacho, je retourne mollement au supermarché. Sous les néons du Monoprix, je me sens à l’étroit et je regrette le brouhaha et les couleurs des marchés ensoleillés de la Drôme. Un léger parfum d’huile de Monoï et de  bougies anti-moustiques persiste entre les allées et me ramène un instant dans le Sud jusqu’à ce que l’odeur caractéristique des cartables et des cahiers neufs me submerge et me fasse dare-dare retomber en enfance. Du Sud, je me retrouve direct sur les bancs de l’école de la rue de Passy et si je ne fais pas attention, au lieu de mon café et de ma lessive, je me retrouve avec un lot de cahiers A5 grands carreaux et un kit équerre/rapporteur et je suis même à deux doigts de rédiger un exposé sur Napoléon Bonaparte ! 
La rentrée d’habitude, c’est encore le plaisir, enfantin lui aussi, de retrouver les copains. Les Cartes Panini cèdent la place à celles des restos et autour des tables, on est excités tout pareil de se retrouver pour se raconter nos vacances et on rigole aussi fort que dans la cour de la rue de Passy même si on frime un peu moins qu’à la récré. Personne ne va plus voir les vaches chez son Pépé (forcément ! Des Pépés, on en a moins), faire de super chasses au trésor à la colo de Prénovel-les-Piards, ni embrasser le  prof (?) de tennis sur la bouche… Enfin ça, peut-être bien que si… Non. Maintenant, on est un peu comme Astérix, pour les vacances, on va chez les Corses,  les Savoyards ou les Bretons vu qu’on n’a plus trop le droit de passer les frontières, on ne bouffe pas de sangliers rôtis arrosés de cervoise mais on n’en est pas loin vu la gueule du barbecue (et d’ailleurs, on revient souvent avec un ou deux sangliers sur les hanches !), on se promet tous les jours d’aller marcher le lendemain mais plutôt que d’aller faire le GR 30 au Puy de la Vache, on  fait plutôt la sieste. Cet été, en plus, on a joué à Masque ou pas masque, ça ressemble un peu au Jumanji, les règles changent tout le temps, mais c’est moins marrant…
Enfin, dans l’ensemble, on a tous passé de belles vacances ! Mais, faut dire qu’avec le printemps qu’on a eu c’était pas trop difficile…  Et puis faut dire encore qu’avec le printemps qu’on a eu, on est tous bien contents de rentrer se remettre enfin au boulot. Enfin ceux qui en ont. 
Personnellement, tout ce que j’ai, c’est ma lessive (sale), mon café et mon bronzage (éclatant). Je pourrais toujours retourner narguer la boulangère ? Mais ça va devenir moins rigolo. En plus à force, mon bronzage devient de moins en moins éclatant. Ou alors ce sont ses meringues qui sont de plus en plus foncées ? Je pourrais bien me faire un café  et laver mon linge ? Mais j’ai la flemme et puis la caféine je n’en ai pas vraiment besoin, l’énergie, on peut pas dire que je sois en manque. Faut tout vous expliquer ! C’est la rentrée ! Je suis reposée, je suis au taquet, là ! D’ailleurs ça fait des mois que je me repose de ne rien faire, je suis pas au taquet, je suis au taquet double ! Ça j’en ai bien profité du soleil de la Drôme, j’ai fait le plein, j’ai rechargé les batteries, je suis devenue une sorte d’engin hybride ! Je suis prête à repartir sur les chapeaux de roues ! Mais j’ai pas trop l’habitude des hybrides ? C’est normal ce démarrage tout pourri ? J’ai l’impression qu’on est un peu raplapla, non ? 
Ceci dit, une rentrée avec Bachelot en prof’ principale, ça sentait le traquenard. Tous ceux qui l’ont eu avant l’avaient bien dit : c’est un vrai boulet, avec elle, vous allez ramer… N’empêche, quand je vois mon emploi du temps, je me dis qu’ils n’avaient pas tort… Ça me déprime…  Y a des trous partout… Quant au programme, il est plutôt maigre… En plus, Roselyne, vus ses antécédents, à tous les coups, elle va vouloir nous faire faire du masque ! Enfin, ça aurait pu être pire, on aurait pu avoir Stéphane Bern et là j’aurais été obligée de l’écrire cet exposé sur Napoléon Bonaparte !

Bon allez, c’est pas la peine de me mettre la rate au Bouillon Cub ! La rentrée scolaire, c’est rien qu’une fête commerciale inventée par les vendeurs de cahiers A5 grands carreaux et de kit équerre/rapporteur pour nous mettre une pression consumériste ! J’ai peut-être pas de boulot en vue, mais j’ai toujours un bronzage éclatant, et toc !

129. Quatrevingt-treize

Chers amis, je ne vais pas y aller par quatre chemins (c’est déjà tout juste si j’ai réussi à en trouver un !) : hier, j’étais à B.
C’était ce qu’on appelle une expérience. Pour la parisienne que je suis, partir en banlieue, c’est partir en voyage. La banlieue, très honnêtement, je connais un tout petit peu.  Et puis, je l’avoue, surtout les banlieues de fiction, bourgeoises, modestes, populaires… La vie est un long fleuve tranquille… Tout ce qui brille… L’esquive… Divine… Les Misérables….  Mais en vrai de vrai, Les Misérables jusque hier je ne connaissais pas du tout du tout…
Cette année, épidémie oblige, on ne tracte pas sur le Pont d’Avignon, à moins de livrer des quatre fromages ou de proposer 20% sur les épilations demi-jambe. J’occupe donc mon mois de juillet à sillonner la Seine Saint Denis pour lire des livres aux enfants. Ils n’ont quasi pas eu d’école, ils n’ont pas eu de copains, ils n’auront pas de vacances (d’ailleurs je me demande s’ils en ont les autres années, des vacances ?), ils ont déjà été bien assez punis comme ça ! Cet été, ils auront donc des histoires, des jeux et plein de livres grâce aux ParcoTruc(k)s du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse. Je vous le dis tout net, c’est drôlement chouette de retomber en enfance, et d’ailleurs on ne peut pas vraiment dire que je m’ennuie.
Bon, côté dépaysement, je dois l’admettre, la Seine Saint Denis, ça n’est pas la Provence : ici point d’aïoli, de mistral, d’Ignace et son petit nom charmant ou de César pour te fendre le cœur ! En revanche pour l’exotisme, je peux te dire que tu es copieusement servi (et pour ce qui est de te fendre le cœur, crois-moi, y a de quoi) ! Ici, les boubous, les saris, les turbans et les masques sont de toutes les couleurs et colorent joyeusement le bitume triste des Cités, les parfums de wolof, de mafé, de couscous flottent entre les fenêtres ouvertes des tours A, B et C et on s’interpelle sans faire de manières en Bambara, Algérien ou Bengali…  D’ailleurs, les enfants m’ont appris à dire bonjour dans leurs langues et me voilà qui apostrophe à mon tour les fenêtres ouvertes : Ani Sogoma ! Salam ! Hyalo ! Comme par magie, des dames en couleurs apparaissent et me répondent en souriant.
Bon d’accord. Les dames enturbannées qui sourient, la cuisine aux mille parfums… Lorsqu’on arrive à B. ce n’est pas le Club Med non plus. Ou bien alors l’équipe d’animation est celle qui a coaché Vincent Kassel et  Mathieu Kassovitz  pour le tournage de La Haine. Mais bizarrement, le matin, lorsque je suis arrivée par le parking où agonisaient les cadavres de voitures désossées, il y avait plus de monde pour me saluer que dans mon propre immeuble ! Lorsqu’on est arrivés avec les copains, entre les immeubles aux murs sales de cette Cité en U (je dirais fin 1970 début 1971), j’ai cru que la gardienne accourait pour nous offrir un Lexomil mais c’était un café, une corne de gazelle et la clé du local des toilettes qu’il ne fallait surtout pas oublier de fermer à clé (quand j’y suis finalement allée après le café, la citronnade, le thé à la menthe, l’eau et le soda au parfum chimique indéfinissable, le canapé éventré et la fenêtre à la vitre cassée avec vue sur la cuvette m’ont coupé l’envie d’y retourner pour le reste de la journée). Avec les copains, on l’a remerciée et on s’est mis au boulot. Sous un arbre, seuls subsistaient les deux pieds en fonte d’un banc public dont on avait volé l’assise (?). Le sol était jonché de mégots de pétards (ceux qui font rigoler, pas les feux d’artifice…). On a retiré ce qu’on a pu, et puis on a installé les livres, les tables, les cerceaux les masques, le gel hydroalcoolique. Au premier étage, une dame en tunique violette a ouvert sa fenêtre  : « Vous faites quoi ? » je le lui ai expliqué. Elle nous a répondu que nous aurions dû faire une nocturne, ici « les enfants ils sont pas dehors avant dix heures… minuit… » Étonnée, j’ai répondu qu’on n’était pas là pour les ados… « Oui, j’ai compris, mais les petits, ils sont pas dans la rue avant le soir… »
Avec le technicien, une affiche a alors attiré notre attention sur le mur. C’était un menu qui ressemblerait à celui d’un kebab ou d’un fast-food, hormis qu’il ne s’agissait pas de commander de la nourriture. Le menu affichait des tarifs de weed ou de shit, en livraison ou à emporter, le numéro de téléphone pour commander était en gras, et au bas du menu figurait la mention insolite (mais rassurante !) « Tous nos livreurs sont équipés de masques et de gel hydroalcoolique. »
Ça tombait bien, un « guetteur » qui nous guettait justement depuis un moment est venu nous demander ce que nous faisions là. Une fois de plus, nous lui avons expliqué. Docteur Bedo a paru enchanté. D’abord, nous ne risquions pas de porter préjudice à son petit commerce en lui volant sa clientèle. Ensuite, les enfants c’est important. Il avait des neveux, des nièces, et apparemment des valeurs : y a que les raclûres qu’aiment pas la lecture. Il allait donc nous envoyer sa famille. C’était gratuit ? Tout ?  Parfait. On n’avait besoin de rien ? C’est sûr ? Fallait pas hésiter…. Il nous ferait un prix. Merci Docteur Bedo !
Devant les tentes, deux petits garçons nous attendaient timidement. Maman les avaient envoyés. Elle leur avait dit qu’on faisait des jeux. Mais des livres… Pffffff…. Ça c’était vraiment trop nul  !  Ils étaient venus s’amuser ! Pas écouter des histoires ! Et puis d’abord, le foot, c’est mieux ! Alors ça j’étais bien d’accord, d’ailleurs, ça tombait bien, justement, j’avais une histoire sur le foot… « Vous connaissez Akissi ? Elle habite en Côte d’Ivoire ? » « Ah Bon ? Nous on est du Mali ? C’est à côté…. mais nous, on n’est plus forts au foot… ! En plus… c’est une fiiiiiiiiiiiiiiiille !  » Donc on a découvert une aventure de Akissi… et puis une deuxième… et puis ensuite, Akim et Moussa sont allés chercher leur petite sœur et aussi leur cousin parce qu’il s’ennuyait à la maison. Et puis Chandra et Fahima nous ont rejoints. Et petit à petit, les dames en couleur ont ouvert leurs fenêtres pour voir ce qui se passait et alors elles sont descendues avec leurs enfants…. et leurs assiettes ! Et alors on a lu ! On a lu :  Le Tracas de Blaise,  La vieille herbe folle, Björn et bien sûûûûr  Le loup en slip (deux fois !). Et surtout on a bien ri ! Entre les livres, les jeux, la citronnade et les 102 parts de gâteau au chocolat, de sablés confiture, de crêpes, de quatre-quart et même d’acras (délicieux!) c’est vrai qu’on ne l’a pas vue passer cette journée. Quand il a été l’heure de tout ranger, Hakim et Moussa m’ont demandé si demain il y aurait encore des histoires. J’ai répondu « Non. Juste aujourd’hui ». Quand ils ont chouiné « S’te plaîîîît ! » j’avais les yeux qui piquent, et j’ai failli répondre « Mais siiiiiiiii ! »
Ce n’est sûrement pas facile la vie en banlieue.
Mais hier à B., sous les arbres, près du banc disparu, j’ai passé une journée magnifique. Merci Hakim, Moussa, tous les enfants et tous les parents (j’ai pris 3 kilos !) 
Cambé ! Beslama ! Bidaya !

    128. Immonde d’après

    Dites, c’est moi ou bien le monde d’après ressemble furieusement au monde d’avant ? Moi qui suis d’un naturel plutôt optimiste, ces jours-ci ma sinistrose approche celles de Houellebecq et Duras réunis, d’ailleurs j’ai carrément tendance à voir la vie en morose. Pendant deux mois, on nous a rabâché à longueur de bulletin d’informations que désormais, tout serait différent, que ce virus, tel un électrochoc, allait nous métamorphoser, faire de nous des gens meilleurs. Eh bien c’est réussi ! Il y a dû y avoir une légère erreur de pronostic, parce que le monde d’après ressemble comme deux gouttes de Contrex à celui d’avant. Je lui trouve un sérieux air de déjà vu et même un air chargé de particules fines revenues dare-dare agresser nos poumons aussitôt que le trafic urbain s’est remis en marche. Eh ben alors ? je croyais qu’on devait tous se mettre au vélo ? Moi je croyais qu’après la rue de Rivoli à bicyclette, on allait pagayer sur le canal Saint Martin en canoé, faire le tour du périph’ à cheval, traverser la France en montgolfière ! Mais non, retour à la case bouchons, option pollution. Finis les canards en goguette de la place Colette, les renards qui gambadent entre les tombes du Père Lachaise, les mésanges bleues et les pies bavardes revenues faire la causette square Joseph Champlain. Dans le monde d’après, les oiseaux ferment leur bec et cèdent la place au doux chant du diesel et des klaxons. Dans les parcs, les masques et les gants jetables jonchent les pelouses tout comme les bords de Seine, entre mégots, bouteilles plastiques et restes de pique-niques avant d’aller finir leur triste parcours loin là-bas au fond de la mer.
    Dans le monde d’après, aux États-Unis, pour un faux billet de 20 dollars, un homme Noir est décédé après avoir répété « I can’t breathe » au policier qui appuyait fermement son genou sur son cou depuis neuf minutes. Neuf minutes. Une éternité. Et devant ce racisme et ces violences policières identiques à celles du monde d’hier, impuissante, j’ai pleuré.
    Dans un autre registre, Jean-Loup Dabadie et Guy Bedos ont fini par se pointer au Paradis pour  rejoindre Yves Robert, Jean Rochefort et Victor Lanoux en attendant que Claude Brasseur se décide à les rejoindre. Apparemment, ils ont préféré se retrouver entre mecs. N’empêche, Marthe Villalonga doit leur manquer. J’espère qu’ils ont prévu un bon petit Médoc pour les retrouvailles. En attendant, ici le monde d’après sent sacrément la naphtaline. Michel Drucker, qui n’a pas l’air pressé de les rejoindre, n’en finit plus d’animer Vivement Dimanche sur son canapé et ce pauvre Nagui attend désespérément de pouvoir prendre la relève… La tévé c’est pas mieux dans le monde d’après…
    Rien de bien révolutionnaire non plus entre les pages de ELLE MAGAZINE qui sait garder le sens des priorités : hop ! hop ! hop ! Pas de relâchement qui tienne ! Dans le monde d’après comme dans celui d’avant c’est encore et toujours l’heure de se mettre au régime, histoire de perdre les kilos souvenirs du confinement. Objectif maillot à manches longues (?) pour être la plus belle cet été sur la plage de Middelkerke.
    Quelques surprises en revanche du côté de l’Élysée où Manu 1er, à défaut de ministre, consulte le spécialiste du picrate, l’expert du 102, l’apôtre du Calva pour ce qui concerne les débits de boisson, j’ai nommé Jean-Marie Bigard, humoriste de son état, dont l’univers se focalise essentiellement sur le fond de son slip. Gloire à  Jean-Marie, Saint Sauveur des Baltos de France et de Navarre ! Jean-Marie s’est d’ailleurs déclaré intéressé par les prochaines élections présidentielles. Amen ! Pourquoi ne pas solliciter Joséphine Ange Gardien pour l’apprentissage des fondamentaux à l’école primaire ? Et Florent Pagny pour l’optimisation fiscale ? Eh ! Si dans le monde d’après, les artistes sont invités à enfourcher un tigre, tous n’ont pas un fauve sous la main, et puis de toute façon à quoi bon quand les cirques, les théâtres, les salles de spectacles et la plupart des festivals d’été sont plus ou moins contraints de garder leur rideau baissé ? Enfin tous ? Non ! Dans le monde d’après, quand on est un ancien ministre et qu’on part en croisade pour sauver son parc d’attraction historique et Vendéen on reçoit le soutien de l’Élysée, sans aller chercher de jambon ou de fromage ! D’ailleurs, on dirait bien que Robinson, le jambon et le fromage c’est pas trop son truc. Il préfère un Big Mac ou un Frappucino alors il fait la queue sagement devant  Mc Do et Starbucks rue du Faubourg Saint Antoine, tout comme devant Etam, Maison du Monde, Footlockers ou le laboratoire d’analyses médicales…
    Et moi, je me balade sous le soleil et je m’interroge. Où est-il le monde d’après qu’on nous a promis ? Où est-il ce monde idéal où on mangera bio, où on ne consommera que l’essentiel, fabriqué dans des conditions dignes, où on prendra soin de l’environnement, où nous serons solidaire ? Il a raison Houellebecq. Le monde d’après ressemble au monde d’avant. En pire. Pas glop. 
    A moi le Puy du Fou !

    127. Déconfiture…

    C’est affreux. Je crois que j’ai raté mon confinement. J’aurais dû être plus vigilante, prendre plus de précautions. Certes je suis restée consciencieusement cloitrée chez moi à quelques courses près et pour lesquelles je n’ai pas manqué de remplir mon attestation, je me suis masquée en sortant, lavé les mains en rentrant, j’ai tapé des mains (propres !) à la fenêtre et j’ai même fait un peu de bénévolat… Mais pour le reste, zéro, j’ai tout foiré.
    C’est hier soir que l’évidence m’est apparue brusquement alors que je faisais défiler les photos parfaites de ma timeline Instagram. Résultat, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Depuis hier soir, je n’ai pas le choix, je dois regarder la réalité virtuelle en face : j’ai la loose du confinement. Chacun de mes gestes ne fait que me confirmer mon échec. Ce matin par exemple, j’enfile mes baskets pour aller courir, comme tous les jours ou presque depuis 8 mois. Hors le 23 mars, de nombreux parisiens confinés se sont eux aussi découvert des dispositions pour le jogging, le running ou le footing – tous les goûts ing sont dans la nature. Ils se sont littéralement mis à courir les rues alors que pour moi, confinement ou pas, ça n’a rien changé à mes habitudes. La loose je vous dis… De retour de mon déplacement bref, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de mon domicile, j’ai pour habitude de prendre un café dans lequel je verse bêtement un peu de lait. Grâce à ma timeline, j’ai réalisé que je n’avais pas profité de ma réclusion à fond. J’aurais vraisemblablement pu m’entrainer à dessiner des cœurs, des fleurs, des étoiles ou des cochons d’Inde dans la mousse du lait flottant sur mon café et même, rivaliser avec les meilleurs baristas de chez Starbucks en écrivant mon nom au marqueur sur ma tasse. Mais non, je suis passée à côté. Et ce n’est pas le pire. Il m’arrive parfois de grignoter une tartine avec mon café, ce n’est pas systématique, mais enfin ça m’arrive. Eh bien croyez-le ou non, tout au long de ces huit semaines, que ce soit pour mes tartines ou autre, je n’ai jamais pétri ma propre pâte à pain. Pas une seule miche. L’idée ne m’a même pas effleurée. Je suis systématiquement allée (masquée) m’approvisionner à la boulangerie en Tradition, baguette aux céréales ou pain bûcheron. A l’occasion, j’ai peut-être sorti moi-même une ou deux baguettes du congélo, mais encore une fois, jamais je n’ai fait mon propre pain que ce soit au four, à la machine à pain ou au sèche-cheveux. J’ai honte. 
    Et ça ne s’arrange pas au moment de sortir de ma douche, la tête enturbannée dans ma serviette, je regrette aussitôt mon shampoing et mon après-shampoing. Qu’est-ce qui m’a pris de me laver les cheveux ? Encore une fois, j’ai succombé à l’appel fourbe et vicieux de l’hygiène plutôt qu’à celui vivifiant quoique graisseux de la cure de sebum. Dire qu’en plus du bonheur de voir ma tête se couvrir de neige, j’aurais pu avoir le plaisir de la voir se couvrir d’un bloc de margarine… Si ça se trouve, à l’heure du dîner, je n’aurais eu qu’à essorer une mèche de mes cheveux au-dessus de la poêle pour faire revenir un oignon ou des poivrons… Si au moins j’en avais profité pour fabriquer mes cosmétiques moi-même, mais même pas ! Et voilà, ça aussi, c’est raté. 
    Sans compter que je me suis obstinée à porter un soutien-gorge (allez donc faire du jogging/running/footing sans soutif !). Mais pendant que je m’accrochais à mes bretelles, le No Bra a fait de plus en plus d’adeptes chez les confinénés, au point qu’on recycle aujourd’hui les push-up en masques et qu’à défaut de FFP2, on se protège désormais avec une touche de glamour grâce à Aubade, Etam ou Darjeeling. Sauf les recalées du confinement comme moi qui portent leur soutifs à l’ancienne, sur leurs nichons de looseuses. Je vous assure, j’ai les glandes. 
    Quand je résume, je n’ai pas relu Proust. Je ne me suis pas mise au yoga. Je n’ai pas arrêté de fumer. Je n’ai même pas essayé de m’y mettre. Je n’ai pas pris 5 kilos. Je n’ai pas découvert la magie du Château de Versailles en ligne sur mon écran 16 pouces. Je n’ai pas regardé La Casa del Papel. Je n’ai pas écouté le concert de Christine and the Queens en live sur Insta (ni celui des Clés de Sol à Molette).  Faute de travail, je n’ai pas été en télétravail, faute d’enfants, je n’ai pas revu le programme de CE2 et faute de jardin, je n’ai pas taillé mes rosiers ni éclairci mes carottes. Je ne connais même pas le cours du navet dans Animal Crossing. Je n’ai pas tenu mon Journal d’une du Confinée mais à ma décharge, je n’ai pas de colline ni de tilleul en bourgeon comme Leila Slimani. Je n’ai pas non plus les anticorps qui immunisent Madonna pour sortir faire une balade en bagnole. Je n’ai pas écrit de chanson sur le confinement. Je n’ai pas fait de buzz sur le Net. Je n’ai pas nettoyé les plinthes. Ni derrière le lavabo. Je n’ai pas brassé ma propre bière. Je n’ai pas exploré  les bienfaits du feng shui. Je n’ai pas carrelé ma salle de bain en jaune de Naples. Je n’ai pas fabriqué une tour Eiffel en dés de Mimolette. Je n’ai pas organisé une manif du 1er Mai avec des Playmobils. Je n’ai pas fait du ski sur mon plancher. Je n’ai pas jonglé avec des rouleaux de papier toilette. Je n’ai  même pas été foutue de savourer la volupté de l’ennui.
    Faut être lucide, j’ai tout foiré. Je suis une minable, une moins que rien… J’ai raté mon confinement dans les grandes largeurs !  Tout le monde en a profité pour se reconnecter avec son être intérieur, se cultiver, se détendre et se sublimer et moi… oualou ! Je suis resté moi. J’ai tellement honte que quand ce confinement sera enfin terminé, je crois que je n’oserai même pas sortir… Ou alors masquée, à la limite !

    126. Prise de tête

    Vingt-huit jours déjà depuis le début de cet improbable scénario. Sans être une grande amatrice de film catastrophes, je sais toutefois reconnaître une production de qualité et force est d’admettre que bien que tout soit réuni pour tenir le spectateur en haleine, l’intrigue autant que les moyens, malgré les nombreux rebondissements, je trouve – à titre tout à fait personnel – que l’histoire manque d’action, qu’elle s’enlise un peu et traine en longueur (sans parler des acteurs !). Bref ce compromis entre  Le septième sceau  et Un jour sans fin, ne me convainc pas franchement… 
    Depuis quatre longues semaines, et comme une bonne partie de la population j’imagine,  je suis devenue accro aux informations. Dès le réveil, il me faut ma dose de Café-Corona (le virus, pas la bière). Mais c’est agaçant, les salles de rédactions n’ont pas la rigueur des auteurs de Netflix et le feuilleton de l’épidémie manque sérieusement de fiabilité. J’ai ainsi pu découvrir au hasard du Web que le COVID 19 était  tour à tour une arme biologique chinoise, une arme biologique fabriquée par la CIA, une invention des Juifs pour favoriser l’effondrement de la Bourse, une punition divine à l’encontre des homosexuels, qu’il était dû à la consommation de soupe de chauve-souris, que non, en fait c’était la faute à la 5G, qu’on pouvait se soigner en sniffant de la coke et/ou en fumant du cannabis (ce qui semble avoir considérablement développé l’activité de dealer en ces temps confinés), qu’on pouvait se prémunir en mangeant du fenouil et en buvant du citron (ou l’inverse ?), que l’Assemblée aurait légalisé l’euthanasie en douce, que les individus de phototype VI (à la peau noire… noire, Muriel) seraient immunisés, que les végétariens seraient immunisés itou (les végétariens noirs sont donc tranquilles j’imagine) et enfin, que, en Russie, Poutine auraient fait lâcher des lions dans les rues pour forcer les gens à rester chez eux… je passe sur le Poker du déconfinement et le 3615 Chloroquinenveut.
    Tout ça pour dire que d’une part, je passe beaucoup trop de temps sur Internet et d’autre part, comme disait Dutronc, Colin-maillard et Tartempion, ce sont les rois de l’information
    De toute façon, on me la fait pas à moi. Il a raison Jacquot, on nous cache tout, on nous dit rien, mais c’est inutile. C’est pas les pangolins, pas les Chinois, pas les Illuminati, pas les Francs Maçons, pas les Scientologues et encore moins les Témoins de Dalida qui sont responsables de cette épidémie, pas du tout ! Le Coronavirus, j’en suis sûre, c’est un vaste complot, une conspiration diabolique ourdie par Jacques Dessange, Jean-Louis David et Toni et Guy Mascolo réunis, plus connus comme le Cartel des Merlans dont l’objectif est de plonger la planète toute entière dans un désastre capillaire universel pour enrichir le lobby des coiffeurs ! 
    Vous ne me croyez pas ? Alors comment expliquez-vous que depuis le début du confinement, entre autres commerces, les salons de coiffure ont fermé leurs portes ouvrant ainsi la bonde aux drames capillaires de toutes sortes : racines, jachères, fourches, dégorgements de couleur, yéti… Du reste nous aurions dû nous méfier… Donald Trump ? Boris Johnson ? Les signes étaient là, depuis longtemps. Le Professeur Raoult ne vient-il pas encore confirmer cette hypothèse ?  Déjà, la population n’hésite pas à employer les grand moyens et la tondeuse ou pire, les ciseaux et provoque ainsi moult franges ratées, mulets impromptus, boules à zéros pointés, carrés inégaux, dégradés délabrés ajoutant encore à la débâcle et à la panique générale. Au moins, le commun des mortels n’est-il pas le seul à se morfondre car en cette période sinistrée, même Mireille Mathieu confie à Gala (qui sait garder le sens du scoop même en tant de pandémie) qu’elle souffre d’un manque de – coupe au – bol terrible, et qu’elle a bien du mal à entretenir la marque de fabrique légendaire qui a fait son succès. Dans les supermarchés,  les rayons Hygiène et Beauté sont pris d’assaut et à l’instar du papier hygiénique, on se dispute les flacons de shampoing, d’après-shampoing, de gels et on s’arrache les boites de colorations, peu importe la couleur. Sans doute que bientôt, en plus de masques FFP2, le corps médical invitera-t-il la population à se couvrir de charlottes chirurgicales ou à défaut de bonnets de laine, pour sortir de chez soi et éviter tout risque de contamination esthétique et de son côté, le gouvernement étudiera la mise en place d’un numéro vert d’écoute et de soutien pour les personnes victimes de désastre capillaire persistant. Amazon, en rupture de stock de perruques, laissera les clients désespérés se rabattre sur des modèles de Bavaroise ou de Gandalf le Magicien pour camoufler leur chevelure en friche.  Pour résumer, la crise n’a pas encore atteint son paroxysme et nous allons au devant de jours bien sombres, pour ne pas dire Cacao Foncé. Dans peu de temps, partout autour du globe, la situation sanitaire ET capillaire seront dramatiques. Alors, je repose la question : à qui la faute ? A qui profite le crime ? Au FBI ? A Greenpeace ? A Renaud Capuçon qu’on n’a jamais autant entendu que depuis le début de l’épidémie (je n’accuse personne mais enfin il est parfaitement coiffé… coïncidence ?) ? Pas du tout ! Il est évident que cette crise est orchestrée par le sinistre Cartel des Merlans, mais vous pouvez lutter :

    SAUVEZ DES VIES, COIFFEZ VOUS ! 
     
    Germination des semis d’hiver… (Avril 2020)